Conseil du statut de la femme

Parler de grossophobie sans détour

Grossophobie. Le mot est apparu assez récemment dans l’espace public, mais le phénomène, lui, est loin d’être nouveau. Le Conseil du statut de la femme souhaite qu’on en parle. Sans détour. Pour enfin mieux comprendre.

« La grossophobie demeure un sujet tabou », affirme MLouise Cordeau, présidente du Conseil du statut de la femme. Animé par sa mission de sensibiliser la population en matière d’égalité, l’organisme gouvernemental s’est penché sur le phénomène dans une capsule vidéo : « La grossophobie en 76 secondes ».

Mais qu’est-ce que la grossophobie, exactement ? « La grossophobie, c’est la stigmatisation des personnes grosses et la discrimination envers celles-ci, poursuit MCordeau. Le phénomène recoupe un amalgame de préjugés autour des personnes grosses et de leur poids. »

On aurait tort de croire que cette forme de discrimination ne s’exprime que dans le regard de l’autre. La grossophobie, c’est aussi la peur d’être ou de devenir gros.se soi-même. Parce que les pensées réductrices au sujet du poids sont ancrées dans le tissu social, mais aussi en nous.

« L’un de nos mandats est d’informer l’ensemble de la population sur des enjeux qui concernent toute la société. Avec cette capsule vidéo, nous voulons entre autres rejoindre les jeunes et les sensibiliser à ce phénomène qui les touche directement dans leur vie quotidienne. »

– MLouise Cordeau, présidente du Conseil du statut de la femme

La grossophobie touche les femmes et les hommes dans toutes les sphères de leur vie : au travail, dans leurs relations personnelles et affectives, à la télé, au cinéma, dans les médias, et même quand elles ou ils consultent un.e professionnel.le de la santé.

À l’école, la grossophobie est l’une des formes de discrimination les plus répandues, alors que le poids est la caractéristique pour laquelle les élèves sont le plus souvent victimes d’intimidation, selon 37 % des jeunes interrogés1. Sur la santé psychologique de nos jeunes, l’impact est grand.

La grossophobie en chiffres

• 54 % des adultes avec de l’obésité déclarent avoir déjà été stigmatisés par des collègues de travail2.

• 64 % affirment aussi avoir déjà subi un préjugé lié au poids de la part d’un.e professionnel.le de la santé2.

• 90 % des adolescent.e.s de 14 à 18 ans sondé.e.s dans le cadre d’une recherche menée en 2014 rapportent avoir été témoins d’intimidation par rapport au poids1.

• Près de 75 % des femmes souhaitent maigrir, et ce, peu importe leur poids3.

Un premier pas : en parler

La partie est loin d’être gagnée pour déconstruire les perceptions négatives envers les personnes grosses, puisqu’elles sont profondément enracinées, et ce, dans tous les milieux. Quand on sait que le tiers des filles âgées de seulement neuf ans ont déjà tenté de maigrir3, force est de constater que le culte de l’apparence s’inscrit très tôt dans l’esprit des gens, et plus particulièrement des femmes.

Alors, on commence où ? « Il faut en parler, d’abord, et montrer plus de diversité corporelle dans l’espace public, par exemple dans l’industrie de la mode ou les médias, estime Me Louise Cordeau. Surtout, il faut dire aux jeunes que ce n’est pas la taille des vêtements qui détermine la valeur d’une personne. »

Quelques secondes pour comprendre

Initiative du Conseil du statut de la femme, la série vidéo Quelques secondes pour comprendre sensibilise la population à d’autres enjeux de société, comme la culture du viol, le slutshaming, la taxe rose et le mansplaining.

1 Source : Aimé, Maïano, & Association pour la santé publique du Québec, 2014.

2 Source : Obésité Canada : https://obesitycanada.ca/fr/rapport-poids-biais/

3 Source : Équilibre : https://equilibre.ca/notre-approche/lapproche-dequilibre/

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