Le tribunal Twitter

« On n’est plus dans un système de droit, on est dans une justice de bien-pensants. Ça soupçonne, ça accuse pis ça détruit la vie du monde avec un post. »

Les règlements de comptes sur Twitter ou Facebook, Sonia Blanchard (Pascale Montpetit), la procureure de la Couronne la plus occupée de la télé québécoise, en a plein la mallette. Et elle n’a pas tort, notre avocate préférée, toujours l’indignation à « high » comme un rond de poêle.

Encore une fois, l’auteur Luc Dionne a exploré un sujet brûlant d’actualité dans District 31 en racontant la rencontre fatale entre Samuel Gervais (Marc Beaupré) et sa compagne d’un soir, Léna Pépin (Catherine Larochelle).

Intoxiquée et violente, Léna a été laissée, porte verrouillée, sur le balcon de Samuel, d’où elle a chuté accidentellement de six étages. La vidéo de sa mort, tournée par un voisin, a fait le tour des réseaux et suscité l’indignation générale. Comment un pourri comme Samuel Gervais a-t-il pu provoquer un drame aussi épouvantable ?

Pour renverser l’opinion populaire, Samuel a lui-même mis en ligne des images de sa caméra de surveillance où Léna l’attaque avec un couteau. OK, là. C’est elle la « crisse de folle » dans l’histoire. Encore une fois, le vilain changeait de sexe.

Les policiers du 31 ont assisté, impuissants et dépassés, à ce ping-pong virtuel, qui aurait pu faire dérailler l’enquête. On a très bien décodé le message que le scénariste Luc Dionne a voulu faire passer : la justice se règle devant les tribunaux, pas sur Twitter ou sur Facebook.

Malheureusement pour Luc Dionne, il est trop tard pour stopper cette tendance. Les réseaux sociaux mettent des vedettes au monde et les décapitent tout aussi rapidement, le temps d’un gazouillis compromettant ou d’une story dévastatrice.

Toute l’affaire Élisabeth Rioux, qui a éclaté la semaine dernière, illustre parfaitement la puissance de ces outils dans le débat public.

En plus de déposer une plainte à la police, cette influenceuse de 23 ans, propriétaire de l’entreprise de maillots de bain Hoaka, a publié des photos d’elle, avec ecchymoses, après une altercation qu’elle aurait eue avec le père de son bébé de 4 mois.

Sur QUB Radio, Benoit Dutrizac et Geneviève Pettersen ont dénigré Élisabeth Rioux en parlant de son cul et de ses supposées interventions de chirurgie esthétique, au lieu d’aborder le cœur du sujet : la violence conjugale.

Oui, Élisabeth Rioux montre son corps sur ses plateformes numériques (duh, elle vend des bikinis et des sous-vêtements). Son ex-copain se déshabille tout autant sur Instagram et ni Benoit Dutrizac ni Geneviève Pettersen n’ont pourtant remis en question son intelligence.

J’ai réécouté trois fois la « discussion » entre ces deux animateurs de QUB Radio et la quantité de mépris à la seconde y battait des records.

À Tout le monde en parle dimanche soir, Élisabeth Rioux a été posée et a gentiment remis les pendules à l’heure, sans jeter de l’huile sur le feu. Ce fut tout à son honneur.

Geneviève Pettersen, qui se présente comme une alliée des femmes, a passé un mauvais quart d’heure pour avoir jeté une de ses consœurs sous les roues de l’autobus. Ça n’a pas été plus joli ou édifiant.

Celui qui s’en sort le mieux, je trouve, c’est Benoit Dutrizac, qui a été encore plus condescendant et ignorant que sa collègue de QUB. Existerait-il également une justice numérique à deux vitesses ?

Voterez-vous pour Martia ?

Marjorie, la candidate la plus mêlée d’Occupation double, selon ses propres mots, a trouvé son top 1 en la personne de Cintia. Les deux femmes ont officialisé leur union dimanche en volant la Poppers de Naadei (scandale !), qui a « roté du vieux sur » très longtemps là-dessus, comme si la production avait confisqué le plant de basilic de son copain Patrick.

Heille les filles, il y a un frigo plein de Poppers dans la maison. Il y a même des canettes dans votre décor, cibole. On ne parle pas ici de pénurie mondiale comme celle du papier de toilette au Costco d’Anjou, époque mars 2020.

Donc, Marjorie et Cintia forment le premier couple de même sexe des 14 saisons d’Occupation double, présentées à TVA et Noovo depuis 2003. C’est un pas important pour la représentation de la diversité – sexuelle et culturelle – à l’écran.

Évidemment, un des mâles largués par la formation de « Martia », le moustachu Kevin, n’a pu s’empêcher de pousser un commentaire extra gras : « leur relation est aussi fake que leurs poitrines », ah-ha ! Pas fort, mon Kev.

Le vendeur d’autos de Laval, soit Vincent, a éclaté d’un gros rire niais lui aussi. Pas fort (bis). Kiari a été le seul à bien réagir. Il a toutefois rappelé à Marjorie qu’en embrassant Cintia dans son dos, elle l’avait « trompé » et que c’était blessant, mais qu’il ne lui souhaitait que du bonheur.

Réponse de Marjorie : je suis contente que « tu sois été là » pour moi. Maintenant, est-ce que les sentiments de Marjorie pour Cintia – et vice-versa – sont vrais ? Quelque part, on s’en fout. Depuis quand OD est-il un baromètre de l’authenticité de l’amour avec un grand A ? À part Mathieu et Claudie de l’an dernier, il ne reste, de mémoire, aucun couple formé en 14 éditions d’OD qui tient encore. Alors, pour la sincérité et la légitimité des relations, on repassera, merci.

Marjorie et Cintia jouent le jeu comme tous les autres concurrents. Et en fin de compte, c’est le public qui vote. Même si je n’y crois pas tant, j’aimerais que les deux filles gagnent le condo à Laval et les deux Can-Am Ryker. Mais c’est loin d’être dans la poche.

La dictature des anciens qui prônent l’amour et l’amitié, comme dans une vieille chanson de Céline Dion, leur barrera la route. Tu sais, « Martia », votre couple est trop récent, nous autres, ça fait plus longtemps qu’on s’aiiime et on veut aller en finale avec nos amis du début, tu comprends ?

Cette règle installée par Charles gangrène le déroulement des épisodes. On me dit que la production trouve ça très lourd, ce OD amitié où les derniers participants rechignent à s’éliminer, parce qu’ils veulent garder tous leurs ti-namis avec eux.

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