« Il y a un feu à Montréal »

La mairesse de Montréal et la Santé publique sont préoccupées par l’évolution de la situation dans la métropole. « Les besoins sont immenses et j’espère que les ressources vont suivre », a prévenu Valérie Plante mercredi. Le réseau se prépare à être débordé.

COVID-19

Le réseau se prépare à être débordé

Montréal est redevenu « l’épicentre de la pandémie » de COVID-19 dans la province, a affirmé mercredi la mairesse Valérie Plante, qui appelle Québec à l’aide en se disant très inquiète pour les prochaines semaines.

La pause des Fêtes – qui devait ralentir le virus – a plutôt accéléré sa propagation dans la population, si bien que les hôpitaux sont remplis à un niveau dangereux.

« J’ai envie de dire : il y a un feu à Montréal, envoyez les pompiers », a dit la mairesse en conférence de presse. « Je suis très préoccupée. […] Les besoins sont immenses et j’espère que les ressources vont suivre. »

À ses côtés, la directrice régionale de santé publique Mylène Drouin et la porte-parole du réseau hospitalier montréalais Sonia Bélanger ont dressé un sombre portrait de la situation actuelle. La COVID-19 progresse à un niveau jamais vu à Montréal, plus rapidement encore qu’au printemps dernier.

Malgré les règles édictées par le gouvernement du Québec, les Montréalais ont probablement commis de « petites transgressions » pendant la période des Fêtes, a analysé la Dre Drouin. « Les contacts domiciliaires, les contacts avec les amis proches », même chez les individus plus âgés, ont contribué à jeter de l’huile sur le feu.

Mercredi, le Québec rapportait 2071 nouveaux cas et 33 décès supplémentaires. Conséquence de la hausse des cas au début du mois de janvier, le nombre de patients hospitalisés aux soins intensifs – 229 – n’a jamais été aussi élevé depuis mars 2020.

Le nombre de cas semble vouloir ralentir, mais il est trop tôt pour tirer des conclusions, selon les autorités sanitaires. Les 33 décès supplémentaires rapportés mercredi se trouvent aussi sous la moyenne des derniers jours. C’est à Montréal que l’on déplore le plus de décès, soit 9. On en rapporte 8 en Montérégie et 5 dans la Capitale-Nationale.

À Montréal, la Dre Drouin a affirmé que les quartiers les plus touchés restaient ceux qui étaient sous les projecteurs lors de la première vague : Parc-Extension, Saint-Léonard, Saint-Michel et Cartierville, entre autres. La proportion des tests positifs est très élevée, presque 14 %.

Globalement, un peu plus de 1 % des Montréalais étaient considérés comme des cas actifs de COVID-19 en date de mardi.

Les éclosions se multiplient

Dans le réseau de la santé montréalais, les éclosions se multiplient. Une centaine de milieux de vie destinés aux aînés sont aux prises avec la COVID-19, en plus de plusieurs hôpitaux. Mardi, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’hôpital Santa Cabrini ont demandé au public d’éviter leurs urgences parce que des éclosions y sévissaient.

« La situation s’est détériorée depuis la période des Fêtes dans les CHSLD », a indiqué Sonia Bélanger, PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, au nom de l’ensemble de ses collègues.

« À partir du 4 janvier, il y a eu vraiment une augmentation des hospitalisations, a-t-elle ajouté. La majorité des établissements à Montréal sont passés en niveau rouge. »

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Nombre de lits destinés aux patients contaminés qui doivent être ajoutés aux 1000 lits existants à Montréal, afin de prévenir tout débordement

Mme Bélanger a précisé que de ce nombre, 43 lits seraient destinés aux soins intensifs et aménagés au CHUM, au CUSM, au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et, dans une moindre mesure, à l’Hôpital général juif. Les autres pourront accueillir des patients en rétablissement ou qui doivent être gardés à l’hôpital parce qu’ils risquent d’être contagieux.

Sur le plan de la disponibilité des médecins, Sonia Bélanger ne prévoit pas de problèmes. Il en va autrement pour la disponibilité des infirmières.

Les autorités de la santé forment à l’heure actuelle des infirmières qui travaillent dans d’autres unités de soins pour les transférer aux soins intensifs, au besoin. Elles cherchent aussi à en recruter dans les CLSC, les groupes de médecine de famille et ailleurs en première ligne pour les rediriger vers les soins intensifs, a précisé Mme Bélanger. Elle espère aussi obtenir du soutien de régions moins touchées par la pandémie.

La PDG a ajouté que le personnel de la santé commençait à se préparer à appliquer le guide de priorisation mis en place par le gouvernement du Québec afin de faire les choix difficiles qui seront nécessaires si le système hospitalier devient complètement submergé.

Un vaccin pas si populaire

Lueur d’espoir au bout du tunnel : des centaines de doses de vaccins sont injectées chaque jour à Montréal. Selon Sonia Bélanger, tous les résidants et membres du personnel de CHSLD qui le souhaitent auront reçu leur injection au cours de la semaine prochaine. Quelque 8000 résidants de ces établissements et 12 000 employés ont été inoculés jusqu’à maintenant.

Elle a toutefois précisé que ce ne sont pas tous les employés de ces établissements qui veulent recevoir le vaccin.

« La majorité des résidants ont accepté de se faire vacciner. Pour ce qui est des employés, [selon] les CHSLD, ça peut varier entre 40 % et 65-70 % d’adhésion. »

— Sonia Bélanger, PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Mme Bélanger a ajouté que les campagnes annuelles de vaccination contre la grippe n’attiraient que 40 % des travailleurs du réseau de la santé.

Au total, au Québec, plus de 100 000 doses de vaccins ont été administrées jusqu’à maintenant, dont 7800 mardi. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a annoncé que la province en avait reçu 40 000 autres de la part des sociétés pharmaceutiques qui les fabriquent.

En attendant que le grand public soit vacciné, les Montréalais doivent suivre les règles et surtout éviter de sortir dès qu’ils perçoivent des symptômes pouvant être liés à la COVID-19. « Les gens ont tendance à aller travailler [quand même] », a déploré la Dre Mylène Drouin. Selon les analyses de ses équipes, le délai moyen actuel entre l’apparition des premiers symptômes et le dépistage s’élève à 2,7 jours, une période beaucoup trop longue.

« Il n’y a pas d’autres virus en circulation dans la communauté en ce moment », a-t-elle dit pour convaincre les gens avec un mal de gorge ou des difficultés respiratoires à ne pas hésiter à se faire tester. Les cliniques de dépistage sont loin d’être submergées, ajoute-t-elle.

Dans un document publié mercredi, les services de la Dre Drouin concluaient que beaucoup d’éclosions se produisent dans les établissements de santé.

« Parmi les éclosions actives le 12 janvier 2021 : 146 (46 %) éclosions étaient liées à un établissement du réseau de la santé, 109 (35 %) éclosions étaient liées à un milieu de travail [et] 32 (10 %) éclosions étaient liées à un service de garde », indique l’étude. La fermeture des écoles a permis de bloquer cette voie de transmission.

— Avec La Presse Canadienne

COVID-19

Des sans-abri vaccinés dès cette semaine

Frappée par une éclosion de cas de COVID-19, la communauté des personnes itinérantes de Montréal est visée par une campagne de vaccination qui se mettra en branle dans les prochains jours.

« On va commencer pour un groupe très restreint », a annoncé la directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, lors d’un point de presse mercredi après-midi.

Un premier lot de 560 doses sera réservé à la population itinérante considérée comme « prioritaire » dans huit milieux où des éclosions ont eu lieu. Mais le nombre de doses pourrait dépasser 2000, a indiqué la Dre Drouin. On prévoit aussi vacciner des employés des organismes communautaires qui travaillent auprès des sans-abri.

Depuis le début du mois de décembre, 114 cas de COVID-19 ont été détectés chez les personnes en situation d’itinérance à Montréal, et 58 parmi les travailleurs de ce secteur, pour un total de 172 cas.

« Nous sommes actuellement en enquête épidémiologique, nous avons mis en place un plan d’intervention d’urgence pour contrôler cette éclosion. Ce sont des éclosions qui sont difficiles à contrôler de par le contexte de vie de ces personnes-là, qui sont très mobiles, qui vont parfois d’un centre à l’autre. »

— Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal

La Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal prévoit par ailleurs faire plus de dépistage dans les centres pour itinérants.

Son plan d’intervention inclut également l’ajout de nouvelles places dans l’ancien l’hôpital Royal Victoria, maintenant devenu un refuge pour sans-abri atteints de la COVID-19 ou en attente d’un diagnostic.

« Une santé plus précaire »

Les organismes d’aide aux itinérants, qui demandaient depuis quelques jours que cette population soit vaccinée en priorité, se réjouissent de l’annonce de la DRSP, mais soulignent au passage que le nombre de sans-abri à Montréal est estimé à 6000.

« Le problème de l’annonce d’aujourd’hui, c’est que ce n’est pas dans une optique d’immunisation de la population itinérante, mais pour le contrôle d’une éclosion qu’ils ne sont plus capables de contrôler autrement », note Mariana Racine-Mendez, organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), qui regroupe 112 organismes.

« Ils vont cibler certains milieux, mais les personnes itinérantes se déplacent, ajoute-t-elle. Ce sont souvent des gens qui ont une santé plus précaire et qui sont dans des hébergements collectifs, ce qui favorise la propagation du virus. »

Les cas contacts trop négligés, selon des chercheurs

« Il devrait y avoir dépistage systématique des cas contacts. C’est ce qu’ont fait les endroits dans le monde qui ont bien réussi à contrôler l’épidémie – la Nouvelle-Zélande, Hong Kong, l’Australie, par exemple – et je ne comprends pas que cela ne se fasse pas encore ici », se désole le docteur Dick Menzies, pneumologue, épidémiologiste et chercheur québécois.

En entrevue, il s’en étonne d’autant plus qu’un grand nombre d’études confirment que la transmission de la COVID-19 est pour une bonne moitié attribuable à des personnes asymptomatiques ou présymptomatiques.

En octobre, avec un groupe de chercheurs, le DMenzies a signé dans le Journal de l’Association médicale canadienne une étude portant sur le dépistage.

Selon ce groupe de chercheurs, la Santé publique des différentes provinces canadiennes aurait tout intérêt à cibler de façon systématique les personnes les plus à risque plutôt que d’adopter « une approche passive » en dépistage.

Un dépistage systématique des cas contacts, des employés du système de santé, des résidants de foyers pour personnes âgées, des travailleurs essentiels, des élèves et du personnel en éducation serait non seulement plus efficace, mais ferait faire des économies aux gouvernements, selon les auteurs de l’étude.

C’est que, selon eux, cela permettrait de mieux contrôler l’épidémie et de déconfiner de grands secteurs de l’économie.

Le DMenzies regrette que l’ensemble du Québec n’ait pas adopté « le protocole beaucoup plus vigoureux qui a été adopté dans les endroits reculés comme le Nunavik, où la pandémie a été beaucoup mieux contrôlée qu’à Montréal ».

Aux personnes malades de prévenir leurs contacts

À la Santé publique de Montréal, environ 1000 personnes travaillent au traçage, et de 20 à 30 personnes s’ajoutent chaque semaine à cette équipe, nous indique-t-on.

Elle a pour approche de prendre contact avec les personnes ayant eu un résultat positif. Ensuite, « nous demandons au cas d’identifier tous ses contacts et de les aviser directement », précise la Santé publique de Montréal.

« Pour les contacts en milieu de travail, en milieu scolaire et de garde et dans certains milieux communautaires priorisés, nous contactons le milieu directement et nous l’accompagnons pour faire le suivi des contacts », peut-on aussi lire dans la réponse offerte par la Santé publique de Montréal.

Malgré le nombre de personnes atteintes qui a explosé, plusieurs des personnes jointes par La Presse et qui ont récemment reçu un diagnostic de COVID-19 (en décembre ou en janvier) ont indiqué avoir bel et bien eu un appel de la Santé publique dans les temps, à savoir à l’intérieur de 48 heures.

Mais Anabela Morris, qui travaille dans le domaine du recyclage et qui habite à Beaconsfield, n’a eu aucun coup de fil depuis son résultat positif, le 29 décembre.

« Nous étions quatre collègues et nous avons tous les quatre eu un résultat positif. Seuls deux d’entre nous ont été appelés par la Santé publique. »

Mme Morris souligne que sa fille, technicienne dans une école, n’a eu vent d’enquêteurs de la Santé publique qu’une dizaine de jours après son résultat positif.

David Brazeau, qui habite en Estrie, raconte avoir passé 30 minutes au téléphone avec la Santé publique deux jours après son résultat positif. « C’est difficile de se souvenir des personnes qu’on a vues, plusieurs jours plus tôt. Je me suis félicité de m’être inscrit à l’application [Alerte COVID]. Plusieurs des personnes que j’avais vues et que j’avais oubliées ont été prévenues comme cela. »

Pour le DMenzies, la stigmatisation associée à la COVID-19 et le sérieux relatif que chacun met à retrouver et à contacter tous ceux qu’il a vus font en sorte que le traçage tel que pratiqué actuellement est nettement insuffisant.

De plus, selon lui, « les gens prennent leur confinement beaucoup plus au sérieux s’ils ont eu un résultat positif que s’ils n’ont été qu’un cas contact et qu’ils croient, peut-être à tort, ne pas être atteints ».

Une deuxième éclosion chez Vegpro

Vegpro International, plus gros producteur de légumes au Canada, est en proie à une éclosion de COVID-19 dans son usine d’emballage de Sherrington, en Montérégie. Tant la Santé publique que l’entreprise refusent de révéler le nombre de travailleurs infectés. Le Devoir, qui a d’abord révélé cette histoire, écrivait mercredi que quatre travailleurs étrangers temporaires ont reçu un diagnostic positif, tandis que Le Journal de Montréal parlait d’au moins une trentaine de cas. C’est la deuxième fois que l’entreprise, qui commercialise notamment les barquettes de laitue Attitude, vit une éclosion. En mai, 25 employés y ont été infectés, dont 18 travailleurs étrangers temporaires.

— Daphné Cameron, La Presse

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