COVID-19

québec lâche du lest

Jusqu'à 10 personnes provenant de trois domiciles pourront se réunir à l'extérieur à compter de vendredi. Les soins de santé privés, dont les soins dentaires, seront accessibles pour tous dès le 1er juin. Mais seuls les salons de coiffure et d'esthétique ayant pignon sur rue à l'extérieur du Grand Montréal et de la MRC de Joliette pourront ouvrir leurs portes.

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feu vert aux barbecues et aux soins corporels

Le gouvernement Legault a encore desserré l’étau du confinement de quelques tours. Dans tout le Québec, jusqu’à 10 personnes provenant de trois domiciles différents pourront se réunir dans un lieu extérieur et les soins de santé privés, y compris les soins dentaires, seront de nouveau accessibles au public. Les salons de coiffure et autres établissements de soins esthétiques pourront également accueillir la clientèle à l’extérieur du Grand Montréal et de Joliette. Survol de ce bouquet de nouvelles mesures. 

Barbecues et jeux

À compter de ce vendredi 22 mai, un maximum de 10 personnes provenant de trois « cellules » (trois adresses différentes) pourront se rassembler, a annoncé la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, mercredi. Ces réunions pourront se tenir dans une cour, un parc ou d’autres espaces extérieurs. « Mais on pense plus spécifiquement au fameux barbecue et à la fameuse envie qu’on sent, là, un peu partout, avec l’été qui arrive, de pouvoir inviter des amis ou de la famille chez nous », a reconnu Mme Guilbault. La mesure vise aussi à permettre aux enfants de trois familles de jouer ensemble dans une ruelle ou une cour.

Les membres d’un même foyer devront s’efforcer de garder une distance avec les résidants des deux autres « cellules ». « Ce n’est pas le temps de faire des partys à 30 personnes dans la cour autour de la piscine. Mais 10 personnes avec la distanciation, ça va être permis », a résumé le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

La « tentation » de l’intérieur

La ministre de la Sécurité publique reconnaît qu’il peut être nécessaire de rentrer dans un logement pour aller aux toilettes ou changer une couche, mais elle enjoint aux Québécois de ne pas se réfugier à l’intérieur pour fuir le froid ou finir la soirée. « S’il vous plaît, ne succombez pas à cette tentation », a-t-elle lancé en point de presse. 

« On n’est pas rendus à pouvoir autoriser les soupers entre amis, les partys, les rassemblements dans les sous-sols. » À l’intérieur, « les contacts sont plus importants, c’est plus difficile de respecter les deux mètres, il y a un rapprochement, on touche plus d’objets », a expliqué le Dr Arruda.

Tous deux ont insisté sur le respect des consignes d’hygiène et de distanciation. « Ça va nous éviter de devoir faire des reculs, de devoir réinterdire les rassemblements, de peut-être retarder plus longtemps qu’on le devrait les éventuels rassemblements intérieurs, de devoir peut-être retarder d’autres choses », a fait valoir Mme Guilbault.

Mieux que la clandestinité

La ministre de la Sécurité publique l’a reconnu : son autorisation des rassemblements extérieurs vient encadrer ce qui se fait déjà. « Comme ça, tout le monde a les mêmes balises, les mêmes référents, puis on sait exactement à quoi s’en tenir », a- t-elle résumé.

Le Dr Arruda juge en effet les rencontres clandestines plus problématiques que les réunions planifiées. « C’est plus facile d’enquêter sur une éclosion, éventuellement, si on connaît les familles avec qui on a été puis qu’on est capables de chercher les contacts », a-t-il indiqué.

« La situation est fragile », mais ne pas ouvrir cette soupape aurait des conséquences négatives, notamment sur le plan de la santé mentale, a-t-il précisé.

« Je ne voudrais pas que les problèmes sociaux qu’on déclenche [en ne déconfinant rien] deviennent supérieurs à la maladie qui se transmet, qui dans la majorité des cas ne donne pas de problèmes non plus », a résumé le directeur national de santé publique.

Le retour des coiffeurs

Les hirsutes excédés par leurs mèches rebelles peuvent se réjouir : les salons de coiffure pourront rouvrir dès le 1er juin. Cette mesure très attendue ne sera toutefois valable qu’à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et de la MRC de Joliette. Le gouvernement n’était pas en mesure de dire mercredi quand les coiffeurs et les barbiers pourraient reprendre leurs ciseaux dans ces deux régions. 

Cette réouverture à deux vitesses concerne aussi les centres d’esthétique, les espaces de manucure et de pédicure, les services d’épilation, les soins de la peau, le tatouage, le perçage, etc. Des mesures de protection sont prévues. « Les coiffeurs, les coiffeuses vont avoir des masques et ils vont porter des lunettes de protection, ils vont avoir des blouses de protection », énumère par exemple le Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique à la Direction générale de santé publique du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Physio, ergo, dentistes, alouette

Le 1er juin marquera aussi la reprise de certains soins de santé privés, et ce, partout au Québec, même à Montréal. Les centres dentaires, les cliniques de physiothérapie, d’ostéopathie, d’ergothérapie, de chiropratique, de massothérapie, de psychologie, d’optométrie, d’acuponcture, de naturopathie, d’homéopathie, d’orientation de carrière, de travail social, de thérapie conjugale et familiale, de sexologie, de nutrition, d’orthophonie et d’audiologie, de podiatrie et les cliniques de toilettage pour animaux pourront notamment rouvrir. 

Ici non plus, les clients ne seront pas forcés de porter un masque. Québec pense toutefois qu’une « norme sociale » forte se créera. « On veut que les gens, quand ils vont être dans les endroits publics, où est-ce qu’il y a une proximité étroite, on veut que les gens portent des couvre-visages », explique le Dr Massé.

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soulagement et perplexité

Les Québécois sont-ils prêts pour les rassemblements de 10 personnes à l’extérieur dès vendredi ? L’annonce du gouvernement provincial a provoqué des réactions mitigées mercredi.

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Retour à la chaise très attendu

Les soins de santé privés et les soins corporels et esthétiques seront de nouveau permis à compter du 1er juin, sauf dans le Grand Montréal et la MRC de Joliette. Beaucoup poussent donc un soupir de soulagement, pendant que d’autres continuent de retenir leur souffle.

Le bruit des séchoirs et l’odeur du décolorant seront bientôt de retour en force dans les salons de coiffure, au grand bonheur des coiffeurs, mais probablement plus encore des clients.

« Cette semaine, une cliente était prête à me donner 500 $ pour ses mèches ! Je n’ai jamais, jamais, jamais dit oui. »

Krystel Waite, copropriétaire et fondatrice de KDM & Cie, salon de coiffure et d’esthétique ayant pignon sur rue à Sherbrooke, s’est fait solliciter à de nombreuses reprises pour offrir ses services de coiffure clandestinement, à domicile.

« Je t’avoue que ça m’a effleuré l’esprit : 500 $, alors qu’on crève de faim, dit-elle honnêtement. Mais, je n’ai pas succombé. Je n’ai même pas fait les cheveux de ma mère ! »

L’entrepreneure sherbrookoise est impatiente d’accueillir de nouveau ses clientes. Elle l’avoue, sa plus grande préoccupation liée à la réouverture ne concerne ni les mesures sanitaires à mettre en place ni les risques de contracter la COVID-19. Non, le plus gros stress, c’est de rappeler toutes ses clientes et de les satisfaire.

« On a deux listes : une d’environ 300 noms de toutes celles dont le rendez-vous a été annulé. Et une liste d’attente de 150 à 200 noms. »

Elle s’attend à une période d’adaptation de quelques semaines. Il faudra rattraper le temps perdu, corriger les désastres capillaires et s’habituer aux nouvelles mesures sanitaires.

« Il faut désinfecter entre chaque cliente. Juste en perte de temps, on estime que ce sera six minutes l’heure. Chaque jour, c’est environ 45 minutes qu’on perd. Avant, je faisais trois ou quatre clientes en même temps. Là, je vais en faire une ou deux, maximum. »

— Krystel Waite, copropriétaire et fondatrice de KDM & Cie

« Les clients doivent s’attendre à une hausse des prix considérables, prévient-elle. Dans l’industrie, selon les régions, ce sera de 10 % à 15 %. Nous, on l’a fixée à 11 %. »

« Il ne faut pas oublier qu’il y a eu l’augmentation du salaire minimum, l’indexation du coût de la vie et, en plus de tout ça, les pertes dues au coronavirus et les frais sanitaires qui s’ajoutent. Chez nous, nos frais sanitaires seront grosso modo de 3 $ », explique Mme Waite.

La coiffeuse Marie-Andrée Martin, qui loue une chaise au salon de coiffure Les Malpolis, à Granby, s’attend de son côté à essuyer des pertes financières.

« Ça va avoir un contrecoup financier, c’est sûr. Mon plus gros problème, c’est de replacer les gens dans mon horaire et dans le temps. Je faisais déjà plus que du temps plein. Je faisais deux colorations en même temps, mais pour respecter [la distanciation physique], je ne pense pas que je pourrai continuer », croit Marie-Andrée Martin.

« J’ai eu beaucoup d’appels pendant le confinement, du monde qui me demandait d’aller chez eux – je disais non –, des clientes qui me disaient : “Ne m’oublie pas”, d’autres qui me demandaient de les mettre en haut de la liste d’attente… J’ai hâte de recommencer à travailler, mais c’est surtout mes clientes qui ont hâte que je recommence ! », dit-elle en riant.

Montréal à part

Au bout du fil, Kenza Attahri avait le ton moins enjoué, mercredi soir. La coiffeuse qui s’occupe seule de son salon, Le Boudoir, dans Outremont, devra, comme tous ses pairs de la communauté métropolitaine, prendre son mal en patience pour une durée indéterminée.

« C’est une grande déception que, nous, on ne puisse pas ouvrir. On prendra les mêmes mesures qu’ailleurs au Québec. Alors je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas ouvrir », dit-elle sur un ton exaspéré.

« Je vois une cliente à la fois. C’est moins risqué de venir à mon salon que d’aller à l’épicerie. »

— Kenza Attahri

Son téléphone n’a pas dérougi de la journée. Trop excitées par l’annonce du gouvernement, plusieurs de ses clientes ont loupé le détail qui exclut le Grand Montréal et la MRC de Joliette de la mesure de déconfinement.

« Si je n’ouvre pas en juin, ça va être très difficile de survivre. Ça fait trois mois que je paie un loyer, sur l’avenue Bernard. Un mois de plus et je ne joins plus les deux bouts. On voit nos business s’effondrer devant nous et on ne peut rien faire », se désole la travailleuse autonome.

Les dentistes rouvrent sans exception

La distinction de territoire ne s’applique toutefois pas aux cliniques de soins buccodentaires et aux centres dentaires, qui pourront rouvrir leurs portes à compter du 1er juin, non plus seulement pour les urgences, et ce, à la grandeur de la province.

« C’est une très bonne nouvelle. Les dentistes me disaient qu’ils commençaient à s’inquiéter pour la santé buccodentaire de leurs patients. Même s’ils pouvaient traiter les urgences, le temps finit par jouer contre nous », a fait valoir le Dr Guy Lafrance, président de l’Ordre des dentistes du Québec, mercredi.

« S’il y a un petit problème, mais qu’on le laisse aller dans le temps, il empirera. Ça fait 10 semaines, il est temps de faire des traitements plus permanents. »

— Le Dr Guy Lafrance, président de l’Ordre des dentistes du Québec

Un premier guide de pratiques avait été réalisé pour les traitements d’urgence, qui étaient autorisés. La fin de semaine dernière, les cabinets de dentistes ont reçu une version améliorée et beaucoup plus complète pour assurer une réouverture en toute sécurité.

« On a étudié les mesures comme il faut avec les gens des différents ministères pour s’assurer que tout le monde travaille en sécurité. On est soucieux de la sécurité des patients, mais aussi de celle du personnel en milieu dentaire », dit le Dr Lafrance.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) salue cette reprise progressive des soins de santé privés et des soins corporels et esthétiques, qu’elle considère comme « une autre étape importante dans la relance économique ».

« Nous saluons le travail de collaboration entre les associations patronales et syndicales et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail ainsi que la Santé publique, qui a permis la réalisation de trousses d’outils spécifiques pour guider les entreprises dans la reprise de leurs activités », a déclaré Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ.

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Les loisirs de retour… sauf à Oka

Le temps était bon et le ciel était bleu, mercredi, pour accueillir les premiers sportifs qui ont renoué avec leurs activités en plein air, de nouveau autorisées partout dans la province. Seule exception : les visiteurs du parc national d’Oka, qui ont été rabroués par des membres de la communauté mohawk.

Pour « protéger la santé » des 300 membres de sa communauté mohawk de Kanesatake, le grand chef Serge Otsi Simon a érigé au cours des dernières semaines cinq barrages routiers aux entrées d’Oka pour s’assurer qu’aucun non-résidant ne pénètre dans le territoire, au grand dam de la municipalité.

Mercredi, au moment où les parcs de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) ont ouvert leurs portes, un sixième barrage a vu le jour à l’entrée du parc national d’Oka.

« Je veux que le gouvernement reporte l’ouverture du parc, a expliqué à La Presse le grand chef Simon. Nous aimerions qu’il ouvre plutôt le 5 juin pour nous donner le temps de nous préparer et nous protéger. » Alors qu’il n’y a eu aucun cas jusqu’à maintenant dans la municipalité, il a peur que les visiteurs transportent le virus avec eux.

Lorsque le cycliste Jean-Guy Beauchamp est passé par l’entrée du parc où il y avait un barrage, M. Simon l’a intercepté pour lui demander s’il vivait dans la région. « Oui », a menti le Lavallois pour ne pas se faire bloquer le chemin. Il s’expliquait d’ailleurs très mal pourquoi les Mohawks érigeaient autant de barrages dans la municipalité. « Sur moi, j’ai mon eau et ma nourriture. Je n’arrête nulle part pendant ma promenade. Pourquoi voulez-vous m’empêcher de rouler ? », a lancé au chef le cycliste avec une exaspération évidente. Son partenaire de vélo et lui ont alors reçu l’autorisation de poursuivre leur chemin.

En point de presse, mercredi, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a affirmé que le gouvernement était « en discussion » avec M. Simon pour trouver un terrain d’entente. « On les décourage à bloquer l’accès au parc. Nous sommes en discussion pour trouver une solution à cette problématique-là », a-t-elle fait savoir.

Le maire d’Oka, Pascal Quevillon, qui a rencontré le grand chef Serge Otsi Simon devant l’entrée du parc national mercredi, n’a pas caché sa déception. « C’est déplorable de voir tout ça. Quand même la Santé publique nous encourage à faire des activités extérieures, dont pour notre santé mentale, je ne comprends pas pourquoi ils font ça », a-t-il confié après la rencontre.

La Ville a d’ailleurs envoyé une mise en demeure au début de la semaine au ministère des Transports et à la Sûreté du Québec pour que les barrages soient levés.

« Ça fait du bien de bouger »

Dans les autres parcs de la SEPAQ, les sportifs étaient nombreux : « Une journée relativement achalandée pour un mercredi dans le réseau. Quelques centaines de voitures et beaucoup de cyclistes au parc national du Mont-Orford », a commenté par courriel le porte-parole de la SEPAQ, Simon Boivin.

Il a ajouté qu’il était bien heureux d’apprendre que la « très grande majorité des gens » s’étaient procuré le droit d’accès en ligne avant leur arrivée dans les parcs, comme la SEPAQ le suggère, pour « limiter les contacts au maximum ».

Puisque Québec le permet, les deux sites d’activité du Groupe plein air Terrebonne ont aussi rouvert mercredi. Plusieurs familles profitaient des sentiers de vélo de montagne, dont Caroline Perreault et les jeunes Matis et Alexis. Les deux élèves de sixième année croyaient dur comme fer que leur été était perdu puisqu’ils ne peuvent pratiquer leur sport préféré, le hockey, et que leurs vacances à Myrtle Beach ont été annulées. « Je pensais que je ne sortirais pas de l’été », lance Matis, en enjambant son vélo de montagne. « Ça fait du bien de bouger », ajoute Mme Perreault, le sourire aux lèvres.

« Ça va faire du bien à beaucoup de monde », évoque Vanessa Châtillon, assise dans le coffre de sa voiture où elle habillait sa petite fille pour une randonnée à vélo. « Avec la pandémie, je n’irais pas au cinéma… mais je ne vois pas de danger à faire des activités extérieures. »

Au bas de la montagne se trouve la Crèmerie Mini-Putt de Terrebonne, où la copropriétaire Linda Gosselin servait des cornets pour la première fois de l’année. Elle a acheté des affiches « anti-COVID » et elle a élaboré tout un plan pour accueillir les centaines de personnes qui viennent chaque jour sur ses deux terrains de minigolf, tout en respectant les mesures de distanciation. « Comme vous voyez, on prend ça bien au sérieux », dit-elle.

« Ils avaient raison… finalement, ça va bien aller », conclut la propriétaire, visiblement très heureuse de retrouver sa crèmerie, son minigolf et ses clients.

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