Cinéma

Niels Schneider : au-delà des apparences

Pour la première fois de sa carrière, Niels Schneider a pris les devants et a sollicité une rencontre avec un cinéaste. Cette initiative a porté ses fruits. Dans le nouveau film d’Emmanuel Mouret, l’acteur franco-québécois joue l’une de ses plus belles partitions. Entretien.

Niels Schneider donnait la réplique à Camélia Jordana au théâtre, dans Rien ne se passe jamais comme prévu, une pièce de Kevin Keiss, pendant qu’Emmanuel Mouret préparait son prochain film. Celui à qui l’on doit notamment Mademoiselle de Joncquières était en train d’élaborer la distribution de Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait autour de l’actrice avec qui l’acteur franco-québécois montait sur scène tous les soirs.

« Comme nous avons bien aimé notre expérience, Camélia m’a fait parvenir le scénario parce qu’elle me voyait dans un rôle, a expliqué Niels Schneider à La Presse, joint à Paris. J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce scénario, au point que j’ai fait ce que je n’avais encore jamais fait auparavant : j’ai appelé Emmanuel pour lui demander s’il était possible de faire une lecture ou de me recevoir en audition. Il m’a d’abord répondu qu’il ne m’envisageait pas du tout pour ce rôle et qu’il recherchait quelqu’un de très différent. Mais il a été assez ouvert d’esprit pour me recevoir quand même ! »

Joint en France également, Emmanuel Mouret confirme que l’étape du choix des acteurs ne relève heureusement pas de la science infuse.

« Il est vrai qu’au départ, je pensais vraiment que le rôle n’était pas pour Niels. Je l’aime beaucoup comme acteur, mais j’avais l’impression que sa prestance naturelle n’était pas en phase avec le personnage. Au fil des semaines, j’ai vu beaucoup de comédiens, sans trouver ce que je recherchais. Alors, je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ? Quand j’ai fait une lecture avec lui, j’ai trouvé ça vraiment bien. Cela prouve qu’on se trompe parfois, et que la période d’ajustement du casting nous permet d’être surpris. Pour Mademoiselle de Joncquières, j’avais aussi pensé que de donner le rôle à Cécile de France ne serait pas une bonne idée ! »

Une histoire de sentiments

Dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes, la vedette de Sympathie pour le diable se glisse dans la peau de Maxime. Apprenti romancier en panne d’inspiration, le jeune homme vient séjourner à la maison de campagne de son cousin François (Vincent Macaigne), qu’il n’a pas vu depuis longtemps, mais à la faveur de circonstances imprévues, il se retrouve plutôt seul pendant quelques jours en compagnie de Daphné (Camélia Jordana), la compagne de ce dernier, enceinte de trois mois.

La rencontre gênée entre ces deux inconnus prendra progressivement son envol quand Maxime indique à Daphné son intention de raconter dans un bouquin des histoires sentimentales. À commencer par les siennes.

« Le cinéma d’Emmanuel emprunte un peu toujours la forme d’un polar amoureux. J’aime la manière dont il utilise le langage, la parole, et toutes les contradictions et les malentendus qui en découlent. Dans ce film-ci, je trouve assez beau comment les personnages se révèlent. »

— Niels Schneider

« Le scénario est extrêmement raffiné mais très structuré aussi, poursuit-il. Ça donne un film à tiroirs vraiment épatant. Il y a quelque chose de très léger au départ, mais une gravité s’installe sans qu’on s’en rende compte, sans que jamais l’élégance se perde. »

Sibyl, un tournage joyeux

Les hasards de la distribution font qu’un autre film avec Niels Schneider sort au Québec. Dans Sibyl, de Justine Triet (offert sur la plateforme du Cinéma du Parc), l’acteur tient essentiellement un rôle de soutien, dans un film où brille sa compagne Virginie Efira. Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes l’an dernier, Sibyl relate le parcours d’une psychanalyste quittant tout pour écrire un roman, mais continue néanmoins à voir une patiente, actrice, interprétée par Adèle Exarchopoulos. Niels Schneider se glisse dans la peau d’un amant avec qui la protagoniste a vécu une passion amoureuse dévorante, dont le souvenir lui hante encore l’esprit.

« Justine Triet a une personnalité à part, vraiment, souligne l’acteur. J’avais adoré Victoria. Et puis, ce film m’a donné l’occasion de tourner de nouveau avec Virginie après Un amour impossible [Catherine Corsini]. Sibyl est un très grand rôle pour elle. Je garde le souvenir d’un tournage très joyeux. »

Voir ou ne pas voir

Le sentiment qu’il éprouve envers les films dans lesquels il joue provient essentiellement des souvenirs de tournage, car Niels Schneider les voit rarement. L’exercice, dit-il, est pour lui trop douloureux. Il n’a d’ailleurs pas encore vu Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait.

« Parfois, certains cinéastes peuvent mal le prendre ou en être blessés. Auquel cas, je m’y oblige. Mais j’ai vraiment beaucoup de difficulté à voir de façon détachée un film dans lequel je joue. Il faut que j’attende, que le temps passe. Voir un film en avant-première avec des gens que je connais me met dans un état où je ne me sens pas super bien. Quand on tourne, on est dans un mouvement. Mais j’ai du mal à me faire à l’idée qu’une image soit figée et qu’on ne puisse plus rien y changer, même si, bizarrement, cette image résulte quand même du regard de quelqu’un d’autre. »

L’acteur a par ailleurs commencé tout récemment le tournage d’un film qui aurait dû être tourné au mois de mars. Il s’agit d’un premier long métrage, écrit et réalisé par Mathieu Gérault. Dans ce thriller militaire, Niels Schneider incarne un soldat confronté à un retour difficile en France après avoir été pris dans une embuscade en Afghanistan. « C’est un peu dans le ton de Diamant noir », dit-il en évoquant le film d’Arthur Harari qui lui a valu le César de l’espoir masculin en 2017.

Avec Charlotte Gainsbourg

Avant la pandémie, Niels Schneider a aussi tourné Futura, un film italien, de Lamberto Sanfelice, dans lequel il s’exprime dans la langue de Dante, qu’il a apprise pour l’occasion, de même que Suzanna Andler. Ce dernier film, tourné dans une villa du sud de la France est une adaptation cinématographique de la pièce à deux personnages de Marguerite Duras, qu’a réalisée Benoît Jacquot (Les adieux à la reine). Charlotte Gainsbourg est sa partenaire.

« Ce fut vraiment très particulier, commente-t-il. Benoît était très proche de Marguerite Duras et elle avait souhaité qu’il adapte sa pièce au cinéma. Le tournage a duré seulement cinq jours et nous faisions parfois des prises qui duraient 30 ou 40 minutes. C’est très exigeant car il faut vraiment apprendre et maîtriser son texte comme on le fait au théâtre. Ce fut une expérience de cinéma assez unique. »

Sibyl est offert sur la plateforme du Cinéma du Parc. Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait prendra l’affiche le 30 octobre.

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