Regard vers l'avenir :
le choix de 2e tour Riley Kidney

Riley Kidney est l'épitome du joueur intelligent.Mais comment définit-on le « QI hockey », exactement?

Dans certains cas, il s'agit d'un concept permettant de décrire un joueur qui n'a pas tout à fait le talent nécessaire pour rivaliser avec ses pairs, mais qui compense par son expérience et sa de vision de jeu pour maintenir un niveau de jeu respectable.

Ces dernières années, cependant, l'expression a pris une valeur bien plus distincte.

L'époque où on l'utilisait accompagnée d'une couche épaisse d'ambiguïté servant à masquer le manque d'analyse en profondeur faite en vue du Repêchage est maintenant révolue.

« À mes yeux, le QI hockey peut signifier plusieurs choses », explique l'entraîneur-chef du Titan d'Acadie-Bathurst, Mario Durocher. « Un bon sens du hockey et une bonne vision sont des éléments clés, c'est certain, mais au final l'intelligence sur la glace correspond à la capacité d'un joueur à utiliser tous ses outils à l'unisson pour générer de meilleurs résultats. Le talent, ce n'est qu'un aspect d'un tout; sans le processeur qui permet de réunir tous les atouts, le talent est généralement gaspillé. »

Muni d'une habileté à anticiper le jeu, il ne fait aucun doute que Kidney a le potentiel de ne pas gaspiller son talent.

Il est le genre de joueur qui rend ses coéquipiers meilleurs. Il aime mener le jeu, générant des sorties et des entrées de zone contrôlées avec une grande facilité, ce qui, conséquemment, crée des corridors de passes et des occasions de marquer pour ses compagnons de trio.

« Riley est capable de traiter l'information très rapidement et rend la vie de ses entraîneurs vraiment plus facile », dit Durocher. « Je lui fais explicitement confiance dans presque toutes les situations. L'une des plus grandes qualités de Riley est son habileté à dicter le rythme du jeu. Grâce à ses aptitudes avec la rondelle et son intelligence, il peut ralentir ou accélérer le jeu selon ce qui se prête le mieux à la situation. »

Obtenir rapidement la confiance de son entraîneur-chef n'est pas un atout typique en analyse de hockey traditionnelle, mais lorsqu'un joueur facilite le travail de son instructeur, il y a de fortes chances que cet apport soit remercié par des occasions sur la glace et, par le fait même, par des occasions de progresser vers le niveau suivant.

Et, bien qu'il évolue dans tous types de situations avec le Titan, le talent de marqueur de Kidney se perçoit surtout à 5 contre 5.

En 38 matchs, Kidney a réussi 13 buts et 15 mentions d'aide, mais seulement neuf de ces points sont survenus en avantage numérique.

En d'autres termes, à forces égales, Kidney a tendance à surpasser ses adversaires.

« C'est un fabricant de jeux formidable », raconte Jérôme Bérubé, dépisteur en chef pour hockeyprospects.com. « Il est très bon à 5 contre 5, l'un des meilleurs joueurs à ce chapitre admissibles au Repêchage. Ce qu'il fait à 5 contre 5 est très impressionnant. »

Et, tout comme l'entraîneur-chef de Kidney, Bérubé est impressionné par son intelligence.

On ne peut garantir qu'un joueur atteindra la LNH en ne se fiant qu'à son intelligence, mais cet atout prend une importance considérable lorsque vient le temps d'analyser les joueurs repêchés après le premier tour.

« Ce n'est jamais une mauvaise idée, de miser sur des joueurs intelligents, affirme Bérubé. Plus ils vieillissent, plus les défis sont grands et plus ils sont aptes à s'adapter aux situations. Il y a beaucoup de joueurs disponibles lors du Repêchage, mais ceux qui parviennent à mettre la main sur un joueur intelligent, qui progresse bien, améliorent leurs chances de les voir un jour atteindre les ligues majeures. »

Bien entendu, comme n'importe quel espoir, Kidney a quelques faiblesses plus apparentes ou, comme j'aime le dire, des aspects de son jeu qui pourraient être améliorés compte tenu du fait qu'il est l'un des plus jeunes espoirs de l'organisation.

Son tir, par exemple, n'est pas à tout casser, bien qu'il se soit nettement amélioré depuis la saison recrue de Kidney avec le Titan.

Son coup de patin est un autre élément qui requiert du travail, mais c'est également un critère d'analyse des espoirs qui est généralement exagéré à un niveau satirique.

Vous rappelez-vous lorsque les Canadiens ont repêché Cole Caufield au 15e rang du Repêchage 2019 de la LNH ?

On savait tous qu'il savait marquer des buts, mais au-delà des inquiétudes liées à sa taille, on entendait déjà parler du fait qu'il n'était pas le meilleur des patineurs.

Ces ouï-dire étaient rapidement devenus refrain courant, même à la mi-saison.

Le Repêchage venu, ses problèmes de coup de patin étaient critiqués de façon si sévère qu'on aurait cru que les analystes décrivaient un pirate à la jambe de bois, avec un perroquet à l'épaule pour lui dire quand et comment marquer des buts.

Il s'avère que Caufield n'a pas seulement amélioré son coup de patin, comme les espoirs ont tendance à le faire, il est aussi devenu un patineur difficile à contenir qui frustre les défenseurs par sa capacité à accélérer et à ralentir le jeu.

Kidney n'est pas Caufield, on le sait bien, mais il peut servir d'exemple pour démontrer qu'il faut donner aux espoirs l'occasion d'adresser certaines inquiétudes avant de la catégoriser et de les limiter à certains rôles potentiels dans la LNH.

« Il s'est vraiment amélioré à ce chapitre, souligne Bérubé. Et ce n'est pas une source d'inquiétude. Lorsqu'il est question de coup de patin, il y a plusieurs choses à vérifier. Premièrement, a-t-il atteint sa pleine capacité physique? Dans le cas de Riley, non. Quand on parle de son coup de patin, je ne m'inquiète pas outre mesure. »

Les plus récentes observations ont démontré que Kidney a non seulement la capacité de s'adapter à chaque situation se présentant à lui, il élève également son niveau de jeu dans les instants les plus cruciaux.

Après avoir conclu une bonne, pour ne pas dire relativement décevante saison en termes de production, Kidney a obtenu un impressionnant total de 17 points en seulement neuf matchs de séries.

Ce constat peut être vu de deux façons : soit il a élevé son jeu de plusieurs crans quand les choses se sont corsées, soit il a connu la progression normale d'un joueur étant loin d'avoir atteint son summum.

« Je pense que c'est une progression normale, dans son cas, affirme Bérubé. Ils n'ont pas pu jouer une saison complète et il y avait beaucoup de pauses dans le calendrier. C'était difficile de trouver son rythme durant la saison. »

Son instructeur en chef avait par contre une explication différente pour la remontée de production de sa jeune vedette.

« Il a vraiment élevé son niveau de jeu de plusieurs crans, mentionne Durocher. On a vraiment pu voir son talent. C'est ce que j'ai adoré de Riley durant les séries : lorsqu'on a eu besoin de lui, il s'est présenté de façon considérable. »

La réalité doit se trouver quelque part entre les deux : Kidney a amélioré son jeu en raison de sa progression naturelle, en plus d'avoir pu évoluer dans un niveau d'élite durant les séries.

Malgré un désaccord sur la cause expliquant sa production offensive en après-saison, Durocher et Bérubé sont tous deux d'avis que Kidney leur rappelle un certain joueur actuel de la formation des Canadiens.

Bon, avant de nommer le joueur en question, j'aimerais mettre une chose au clair : les comparaisons de joueurs, pour la plupart, ne sont pas très utiles. Elles mettent une pression incroyable sur les jeunes tout en établissant des attentes irraisonnables, lesquelles se transforment habituellement en déception lorsqu'un joueur sélectionné au deuxième tour ne devient pas le prochain Mario Lemieux.

Néanmoins, comparer certains aspects du style de jeu d'un espoir à celui de certains joueurs actuels de la LNH peut servir, si une mise en garde est émise à savoir qu'il n'y a aucune attente liée à la comparaison.

Retournons donc au joueur des Canadiens en question.

Ceux d'entre vous qui ont vu Kidney à l'oeuvre savent probablement déjà de qui je parle.

« Il y a un petit peu de [Nick] Suzuki en Kidney, avance Bérubé. Il est calme, il n'est pas éparpillé partout, il sait où aller et quand. Il porte très attention aux détails. Quand il est question de QI hockey, il est exactement là où l'on voudrait qu'il soit. »

Bérubé ne dit pas ici que Kidney atteindra le même niveau de production que Suzuki, mais il est impossible de ne pas comparer leurs styles de jeu. Ils sont tous deux incroyablement intelligents, ils savent contrôler le jeu et ils sont capables de s'adapter à n'importe quelle situation.

En d'autres mots, Kidney mène le jeu, tout comme Suzuki l'a fait jusqu'ici lors de son encore jeune, mais illustre carrière dans la LNH.

« Il me rappelle vraiment Suzuki, dit Durocher. Il est intelligent et il a une excellente vision. Il n'y a pas un seul joueur dans l'équipe qui ne voudrait pas jouer avec lui. Évidemment, Suzuki est un excellent joueur et Kidney a du travail à faire en zone défensive pour égaler ses aptitudes défensives, mais il y a beaucoup de ressemblances dans leur jeu. »

Curieusement, Kidney a déjà mentionné Suzuki comme étant un joueur qu'il aime imiter, ce qui est de bon augure pour sa progression et ses ambitions futures.

Encore là, personne ne s'attend à ce que Kidney mène les Canadiens au chapitre des buts et des points obtenus en séries à ses deux premières saisons dans la Ligue, comme l'a fait Suzuki, mais la comparaison explique pourquoi les entraîneurs et dépisteurs s'excitent lorsqu'ils discutent de son potentiel.

« Il comprend le jeu », explique Bérubé au sujet du style de Kidney.

Des mots bien simples, certes, mais des mots qui décrivent parfaitement le jeune espoir du Tricolore.

Riley Kidney comprend.

Et c'est parce qu'il comprend qu'il a pu devenir plus compétitif et qu'il pourra vraisemblablement plus facilement tracer sa voie vers la LNH une fois son apprentissage au sein des rangs de la LHJMQ terminé.

Un texte de Marc Dumont, collaborateur du magazine des Canadiens

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