Essai routier Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio

La quintessence de la berline sportive

L’Alfa Romeo Giulia a été directement influencée par Ferrari tout au long de sa synthèse. La marque italienne l’a répété à maintes et maintes reprises, attestant que son ingénieur en chef, Philippe Krief, avait auparavant officié le développement d’une certaine Ferrari 458, rien de moins. Le discours frappe sans conteste l’imagination, mais comment le poids de cet immense héritage sportif peut-il réellement se transposer à une simple berline compacte ? Au moyen d’une virtuosité parfaitement imparfaite.

Le design

Six ans après son lancement, la variante Quadrifoglio de la Giulia – qui se traduit par « trèfle à quatre feuilles » – n’exhale évidemment plus la fraîcheur de son entrée en matière. Le romantisme de robe reste toutefois intact et captivant. Le magnifique équilibre des proportions latérales inspire une progressivité du long capot vers le porte-à-faux arrière réduit. Son faciès fait subsister la calandre triangulaire iconique de la marque. Les phares en amande amplifient les ailes galbées de cette livrée sportive, qui se pare également de diverses pièces en fibre de carbone, dont le toit et le capot, mais surtout un becquet avant actif. Le portrait arrière se définit par les pots d’échappement superposés et le grand diffuseur qui cachent légèrement les pneus arrière nettement plus charnus (285 mm de large).

À bord

À ses débuts, la Giulia n’était carrément pas de taille en matière de finition devant les Mercedes-Benz Classe C et les Audi A4 de ce monde. La sélection des matières et l’assemblage cadraient plus avec le monde de la compacte généraliste. La Quadrifoglio mise à l’essai l’étale par l’usage de nombreuses moulures de fibre de carbone complétées par une planche de bord drapée de cuir aux surpiqûres rouges. Il y a encore des plastiques qui sonnent creux, surtout dans l’enceinte de la nacelle de commandes, mais leur dosage n’est pas substantiel. Du reste, l’accessibilité à l’avant est facilitée par des jupes plus étroites qui s’élargissent vers l’arrière. Les places sont d’ailleurs fort spacieuses. On ne peut dire la même chose pour l’arrière, dont l’espace se compare essentiellement à celui d’un coupé.

Sous le capot

Tout alfiste vous le dira avec émotion : l’âme d’une Alfa Romeo s’épanche sous son capot. La pièce de résistance de cette Giulia Quadrifoglio est donc inévitablement son cœur, un V6 assez ténu de 2,9 L qui tutoie la cloison pare-feu pour assurer l’équilibre des masses (50 : 50). Son V à 90 degrés et ses deux turbocompresseurs expriment une filiation directe avec le V8 de la Ferrari 488. La trame sonore, rauque, est immanquablement différente. Qu’à cela ne tienne, ce moteur est magnifiquement progressif, s’exprimant avec une certaine réserve à la première vitesse pour réellement se délier les jambes lors les rapports suivants. Il y a une grande finesse dans cette prestation, menée par le brio de la transmission ZF, dont les huit rapports peuvent être sélectionnés au moyen de grandes palettes fixées sur la colonne de direction.

Derrière le volant

Dans un passé pas si lointain, le seul fait d’évoquer l’existence d’une berline compacte à propulsion dont la puissance dépassait les 500 ch frisait le délire. Guerre à la puissance oblige, c’est maintenant rendu la norme dans cette chasse gardée européenne. Force est de constater que le châssis de cette Giulia ne montre aucun signe de surmenage, bien au contraire. Se conjuguant harmonieusement avec sa mécanique d’exception, il présente une agilité tout aussi exceptionnelle et communicative. Certes, la démultiplication de la direction qui la rend nerveuse et ultraprécise a un immense rôle à jouer, mais on aurait sans doute apprécié une variation de sa fermeté plus marquée en courbe. Autre surprise : son confort. Lorsque l’amortissement actif est moins tendu, elle vogue sur les bosses sans perturber l’habitacle.

Les technologies embarquées

En dépit d’un rafraîchissement tout de même récent concentré sur son système d’infodivertissement, cette Giulia prête flanc à des belligérants qui offrent une expérience nettement plus agréable et moderne. Le petit écran de 8,8 po projette une définition d’image qui nous fait reculer de pratiquement une décennie. La transition entre les menus n’est pas non plus fluide visuellement, mais on parcourt les menus plus aisément qu’auparavant. Comme c’est rendu la norme, Apple CarPlay et Android Auto sont intégrés, mais uniquement avec une connexion physique, malgré la présence de la recharge par induction. Le bloc d’instrumentation est essentiellement physique, ce qui n’est pas problématique mais expose son âge avancé. La chaîne audio Harman Kardon offre pour sa part un rendu acceptable, sans se démarquer.

Le verdict

On n’achète pas une Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio avec sa tête, c’est indéniable. Avec son prix qui dépasse les 90 000 $, son habitacle exigu à l’arrière doté d’un système d’infodivertissement dépassé et sa fiabilité incertaine, l’italienne cible par défaut une clientèle passionnée, consciente de ses imperfections. Son charisme se traduisant par une virtuosité tout aussi tangible qu’intangible qui rend l’expérience hors norme et surtout encore rafraîchissante. Par-dessus tout, cette voiture marque la fin d’une époque pour cette illustre marque, alors qu’Alfa Romeo empruntera progressivement la voie électrique pour achever la transition en 2027. On pourra dire qu’elle aura marqué à sa façon le monde de la berline sportive, cette Giulia Quadrifoglio, et c’est exactement ce qu’elle devait faire.

Carnet de notes

Consommation de carburant assez contenue

Pour les performances offertes, le V6 de 2,9 L biturbo étale un rendement énergétique fort convenable. Au cours de l’essai, la moyenne s’est tenue à 9,5 L/100 km, battant les estimations grâce entre autres à la désactivation de la cylindrée, à la transmission à huit rapports gardant sa vitesse de rotation basse sur autoroute et à son becquet avant qui peut se rétracter pour diminuer la traînée.

Un système de freinage qui a évolué

Doté d’une assistance électromécanique, le système de freinage de la Giulia est nettement plus modulable qu’auparavant, ce qui rend la conduite dans un contexte urbain plus agréable.

Système de gestion dynamique

Pour assurer cette prestation exceptionnelle, cette Giulia Quadrifoglio emploie un module de commande appelé Chassis Domain Control qui joue en quelque sorte le rôle de chef d’orchestre en analysant de nombreuses données en temps réel pour faire intervenir divers organes mécaniques actifs pour rendre le comportement prévisible et divertissant.

La somme des détails

La Giulia Quadrifoglio fait usage d’un arbre de transmission en fibre de carbone, assurant une plus grande réactivité de la mécanique en diminuant l’inertie.

Une version d’entrée de gamme intéressante

Si votre compte en banque ne vous permet pas cette livrée de haute performance, la version à moteur quatre cylindres turbo (280 ch) de la Giulia est une solution de rechange élégante et plus dynamique aux grands acteurs du segment. Elle est en outre dotée du rouage intégral de série et son prix de départ est moindre (55 285 $).

Fiche technique

Modèle à l’essai

Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio

Moteur

V6 DACT 2,9 L biturbo

Puissance

505 ch à 6500 tr/min

Couple

443 lb-pi de 2500 à 5500 tr/min

Transmission

Automatique à huit rapports avec mode manuel

Architecture motrice

Moteur longitudinal avant, propulsion

Consommation (ÉnerGuide)

11,6 L/100 km (octane 91)

Prix (avec options, transport et préparation)

98 080 $

(prix de départ de 96 585 $)

Concurrentes

Cadillac CT4-V Blackwing, BMW M3, Lexus IS 500 F Sport Performance et Mercedes-AMG C 63

Du nouveau en 2021 ?

Aucun changement majeur

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