Zebrina. Une pièce à conviction

Seul au
(nouveau) monde

Le Théâtre du Nouveau Monde n’aura jamais aussi bien porté son nom qu’en cette drôle de rentrée théâtrale. De « Nouveau Monde » il est question tant dans Zebrina, texte philosophique de l’Américain Glen Berger, que dans la Cité à l’ère de la pandémie.

En arrivant au TNM mercredi soir, pour la première de ce solo mettant en vedette Emmanuel Schwartz, sous la direction de François Girard, on avait l’impression d’assister à des retrouvailles dans un rêve : le décor est familier, mais tout a changé. La direction a minutieusement réglé son accueil du public, dans le respect des règles sanitaires de la distanciation physique.

Au lever du rideau, dans un geste symbolique, Emmanuel Schwartz éteint la sentinelle à l’avant-scène (cette lampe qui reste allumée dans les théâtres désertés). Ensuite, le talentueux comédien entame son monologue dramatique devant les 160 spectateurs dispersés dans la salle de 850 places.

Zebrina. Une pièce à conviction raconte la quête de sens d’un bibliothécaire taciturne. Après avoir retrouvé un livre emprunté à sa bibliothèque en Hollande, il y a… 133 ans, l’homme décide d’enquêter sur l’identité de l’emprunteur du bouquin. Muni de quelques pièces à conviction, l’apprenti détective partira aux quatre coins du monde pour faire avancer ses recherches. Or, son entreprise s’apparente plus à une quête de sens, un voyage existentiel, et à mesure qu’il croit avoir trouvé une piste, il se perd davantage.

Mythe et verbe

Créé à New York en 2001 (sous le titre Underneath the Lintel), le texte est une œuvre érudite et un peu fastidieuse. Il aborde les mythes de l’Histoire et nous fait voyager à travers les siècles. Sans être dénué de pointes d’humour. Par exemple, pour se divertir au milieu de son odyssée, le bibliothécaire revoit inévitablement la même comédie musicale (Les Misérables) à l’affiche dans toutes les grandes capitales où il débarque.

Très solide sur scène, Emmanuel Schwartz est l’homme de la situation pour jouer ce personnage complexe et fuyant.

Toutefois, nous n’avons pas compris le choix de lui donner un accent hollandais, bien que dans la traduction de Serge Lamothe, ça ressemble davantage à un accent belge, avec les nombreux « septante » et « nonante ». Ce personnage, tout comme sa quête, est universel. À notre avis, le comédien aurait pu le jouer dans un français standard et le rendre moins caricatural.

La mise en scène de François Girard est très belle. Au début, le décor dépouillé de François Séguin laisse voir les coulisses et la machinerie du théâtre. Peu à peu, l’espace scénique se pare des projections d’images vidéo créées par Robert Massicotte, enveloppées par les éclairages soignés d’Alain Lortie et la musique d’Alexander MacSween. La dernière partie est splendide, tandis que la poésie du verbe et de l’image se marie dans une illumination des sens pour nous transporter dans l’illusion du théâtre !

Malheureusement, avant d’arriver à cette finale en beauté, Zebrina nous aura perdus en cours de route. Cette histoire nous échappe autant que cette enquête qui tarde à aboutir. Comme si l’auteur brouillait les pistes par plaisir de fouiller le sens de l’Histoire. Pour arriver à une conclusion somme toute assez banale : on est toujours seul au monde.

Le spectacle sera ensuite présenté en anglais au Centre Segal des arts de la scène à Montréal en décembre 2020 et au Centre national des arts d’Ottawa en janvier 2021.

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