Assurance de billets de spectacle

Ticketmaster accusée de tromper ses clients

Ticketmaster devra encore une fois défendre ses pratiques, et ça n’a rien à voir avec le prix pharaonique des billets pour voir Madonna au Centre Bell, qui atteint 3450 $ sur le parterre.

Sa manière de vendre l’assurance billet à ses clients est « trompeuse et mensongère », selon le cabinet d’avocats LPC, qui souhaite exercer une action collective. Sa demande d’autorisation a été déposée mercredi à la Cour supérieure du Québec.

Le géant de la billetterie en ligne ne demande pas à ses clients s’ils souhaitent « acheter » une assurance. On les « force » plutôt à cocher « oui » ou « non » à la question : « Voulez-vous protéger l’achat de votre billet ? », résume le document que j’ai obtenu.

« Il n’y a pas de mention du prix de l’assurance à côté de la case “oui” et le prix n’est jamais ajouté au prix total que les [clients] doivent payer pour leurs billets », ajoute l’avocat Joey Zukran, qui pilote le dossier. Ainsi, la protection semble être offerte gratuitement, comme je l’écrivais dans ma chronique de dimanche dernier.

L’assurance billet permet d’obtenir le remboursement de 100 % de son billet dans certaines circonstances précises, comme une maladie grave ou un accident de la route. À la lecture du contrat, on est toutefois en droit de se demander si c’est vraiment utile tellement la couverture est étroite. En plus, le prix est parfois élevé par rapport à celui du billet.

Mais l’action collective que veut intenter LPC Avocats s’attaque à autre chose : la façon de présenter le coût de la police. Selon la Loi sur la protection du consommateur, les commerçants ont l’obligation de divulguer le total des sommes qui devront être déboursées par le client. Et cela doit être fait de manière « évidente et intelligible », rappelle le cabinet dans sa demande.

Or, Mathieu Trudelle, qui joue le rôle de représentant dans cette affaire, a découvert qu’il avait payé 17,44 $ pour assurer chacun de ses billets pour un spectacle des Cowboys fringants après avoir conclu la transaction, comme je l’avais rapporté. Il n’est pas le seul ; j’ai reçu une dizaine d’autres témoignages similaires.

« On trouve que c’est une façon frauduleuse de vendre un produit alors qu’ils ont la capacité technologique de préciser le prix pour d’autres choses comme le stationnement, par exemple. Je pense que c’est intentionnel », m’a dit Joey Zukran.

« Ils croient que les clients ne s’en rendront pas compte [qu’ils ont payé pour une assurance] ou qu’ils ne prendront pas la peine de demander un remboursement. »

— Joey Zukran, avocat

L’avocat demande que le Tribunal ordonne aux défendeurs de modifier leurs plateformes (site web et application mobile), que les sommes facturées aux clients soient remboursées et que ces derniers reçoivent des dommages compensatoires et des dommages punitifs de 200 $.

Ce n’est pas la première fois que Ticketmmaster est attaquée en matière d’affichage des prix. En 2019, le Bureau de la concurrence lui avait imposé des sanctions totalisant 4,5 millions après avoir déterminé que les prix annoncés étaient « trompeurs » puisque les consommateurs devaient payer des frais « ajoutés plus tard dans le processus d’achat ».

D’autres entreprises sont visées par la demande, car la police d’assurance est souscrite par CUMIS General Insurance Company (membre de Co-operators) et administrée par Allianz Global Assistance (AZGA). D’ailleurs, Allianz Global Assistance offre aussi une assurance billet sur le site d’Air Canada, fait remarquer MZukran, et les prix sont affichés correctement. Voici la preuve, dit-il, que cette entreprise est capable de bien faire les choses.

LPC Avocats avait réussi à faire autoriser une action collective contre Ticketmaster au début de 2022. La demande portait sur l’affichage du prix initial des billets revendus sur son propre site (marché secondaire). Une entente a été conclue et approuvée par la Cour en octobre. Les personnes concernées recevront 10 $ de crédit.

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Changeons de registre pour parler de deux disparitions dans l’univers de la vente au détail.

D’abord celle de Joey Basmaji, fondateur des boutiques de vêtements Jacob. « Son cœur s’est subitement arrêté le 21 décembre, la journée de l’année qu’il préférait, mais sa mémoire continuera de vivre dans nos cœurs à tous », nous apprend l’avis de décès. Sa famille n’a pas annoncé la nouvelle publiquement. Je l’ai apprise par hasard.

La chaîne de magasins qu’il a créée à Sorel, en 1976, a marqué toutes les femmes de ma génération en développant son propre style. Elle a déjà regroupé près de 200 succursales et donné du travail à des milliers de personnes.

J’ai suivi de près l’interminable débandade de Jacob, ponctuée de rebondissements étonnants. Mais je n’ai jamais pu interviewer Joey Basmaji (Joseph de son vrai nom). Il n’était pas particulièrement chaleureux avec les journalistes, disons. Un jour, nous nous sommes croisés au palais de justice quand il est venu raconter à un juge comment la Banque Nationale l’avait trahi après une longue relation d’affaires. Émotif, il semblait décontenancé. Ce fut marquant. Que son âme repose en paix.

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On a aussi appris, cette semaine, la fermeture surprise des boutiques Bizou. Pendant mon adolescence, c’était un arrêt obligé lors des soirées de flânage au centre commercial. À l’époque, ses bijoux à bas prix et uniques en leur genre faisaient fureur. L’entreprise de Sainte-Marie-de-Beauce a été fondée en 1982 par la famille Labrecque, qui ne donne plus signe de vie. Le siège social est vide. Les boîtes vocales sont pleines. Les centres commerciaux n’ont reçu aucun avis. Mais le site web semble fonctionner. C’est mystérieux.

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