Mauvaise conduite

Quel sport vous ne voudriez jamais avoir à couvrir ?

Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence.

Richard Labbé

De manière purement théorique, je devrais être un grand fan de soccer. Au cégep, j’ai suivi deux ou trois cours de théâtre, et j’ai adoré ça. Plus tard, lors de mes voyages en Europe, je me faisais un devoir d’aller à l’opéra. Ce que j’essaie de dire ici, c’est que j’aime ça, les mises en scène. Mais j’aime ça dans un cadre artistique et philosophique, comme un spectacle de Kiss, par exemple. Dans le sport ? Pas tant. Dans le sport, en fait, le théâtre, ça m’énerve. Alors ça explique ma relation difficile avec le soccer. J’ai essayé, remarquez ; plus jeune, j’ai embarqué solide avec mes amis italiens du voisinage lors de la conquête de 1982. Mais j’ai de la misère avec le théâtre. Pas capable. Une fois, lors d’un match de la Coupe du monde de 2006, j’ai vu un joueur se rouler sur la pelouse et recréer, de manière très réaliste, la scène de la mort d’Othello. Je me souviens ensuite qu’un ami m’avait expliqué : « Oui, mais ça fait partie de la stratégie de berner l’arbitre. » J’ai pas mal débarqué à partir de ce moment-là, je dirais. Cela dit, j’ai déjà couvert des matchs de soccer qui finissaient 32-28 au Centre Molson. Ça, c’était amusant.

Mathias Brunet

Je ne suis pas un « gars de char » à la base. J’ai le même véhicule depuis cinq ans et je ne sais même pas si j’ai une traction avant ou une propulsion. La puissance du moteur ? C’est une question de valves, ça ? Même si j’ai été fortement secoué par la mort tragique de Gilles Villeneuve en 1982 à Zolder (j’avais 12 ans), même si j’ai suivi avec intérêt la conquête du championnat des pilotes par son fils Jacques, même si j’ai adoré le documentaire sur Senna présenté par Netflix, je ne trippe pas trop course automobile. Je n’ai d’ailleurs jamais assisté à un Grand Prix du Canada à l’île Notre-Dame.

J’ai néanmoins couvert une course automobile il y a mille ans, en 2003, le Molson Indy, sur le circuit Gilles-Villeneuve. Je me sentais évidemment comme un chien dans un jeu de quilles. C’était la dernière année où une société de cigarettes pouvait commanditer un évènement sportif. Mille ans, disais-je... Le jour de la course, on m’a expliqué qu’on devait suivre l’évènement de la salle de presse, devant la télé. C’est évidemment le seul moyen de suivre la course dans sa globalité. Se déplacer sur les lieux d’un évènement pour se retrouver devant une télé ? On ne m’y a jamais revu...

Frédérick Duchesneau

Je rêve d’aller aux Jeux olympiques (message, boss). Mais possible que je disparaisse dans la nature si j’avais à couvrir une épreuve de marche. Rien contre les athlètes. Le record du monde sur 50 km est de 3 h 32 min 33 s. Temps que je ne battrais jamais en courant. Mais je ne vois juste pas comment je pourrais décrire de la marche pendant quatre heures. Une éternité ! Que dire ? Le même problème se poserait avec le marathon, noterez-vous, mais le supplice durerait beaucoup moins longtemps. Vraiment, je cherche, et absolument n’importe quoi, sauf de la marche.

Katherine Harvey-Pinard

J’ai fait de nombreux sports dans ma vie : patinage de vitesse, hockey, soccer, basketball, badminton... Mais le patinage artistique incarne tout ce que je ne suis pas. La grâce, la souplesse, le sens du rythme, un équilibre à toute épreuve... Toute une liste de qualités que je ne possède pas. Je n’ai donc jamais développé d’intérêt – et encore moins de connaissances – pour ce sport. Je ne dis pas que c’est ennuyant ; les patineurs artistiques ont littéralement toute mon admiration. Arriver à faire toutes sortes de figures sur patin, au son d’une musique en plus ? C’est trop pour moi. Tout ce qu’ils font est à la fois élégant et tout en puissance. Mais si j’ai à couvrir du patinage artistique – ce qui pourrait très bien arriver un de ces jours –, je demande de l’indulgence. Beaucoup d’indulgence.

Guillaume Lefrançois

Je ne comprends pas, et ne comprendrai jamais, l’attrait des courses de chevaux. Si les jockeys veulent gagner des courses dans la vie, je les invite à apprendre à courir, à prendre eux-mêmes les médicaments qui sont injectés à leurs pauvres bêtes, et tant qu’à y être, à recevoir eux-mêmes les coups de cravache. Quel autre sport permettrait que 26 de ses athlètes meurent en trois mois sur une même piste, comme ce fut le cas des 26 chevaux morts à Santa Anita Park au début de 2019 ? Encore cette semaine, le Pasadena Star News nous a appris qu’un cheval de 4 ans, qui s’est fracturé une cheville lors d’une course à Santa Anita, sera euthanasié. Laissez les chevaux tranquilles.

Simon-Olivier Lorange

Ne reculant jamais devant la controverse, mon collègue Richard Labbé a lancé un pavé dans la mare, il y a quelques mois, en affirmant que le golf n’est pas un sport. Boucliers et fers 3 se sont levés d’un trait : comment oser s’en prendre ainsi à l’activité favorite des aficionados du port du polo ? Je ne sauterai pas dans ce débat enflammé, mais je vais quand même témoigner ici de mon désintérêt le plus complet pour ce loisir des classes aisées. Cela trahit un manque de connaissances de ma part, me direz-vous, et vous aurez raison. Je me retrouverais donc bien démuni si la vie m’amenait à couvrir un tournoi. Untel a réussi un oiselet. Untel a remporté l’omnium en remettant une carte de - 4. Untel s’est effondré au 8trou. Et 700 autres mots de remplissage. J’ai hâte !

Alexandre Pratt

Le tir au pistolet. Oui, c’est un sport. C’est même au programme officiel des Jeux olympiques. C’est toujours une source de bonnes histoires. Le médaillé d’argent des Jeux d’Anvers avait 72 ans. À Londres, en 2012, une participante était enceinte de huit mois. « Je sentais les coups de pied de mon bébé, mais je lui ai dit : “OK, reste calme. Maman va tirer maintenant” », a-t-elle confié après sa compétition. Ça change des citations d’Andrei Markov. Maintenant, observer pendant des heures des gens tirer 60 balles de la taille d’un grain de riz sur une cible à des dizaines de mètres de distance, ce n’est pas précisément ma conception d’une belle couverture. Ni d’un bel après-midi.

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