Mixmania a brisé la glace et pris sa place

Sans Mixmania, il n’y aurait pas eu de Star Académie. Sans Mixmania, il n’y aurait pas eu huit chapitres de La voix, encore moins d’éditions de La voix junior. Sans Mixmania, il n’y aurait pas eu de ver d’oreille comme Tu t’en vas (et c’est bien fait pour moi) !

Il y a 20 ans, en août 2002, Vrak mettait en orbite une des premières téléréalités musicales du Québec, qui rassemblait huit ados – les fameux Mix – dans un immense loft coloré. Scindés en deux groupes, soit Aucun regret (les filles) et Défense urbaine (les gars), ces jeunes apprenaient à chanter et à bouger dans l’œil des caméras. Et ils s’exécutaient dans une pop bonbon 100 % francophone.

Personne n’aurait pu prédire le succès stratosphérique de Mixmania, qui a quasiment provoqué une émeute aux Galeries de la Capitale, à Québec, où 12 000 fans ont hurlé les paroles de la pièce Toucher le ciel. « Toi et moi jusqu’au sommet, toi et moi, on n’arrêtera jamais ! »

Ramenons-nous en 2002, période pré-Star Académie où des émissions canons comme American Idol tonnaient depuis quelques semaines à peine. C’était l’époque où les puristes vomissaient sur ce sous-genre télévisuel voué à disparaître dans la honte avec les papillons-pinces dans les cheveux et les mèches en bandeau de couleur « chips au ketchup ».

Beurk, de la téléréalité ! Ces « artistes » ne fabriquent pas de l’art, mais de la saucisse indigeste à saveur commerciale.

Comme ces rabat-joie ont eu tort. Comme ils ont manqué de vision.

Vingt ans après le décollage de Mixmania, deux de ses anciens participants, William Cloutier (Mixmania 3) et Krystel Mongeau (Mix 4), ont remporté les dernières saisons de Star Académie à TVA. Claudia Bouvette de Mixmania 2 a progressé très loin dans Big Brother Célébrités sur Noovo et a lancé un excellent album d’électropop intitulé The Paradise Club.

Si vous suivez La voix, vous y avez probablement aperçu une ribambelle d’anciens Mix dont Krystel Mongeau (encore elle !), Redgee (gagnant de Mix 4), Gabriel Forest (Mixmania 3) et Tommy Tremblay (Mixmania 2). Ah oui, Anne-Sophie Demers (Mixmania 2) a également déménagé dans les condos en carton de XOXO, mais n’ouvrons pas ce dossier encore douloureux, merci.

Pour mesurer le fort impact de la plus ancienne téléréalité musicale du Québec, Crave lance mercredi le documentaire Mixmania : 20 ans plus tard, qui braque les projecteurs sur la cohorte de 2002, les Mix originaux. C’est très bon, quoiqu’un peu court à une quarantaine de minutes. Il y avait ici un sujet de film d’au moins une heure et demie, facile.

Dans un décor de conventum vintage, Annabelle, Julie, Ariane, Frank, Emmanuel et Pierre-Luc confient à Bianca Gervais – qui réalise également le documentaire – les avantages et les inconvénients d’avoir été nourris si jeunes aux cris stridents du Centre Bell et des FrancoFolies. Comment retourner ensuite trancher du poulet pressé chez IGA sans se sentir comme un « has-been » à 18 ans ?

Note aux mixmaniaques : Caroline Marcoux-Gendron et Benjamin Laliberté ont refusé de participer au docu de Crave. Ils n’ont pas été oubliés.

Au sommet de la vague pop, qui poussait Britney Spears et les Backstreet Boys au top du top, Mixmania a su créer des idoles accessibles, auxquelles les membres de la génération Y ont pu s’identifier instantanément. Dans les épisodes relayés par Vrak, les Mix répétaient leurs paroles, se trompaient dans leurs chorégraphies et pleuraient s’ils n’aimaient pas un vêtement, ce qui les rendait plus humains qu’un Justin Timberlake, intouchable, infaillible et inabordable.

En exposant leur vie personnelle à la télé, les concurrents de Mixmania ont cimenté leur lien de proximité avec leurs admirateurs, bien avant l’arrivée des réseaux sociaux. Aujourd’hui, les popstars tartinent TikTok et Instagram de confessions, de promotion ou de visites de leur maison. En 2002, pour tout, tout, tout savoir sur les Mix, il fallait acheter le magazine Cool.

Dans leur salon, des dizaines de milliers de mixmaniaques ont refait les chorégraphies d’Aucun regret et copié leur style vestimentaire Y2K, qui, étrangement, a maintenant été recyclé par la génération Z.

Le plus fascinant dans le phénomène Mixmania, c’est la place du français. Toutes les chansons des quatre saisons, efficaces et accrocheuses, ont été écrites dans notre langue. En 2002, les préados s’époumonaient sur Party de gars ou Les 5 doigts de la main. En 2011, c’était Amour point zéro ou Tant que l’on s’aime.

Et aujourd’hui ? Une rumeur courait sur la résurrection possible du format de Mixmania et des pourparlers ont été entamés en ce sens. Bell Média a toutefois préféré acheter le documentaire de Bianca Gervais, ce qui a torpillé le projet de réincarnation.

Pourtant, c’est évident qu’un Mixmania 2022 fonctionnerait. Comme le chantaient les Glamies de la saison 2, cette émission a brisé la glace et pris sa place. Et si les téléréalités concurrentes veulent renouveler leur bassin de candidats, il faut que d’autres Mix dansent, dansent, et qu’ils chantent, chantent, hé, oh !

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