À la rencontre de

Anne-Élisabeth Bossé

Comme plusieurs, Anne-Élisabeth Bossé a vu son petit univers professionnel basculer dans les dernières semaines. L’âme résolument philosophe, elle poursuit, pendant ce temps d’arrêt, l’écriture de son premier spectacle solo, tout en gardant le regard tourné vers l’horizon ; vers ce moment attendu où tout un chacun pourra reprendre la vie là où il l’a laissée. Entretien tout sauf morose sur fond de confinement.

Quels deuils professionnels avez-vous dû faire dans ce contexte de pandémie ?

Quand tout a commencé, j’étais en pleine répétition au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). On a vécu ça pas à pas alors que les nouvelles rentraient. On a gardé espoir longtemps avant de recevoir la nouvelle fatidique. Je devais jouer dans Arlequin, serviteur de deux maîtres, une pièce de Serge Denoncourt, et tourner cet été pour Les pays d’en haut. Pour moi, le petit château de cartes se défait tranquillement.

Êtes-vous de nature à bien négocier avec l’ambiguïté ou l’incertitude ?

Oui, parce que je n’aurais pas choisi ce métier-là sinon. C’est un métier où on ne sait pas de quoi demain sera fait. Je fais toujours face à la musique avec beaucoup de philosophie.

« J’ai toujours eu l’impression que ma créativité allait trouver son espace, que j’allais pouvoir m’exprimer.Et j’ai toujours eu foi en la vie, aussi. »

-Anne-Élisabeth Bossé

Quelles douceurs du quotidien avez-vous hâte de retrouver ?

C’est niaiseux, mais moi, j’adore partager des plats. C’est la formule que j’aime le plus : aller au restaurant et partager des assiettes. J’ai hâte de retrouver cette insouciance-là et, surtout, j’ai hâte de pouvoir recommencer à « vivre proche ».

Vous avez récemment tourné la page d’En tout cas. Règle générale, comment vivez-vous avec les fins de chapitres ?

Quand j’ai un coup dur, je me donne toujours 24 heures pour être très triste. J’ai le droit de me plaindre, de pleurer et de « faire le bacon » si je veux. Mais, après ça, je m’impose de rebondir. Et qui dit « fin » dit « début ».

Parlons de Jalouse. Qu’est-ce qui est au cœur de ce projet, que vous avez décrit comme un spectacle solo, mais qui ne tiendra pas nécessairement du spectacle d’humour (stand-up) ?

Je dis que ce ne sera pas du stand-up, mais c’est certain que ce sera moi qui raconte des choses. Il y aura peut-être une dimension plus poétique par moments, plus théâtrale par d’autres. C’est un genre que j’explore.

En vieillissant, il y a ce désir de parole qui est de plus en plus fort chez moi. C’est un peu pour ça que je fais de la radio, aussi, même si on reste dans des sujets plus légers. J’ai ce désir-là, et c’est assez grandissant.

« J’ai toujours un peu eu l’humour aux trousses. Je voulais tellement jouer des trucs tragiques au Conservatoire, pour montrer le côté nutritif et pas juste givré. C’est comme si j’avais arrêté de me battre avec ce côté-là de ma personnalité. J’ai maintenant envie d’aller là, de prendre ce risque. »

- Anne-Élisabeth Bossé

Théâtre, radio, télévision, cinéma : vous baignez dans des eaux diverses. Quel est le fil conducteur de votre parcours ? Qu’est-ce qui vous guide ?

Les humains ; les gens derrière les projets. C’est toujours une rencontre. Et, encore une fois, en vieillissant, s’il y a de la peur, si je me demande si je serai capable, c’est bon signe. Je fuis le confort.

Qu’est-ce qui est à l’horizon pour vous ?

Toute cette situation, ça donne envie de cultiver une certaine autonomie. Il y a ça dans Jalouse : je déterminerai et serai responsable de beaucoup de choses. Avec ce qui se passe, quelque chose force l’idée d’être non pas autarcique — parce qu’on ne fait pas ce métier-là pour être seul —, mais autonome.

On fait beaucoup face à soi-même en ce moment. Je ne peux plus me fuir ; ça m’amène à faire attention à ma vie personnelle et à ma famille, et à me générer plus de bonheur — autrement que par mon métier.

Mon expression la plus colorée

« Complimarde » vient du milieu de l’impro, mais elle me colle à la peau.

Ma zone de vulnérabilité

Ce sera toujours un défi pour la femme que je suis de se dire qu’elle est belle, qu’elle a sa place ; ce sera toujours ça, ma zone plus difficile.

Un livre vers lequel je retourne souvent

Bonjour tristesse, de Françoise Sagan, m’emmène à une place que j’aime.

Mon plaisir de confinement

Mon nouveau chien ; ma zoothérapie.

Un rôle qui m’a chavirée

Charlène, dans Série noire. Un petit trophée dans mon CV.

Mon talent caché

Je dessine.

Ce qui m’émeut

La sincérité.

La vingtaine ou la trentaine

La trentaine, sans hésiter !

Ce qui donne de la couleur à ma vie

Mes bons amis de longue date, qui ont tous leur couleur à eux. Ils font le panorama de toute la vie.

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