Kingsbury vole (encore) la vedette

Le Québécois a été brillant à Tremblant, décrochant l’or

Mont-Tremblant — Le soleil venait de tomber par cette autre froide journée à la Coupe du monde de bosses de Tremblant, samedi après-midi.

« Fais-tu ton double vrille ?

— Tu verras. »

En haut de la piste avant la finale, Mikaël Kingsbury s’est gardé de dévoiler sa stratégie à son rival et ami Ikuma Horishima. Premier à l’issue de la première finale, le Japonais était curieux de connaître les intentions du Canadien, qui s’élançait juste avant lui.

Dans la tête de Kingsbury, l’affaire était décidée. Il n’était pas très heureux de la façon dont les juges l’avaient évalué en qualifications, où il avait également pris le deuxième rang. La juge japonaise s’était révélée particulièrement sévère. Ce n’était pas la première fois.

Surtout, il avait une belle occasion de mettre la pression sur Horishima, qui ne répond pas toujours bien lorsqu’il est mis au défi.

Kingsbury a donc effectué son saut périlleux avec double vrille, avant de dévaler la pente Flying Mile avec sa maestria habituelle. Il a traversé la ligne avec une sorte de rage au cœur. Un œil sur le chronomètre pendant qu’il freinait, il était conscient qu’il venait de placer un direct au sternum du Japonais.

Horishima a pris le départ, s’est contenté d’une simple vrille en haut de parcours, avant de s’enfarger un peu à l’atterrissage du dernier saut.

Il n’avait pas franchi le fil que Kingsbury tapait dans ses mains. Il n’avait pas besoin d’attendre le score pour savoir qu’il remportait la 70e Coupe du monde de sa carrière, sa deuxième d’affilée après son succès de la veille au même endroit.

Kingsbury en jaune

Le skieur de Deux-Montagnes a fait coup double : il a également repris le maillot jaune de meneur au classement à Horishima, relégué au troisième rang derrière l’impassible Suédois Walter Wallberg, soit le même podium que la veille.

« Ben voilà ! », a souri Kingbury en se présentant devant les journalistes, vêtu de sa tunique jaune flambant neuve. « C’était un de mes objectifs avant d’aller aux Jeux, d’avoir le dossard 1. Ce n’est pas fini, notre… sans dire guerre, parce que ce n’est pas une guerre, je m’entends super bien avec Ikuma – notre rivalité. Je sais que ça va être serré toute la saison. On l’a vu [vendredi], on le voit aujourd’hui [samedi]. Ça a pas mal été comme ça depuis le début de la saison. C’était juste cool de reprendre le maillot jaune. »

Kingsbury a reçu 85,99 points pour sa prestation, contre 82,66 points pour Wallberg et 78,78 pour Horishima. Prudent la veille, le champion olympique a cette fois dû mettre presque toute la gomme à sa descente ultime.

« Sans dire que je devais tout mettre sur la table, je devais faire quelque chose pour passer devant Ikuma. Et peut-être le forcer à commettre des erreurs. C’est ça, le sport. Partir dernier, stratégiquement, c’est la meilleure position, parce qu’il savait tout ce qui s’était passé. En même temps, c’est celle qui est la plus dure entre les deux oreilles. Je suis content du travail que j’ai fait. D’avoir pris cette décision-là, je pense que ça a été bénéfique pour aller chercher une victoire. »

L’entraîneur Michel Hamelin s’est félicité de l’attitude de son protégé. En revanche, il a reconnu qu’Horishima avait relativement bien réagi.

« C’est quand même nouveau pour lui, a-t-il relevé. Ikuma, je sens qu’il est plus constant, plus intelligent dans ses affaires. Si on avait fait ça il y a trois ans, il aurait garroché un double vrille. La chaîne aurait peut-être pété. »

« Manque de constance » chez les juges

Kingsbury aurait aimé grappiller quelques points supplémentaires à Horishima. À ses yeux, le Japonais ne méritait pas sa troisième place.

« J’ai beaucoup de respect pour Ikuma, mais je ne pense pas que je l’aurais mis troisième. Mais c’est parfois comme ça, être le favori et avoir le maillot jaune. J’ai peut-être déjà eu de tels cadeaux, moi aussi, dans ma carrière. C’est correct, ce n’est pas à lui que j’en veux. C’est plus les juges. Je ne veux rien enlever à tout le ski qu’il a fait parce qu’aujourd’hui, Ikuma était vraiment solide. Au bout du compte, l’erreur qu’il a faite à la fin de la journée, c’est un peu plate, ça met un peu d’ombre sur sa journée presque parfaite. »

Sans vouloir en faire un plat, le Québécois de 29 ans, invité à préciser sa pensée sur le travail des juges, ne s’est pas défilé.

« Je trouve qu’il leur manque de la constance. Je ne veux pas chialer contre les juges. C’est un sport jugé. Il y a des [scores] avec lesquels je ne suis parfois pas d’accord. En même temps, je trouve qu’ils font un bon travail. Je ne veux rien leur enlever. Ce n’est pas facile, être juge, passer la journée à voir du monde. Ce ne sont pas des robots. »

— Mikaël Kingsbury

Deux victoires en deux jours et le maillot jaune : Kingsbury ne pouvait rêver mieux pour cette Coupe du monde de Tremblant, juste avant les deux dernières épreuves, la semaine prochaine en Utah, avant les Jeux olympiques de Pékin.

« C’est malade. C’est vraiment cool à la maison. J’aurais aimé faire ça avec les fans, mais on comprend la situation. Normalement, j’irais au P’tit Caribou avec mes amis. Tremblant, c’est peut-être un des meilleurs endroits au monde pour l’après-ski. »

À défaut, il prévoyait souligner sa victoire seul avec un verre de rouge ou une bière… avant de se rappeler qu’il n’en avait pas dans sa chambre. « Ça se peut que ce soit juste de l’eau. Je me sens un peu déshydraté. On est proches des Jeux aussi. Une bière de plus, une bière de moins, ça ne change rien à ma vie ! »

les faits saillants

La tête haute de Chloé Dufour-Lapointe

Après Justine Dufour-Lapointe, neuvième la veille, ce fut au tour de Chloé de se distinguer à la deuxième épreuve de la Coupe du monde de Tremblant. Elle a terminé avec le même pointage que l’Américaine Tess Johnson, mais la Québécoise de 30 ans a eu l’avantage dans le bris d’égalité grâce à sa prestation dans les virages, prenant le huitième rang. Ce n’est pas un détail : en réussissant un autre top 8 à l’une des deux épreuves de Deer Valley, la semaine prochaine, elle garantirait pratiquement sa place pour ce qui serait ses quatrièmes Jeux olympiques, à Pékin. « Des résultats comme ça, ça donne une confiance supplémentaire », a confié la médaillée d’argent des Jeux de 2014.

Justine veut se « libérer »

Sans commettre d’erreurs notables en finale 1, Justine Dufour-Lapointe n’a néanmoins pas réussi à atteindre la même vitesse qu’à l’entraînement. Elle a pris le 11e rang, ce qui lui permet d’améliorer (un peu) son sort dans le processus de qualification. « La seule chose que j’ai peut-être manquée, c’est encore une fois de me laisser aller, de me faire confiance, a noté la double médaillée olympique. Je veux tellement faire une descente parfaite, que les juges aiment ça, que parfois je me retiens un peu. Là, il faut que je me laisse carrément aller. Il faut que je sois libérée dans le parcours, que la vitesse soit encore plus élevée que tout le monde et que j’intègre le top 6. » Sofiane Gagnon, l’autre Canadienne bien placée dans la sélection olympique, a raté les deux étapes de Tremblant, infectée par la COVID-19.

Laffont rebondit

Vaincue la veille par la Japonaise Anri Kawamura, la Française Perrine Laffont a dominé la journée de bout en bout pour signer la 23e victoire de sa carrière en Coupe du monde, sa troisième à Tremblant. L’Australienne Jakara Anthony a pris le deuxième rang, tandis que Kawamura, toujours maillot jaune, a complété le podium.

Lutte à trois

Après Gabriel Dufresne la veille, Brenden Kelly a réussi à terminer 10e, égalant ainsi le meilleur classement de sa carrière en simple. Laurent Dumais a suivi en 14e place, un rang de mieux que vendredi. « J’ai fait une petite erreur sur le saut du haut, mais de manière générale, ç’a été supérieur à la veille », a évalué celui qui revient d’une hernie discale. Souhaitant améliorer sa position en qualifications, Dufresne en a trop mis et a dû se contenter du 28e échelon. Avec la blessure de Kerrian Chunlaud, qui a subi une déchirure de ligament à un genou à l’entraînement jeudi, Kelly, Dumais et Dufresne sont pour le moment les mieux positionnés pour les places encore en jeu en vue des Jeux de Pékin. À noter aussi la belle 17e place d’Alexandre Lavoie, qui a raté une première finale 1 par 23 centièmes.

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