KAIA GERBER

Telle mère telle fille

Comme Cindy Crawford en son temps, c’est la reine des podiums. Six millions de followers la suivent jour après jour. Cette jeune fille en fleurs pourrait faire de l’ombre à sa mère. Mais elle fait son bonheur. Cindy régnait sur les années 90. Huit ans après ses débuts – à 10 ans ! –, Kaia a imposé sa grâce et sa fraîcheur dans le cercle des mannequins stars du moment. Cette fan de littérature travaille ses neurones autant que ses abdos. Maman, devenue femme d’affaire, lui a montré le chemin : les podiums sont juste un tremplin.

À un grain de beauté près, elle est le portrait de sa mère. Amatrice de tatouages, Kaia aurait facilement pu rectifier l’erreur. Ce n’est pas son genre : « J’ai longtemps rejeté toute ressemblance », avoue-t-elle maintenant qu’elle a 18 ans. Que les gens cherchent seulement en elle cet air de famille qui leur rappelait la super top des années 80 l’a longtemps mise en rogne. Mais ce temps-là est bien fini : 6 millions de followers sur les réseaux sociaux, c’est suffisant pour montrer à maman qu’on n’a plus besoin de son carnet d’adresses. Dès lors, on se risquerait même à lui offrir des fleurs : « Aujourd’hui, plus je remarque nos points communs, plus j’en suis fière, car je l’admire énormément. Il a fallu que je travaille dans l’industrie de la mode pour réaliser quelle avait été son influence… » Kaia est devenue grande.

Il y a toutes sortes d’héritages : Kaia, comme son frère Presley, sont nés mannequins, de deux mannequins, leur mère, qui a fait plus de 600 couvertures de magazines, et leur père, Rande Gerber, l’un et l’autre convertis aux affaires. Cindy est devenue un label, avec ses émissions de télé ; Rande est un « serial entrepreneur » qui possède une chaîne de cafés et restaurants. Avec son ami George Clooney, il a été un temps propriétaire d’une marque de tequila, vendue en 2017. Le revenu annuel du couple est estimé à quelque 10 millions US. Ce n’est pas une raison pour ne pas apprendre aux enfants la valeur du travail. Et autant commencer tôt. Très tôt.

La petite histoire

Kaia n’a pas 10 ans lorsqu’elle pose pour Versace Kids. À 13 ans, elle décroche son premier shooting pour Teen Vogue. À 14, elle intègre l’agence IMG Models et Marc Jacobs la choisit comme égérie de son parfum Daisy. Elle n’a pas seulement atteint le 1,75 mètre de Cindy ; elle a aussi ses traits ciselés, ses sourcils épais. Et son goût du succès. Pour faire mieux que maman, qui a mis la barre très haut, cette « fille de » ne marchande pas sa peine. On l’a prévenue : à la grande loterie de la vie, elle a reçu trop de billets gagnants. Il va donc falloir se faire pardonner. Et, pour cela, être parfaite. Alors, elle est l’anti-princesse : « J’étais toujours, toujours à l’heure. Je retenais les prénoms de chacun. Je me démenais pour être serviable. Je n’ai jamais voulu être traitée différemment des autres et, chaque fois qu’on me l’a proposé, j’ai toujours refusé. » Elle précise : « J’ai dû prouver que je n’étais pas une peste à l’ego surdimensionné, y compris les mauvais jours. »

Et ça marche : elle a 16 ans quand Karl Lagerfeld la choisit pour associée d’une collection capsule KarlxKaia, conçue par elle ! Elle a intégré le petit cercle des it girls au même titre que Cara Delevingne, Kendall Jenner et les sœurs Hadid. Même si sa maigreur (difficile de croire au poids de 54 kilos revendiqué par sa fiche signalétique !), dans laquelle certains croient voir le retour d’un look junkie chic, suscite quelques indignations. Comment Cindy Crawford, qui connaît les dangers du métier, n’en a-t-elle pas protégé sa fille ? Kaia ne se laisse pas piéger par les flatteries, ni embarquer dans les commérages. « Chacun peut vous donner des conseils et des avertissements, dit-elle d’un ton docte, mais c’est par soi-même qu’il faut forger son expérience. » Elle a raison. Le flot de contrats ne se tarit pas. En 2018, lors des Fashion Awards, elle reçoit même le prix de mannequin de l’année. Elle devient à 17 ans la plus jeune élue, enchaînant défilés et campagnes publicitaires au point que Kendall Jenner, 23 ans à l’époque, sent venir la défaite : « Elle est dans la fleur de l’âge, à la fois physiquement et mentalement. Elle devient de plus en plus belle, ce que je ne pensais pas possible. Essayons de bien profiter avant qu’elle ne devienne LA star des podiums. Quand ça arrivera, nous serons toutes fauchées ! »

Une « grande timide »

On ne change pas une stratégie qui gagne. Kaia, qui s’épanouit en dehors des podiums, choisit l’ombre et le silence plutôt que les confidences. Elle se décrit comme une « grande timide » qui a appris à cloisonner ses différentes vies. À l’école, déjà, lorsqu’elle commençait à poser pour des couvertures de magazines, elle gardait pour elle ses aventures et n’en parlait jamais avec ses camarades de classe. Après le lycée, Kaia a quitté Los Angeles pour s’installer à New York. Quand papa, maman et les enfants se retrouvent sur les tapis rouges, ils incarnent une famille américaine idéale… qui cache ses imperfections. Le beau Presley, le grand frère de Kaia, a développé un penchant pour les tatouages. Il en a sans doute assez de tant de beauté : il a fait inscrire « Misunderstood » (« Incompris ») à l’encre indélébile sur son visage. 

Kaia, elle, s’amourache d’un mauvais garçon, Pete Davidson, l’humoriste de la grande émission populaire Saturday Night Live. Pete aime bien raconter ses cures de désintoxication, « des petites vacances financées en partie par les assurances, où l’on vous confisque votre téléphone et vos lacets de chaussures ». Au grand soulagement de Rande et Cindy, il est retourné vérifier si la description était toujours exacte…

Passion pour la lecture

COVID-19 oblige, Kaia est revenue dans la somptueuse villa familiale, à Malibu. Quand ses « collègues » trompent l’ennui en enchaînant les défis chorégraphiques sur la plateforme TikTok, elle marque encore sa différence : pour elle, ce sera lecture. Elle a fixé les règles : « Pas de musique, pas de coups de fil, pas de distractions. Je lis énormément et ça me permet de rester équilibrée. » Quelle mouche la pique ? Déjà, on trouvait bizarre sa manie de toujours glisser un roman dans son sac.

« En coulisse des défilés, peu importe le nombre de personnes qui s’affairent autour de moi. Si j’ai un livre, je m’y perds et tout le reste se fond en arrière-plan. »

— Kaia Gerber

Aujourd’hui, elle recommande des titres à celles qui cherchaient ses secrets de beauté. Chaque semaine, elle leur suggère des classiques tels que Bonjour tristesse, de Françoise Sagan, ou L’étranger, d’Albert Camus, mais aussi des best-sellers contemporains comme Normal People, de l’Irlandaise Sally Rooney. Le vendredi soir, à l’heure où les réseaux sociaux débordent de séances de sport à la maison et de recettes de cake à la banane, c’est en direct que, depuis son compte Instagram, elle échange avec Lena Dunham, Jia Tolentino et autres auteures en vogue aux États-Unis. « Qu’autant de personnes me considèrent comme un exemple est une grande responsabilité, explique-t-elle. Et si je peux influencer de manière positive ne serait-ce qu’une seule de ces jeunes filles, ce sera déjà formidable. » Après tout, comme elle le leur répète souvent : « Si vous ne lisez pas, que faites-vous ? » Une it girl de même pas 20 ans qui relance la tradition du book club pour dames… ça, Kendall  Jenner ne l‘avait pas prévu.

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