Allégations de viol collectif en 2018

Hockey Canada a diffusé une fausse information sur la victime

En mai dernier, lorsque des allégations de viol collectif visant huit hockeyeurs ont été révélées, Hockey Canada a largement diffusé une information selon laquelle la victime n’avait jamais communiqué avec les autorités. Or, dans une première sortie publique depuis que l’affaire a été mise au jour, la jeune femme maintient avoir bel et bien porté plainte à la police de London.

Dans une entrevue accordée au quotidien torontois The Globe and Mail, la victime, identifiée par ses seules initiales E. M., raconte avoir parlé avec des policiers à trois reprises dans les jours ayant suivi l’agression alléguée, et une nouvelle fois quelques semaines plus tard. Au cours de l’année suivante, elle a appris qu’aucune accusation ne serait déposée dans ce dossier.

En juin 2018, après le gala annuel de la fondation de Hockey Canada, huit hockeyeurs, majoritairement issus de l’équipe nationale junior, auraient agressé une jeune femme fortement intoxiquée dans une chambre d’hôtel de London, en Ontario. L’affaire ne s’est jamais retrouvée devant les tribunaux, mais la victime a déposé, le 20 avril dernier, une poursuite civile contre les joueurs en question, contre Hockey Canada et contre la Ligue canadienne de hockey. Un règlement à l’amiable a été conclu un mois plus tard, le 24 mai. Le 26 mai, TSN rapportait cette histoire et, le même jour, Hockey Canada publiait un communiqué dans lequel l’organisme écrivait que « la personne qui a porté les allégations a choisi de ne pas s’adresser à la police ni à l’enquêteur indépendant de Hockey Canada ».

Le Globe and Mail note dans son reportage que la déclaration a été corrigée après que l’avocat de la victime eut soulevé cette information erronée. Or, en date du 2 août 2022, la déclaration se retrouve encore telle quelle sur le site de Hockey Canada, autant en français qu’en anglais.

Hockey Canada a embauché une firme indépendante afin d’enquêter sur cette affaire en 2018, mais après n’avoir reçu qu’une poignée de témoignages, cette firme a fermé le dossier en 2020. La police de London, quant à elle, a conclu en 2019 qu’elle ne déposerait pas d’accusations contre les agresseurs allégués. Les deux enquêtes ont été rouvertes à la suite des révélations des dernières semaines. La LNH a elle aussi ouvert une enquête, alors que la majorité des joueurs impliqués dans les évènements de 2018 évoluent aujourd’hui sur le circuit.

L’avocat d’E. M. a toutefois indiqué que sa cliente ne témoignerait pas de nouveau au profit des enquêtes de la LNH ou de Hockey Canada.

« Elle a fourni une déclaration de huit pages, avec cinq pages de photos et quatre pages et demie de messages textes, a dit MRob Talach au Globe. Elle a intenté une action civile et parlé à la police à de multiples reprises. Combien de fois devra-t-elle encore se soumettre à ça ? »

« Scandale national »

En entrevue avec le Globe, la victime explique s’être sentie « vulnérable et exposée » depuis que les allégations ont été rendues publiques, il y a un peu plus de deux mois.

« Je ne voulais pas attirer l’attention, je voulais simplement qu’il y ait des conséquences aux actions [commises] et une quelconque responsabilisation », a-t-elle dit à la journaliste Robyn Doolittle.

Comme le souligne l’article, l’affaire est depuis devenue un « scandale national », ce que ne souhaitait pas la jeune femme. Les dirigeants de Hockey Canada, sous le feu des critiques, ont témoigné à deux reprises devant le Comité permanent du patrimoine canadien, à Ottawa.

Une enquête du Globe a révélé, il y a quelques jours, que Hockey Canada utilisait depuis des années un fonds spécial de plusieurs millions de dollars, en partie financé par les inscriptions payées par les parents de joueurs de partout au pays, pour dédommager des victimes de violences sexuelles en dehors des tribunaux.

Par ce procédé ainsi que par le truchement d’autres sources de financement, l’organisme a versé 12 millions et demi de dollars à 22 victimes depuis 1989, a-t-on appris la semaine dernière pendant une audience du comité du patrimoine.

Au fil des semaines, des joueurs présents au gala de 2018 ont peu à peu commencé à se dissocier de l’affaire par l’entremise de leurs comptes personnels sur les réseaux sociaux, sinon par la voix de leur agent. Leur défense variait toutefois dans les termes employés. Certains ont affirmé n’avoir « rien fait de mal », tandis que d’autres ont explicitement indiqué n’avoir rien su de cette histoire. D’autres, à ce jour, continuent de maintenir le silence.

Au cours des dernières semaines, des avocats représentant sept joueurs ont remis à certains médias des enregistrements tirés de la nuit de l’agression alléguée. Dans deux courtes vidéos, la victime y déclare avoir consenti aux actes commis quelques minutes plus tôt. La publication de ces détails a « effrayé » la victime, dont l’avocat maintient auprès du Globe que ces vidéos ne représentent en rien le « contexte général » de la soirée. Ce dernier dénonce une « attaque à la crédibilité de sa cliente ».

Jeudi dernier, de son propre chef, E. M. s’est soumise à un test de polygraphe afin de renforcer sa version des faits. Selon le rapport, fourni au Globe par une firme privée qui a mené le test, la déclaration de la jeune femme est vraie. Notons toutefois qu’au Canada, un test de polygraphe ne peut être fourni en preuve dans un procès criminel.

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