M a r i o C y r :
Dans le ventre de la mer

Échanger avec Mario Cyr, c’est plonger au cœur d’images et d’émotions plus grandes que nature. Caméraman recherché, conférencier passionné, auteur et même restaurateur, il a une vie semblable à une immense galerie de décors et d’expériences dans les profondeurs du monde. Quelles sont ses destinations coup de cœur ?

12 000 plongées sous les mers

Le Madelinot de 62 ans plonge pour la première fois en 1976, au large de son indéfectible point d’ancrage, Grande-Entrée. Après la cueillette de mollusques, il rencontre sa première épave de bateau. « Ça m’a vraiment impressionné ».

Depuis, le chaleureux plongeur du froid a répété plus de 12 400 fois le rituel de s’engouffrer dans les eaux souvent glacées à la découverte d’une autre « planète ». « Il n’y a pas de meilleur endroit au monde. Tu es complètement libre. Tu te sens comme un astronaute, en apesanteur. C’est comme voler, tu peux faire tout ce que tu veux, et cette sensation englobe tout le corps. C’est comme revenir dans le ventre de ta mère ».

Antarctique : l’état de grâce

Mario Cyr estime à près de 200 le nombre de documentaires où l’on retrouve ses images filmées depuis 1984. Sans parler de sa contribution au savoir scientifique. Pas surprenant qu’il hésite à choisir laquelle parmi toutes ses plongées serait la plus marquante… À contre-cœur, il finit par en mentionner deux.

Antarctique, 2006 : une baleine à bosse lui fait vivre un moment de quasi-communion. « C’était comme un ballet : durant cinq heures, la baleine tournait sur elle-même, repartait, revenait à deux-trois mètres de moi. Son œil me suivait, elle me regardait comme si elle voulait me dire quelque chose. »

À l’opposé, il y a eu une plongée où un morse de près de 2000 livres lui a foncé dessus, lui disloquant l’épaule et lui faisant craindre le pire. Puis, péniblement, Mario Cyr est parvenu à remonter à la surface. « C’était comme si j’avais été heurté par un train. »

Cinq destinations mémorables

Mario Cyr a visité plus de 80 pays. Difficile pour lui de se prêter à l’exercice du palmarès. Or il plonge ! En première position ? « Bonifacio, en Corse, c’est extraordinaire, dit-il. Je suis un gars de mer et de montagnes, alors je suis bien servi. » Au point d’y être allé une douzaine de fois.

Funafuti, aux Tuvalu

Les Tuvalu constituent un micro-État au nord des îles Fidji. « Pour qu’on puisse atterrir avec le petit avion dans la capitale, Funafuti, ils bloquent la route principale. On n’y trouve que deux auberges plutôt rudimentaires, mais l’endroit est magique et les gens, incroyables. »

Scopello, en Sicile

« C’est un lieu extraordinaire. Je réalise dans mes réponses que je cite souvent des îles et des villes où le volet café et bouffe est présent. C’est le cas à Scopello. J’ai aimé observer la manière dont les habitants composent avec la chaleur, le soleil, et prennent le temps de vivre. Ça me touche beaucoup. Et la plage est fabuleuse. »

Les îles Galápagos, en Équateur

« J’ai eu la chance de découvrir les beautés de cet endroit mythique. Malgré une certaine affluence, les lieux sont bien préservés. Je comprends la fascination de Charles Darwin pour ce lieu sans pareil. »

Le Groenland

« La plus grosse fabrique d’icebergs au monde ! On en voit à Terre-Neuve, mais il y en a 50 fois plus au Groenland. La beauté du lieu, la chaleur des gens, c’est formidable. Et les maisons colorées me rappellent les îles de la Madeleine. »

Bonifacio, en Corse

« Je me suis toujours dit que si on m’obligeait à quitter le Québec, c’est en Corse que je m’installerais. Pour les paysages, mais aussi pour l’art de vivre, les cafés et la bouffe ! »

Et cinq lieux insolites

Quels endroits étonnent une personne de la trempe de Mario Cyr ? Au sommet de sa liste se trouve le bord de la banquise, au nord du Nunavut, là où les glaces rencontrent les eaux libres de l’Arctique. « C’est tout simplement inimaginable », évoque le plongeur au long cours.

L’île Baranof, en Alaska

« Nous sommes dans l’Alaska du Sud-Est. Là, on trouve une énorme chute près d’une source d’eau sulfureuse. À l’automne, tu es en maillot dans l’eau chaude, avec de la neige qui tombe, devant une chute immense. C’est irréel, au point d’avoir de la difficulté à croire que ça existe. »

Grytviken, en Géorgie du Sud

« Niché sur les rives de l’île de Géorgie du Sud, au Royaume-Uni, Grytviken est un peu comme la Norvège, mais avec plus d’animaux ! On y trouve des fjords, des montagnes immenses, des baleines, des otaries et, surtout, des albatros, les plus grands oiseaux du monde. »

Tromsø, en Norvège

« Pour les épaulards et surtout les aurores boréales. Au point de ne pas dormir pour les observer. Tu te dis que tu dois aller au lit, mais c’est impossible tant ces rideaux de lumière te fascinent. »

Les Antilles néerlandaises

« Pour l’amateur de voile en moi, ces îles au large du Venezuela, notamment l’île de Curaçao et aussi celles de Bonaire et d’Aruba valent le détour. Pour la plongée en apnée, et pour s’amuser, c’est assez extraordinaire ! »

Le bord de la banquise, au Nunavut

« La vie marine abonde, avec des animaux par centaines. On ajoute le soleil de minuit à ce décor étonnant, et la magie devient insaisissable. Une fois que l’on vit cette expérience, c’est très difficile de s’en passer. »

Les expériences d’abord

« Je ne possède pas d’objets de luxe ni de super grande maison, mais j’avoue avoir un faible pour la bouffe ! explique Mario Cyr. Quand ça fait cinq semaines que tu manges de la nourriture lyophilisée, disons qu’une douche chaude est le premier luxe, puis le deuxième, une bonne bouffe au restaurant. »

Celui qui est déjà parti sur un coup de tête à Paris pour assister à un spectacle de Charles Aznavour, ou à Toronto, pour Elton John, n’hésite pas à fréquenter les meilleures tables. À noter, son astuce à l’heure du café ou de l’apéro : « Rapidement, dans une ville, j’adopte le même établissement, où je vais prendre mes aises. » Il observe qu’après trois jours, avec les commerçants et la clientèle, la glace est brisée.

Dans ses explorations, celui qui se qualifie de « gars de listes » traîne toujours avec lui du café et du chocolat. « Même en Arctique, pour moi, c’est le plus important ! »

Cap vers l’horizon

« Notre plus grand luxe, c’est de vivre au Québec et au Canada, glisse Mario Cyr en cours d’entrevue. Quand tu voyages, tu réalises à quel point nous sommes les plus privilégiés de la Terre. »

Mario Cyr nous invite dans son bistro, Plongée Alpha, à Grande-Entrée, où il donne des conférences en été, et à explorer son livre Aventurier des glaces, en vente partout. En avril 2023, il participera à une série de conférences dans le cadre d’un évènement portant sur les princes découvreurs au château de Trélon, en France.

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