Le 11-Septembre, 20 ans plus tard

La crise des aéroports gérée de Montréal

Peu de gens savent que les principaux gestionnaires d’aéroport du monde se trouvaient à Montréal le 11 septembre 2001. En quelques minutes, ce qui devait être une rencontre annuelle de trois jours sans histoire s’est transformé en véritable branle-bas de combat, se souvient James Cherry, qui venait de prendre les commandes d’Aéroports de Montréal (ADM) environ trois mois plus tôt.

« Vers 10 h, tout le monde était là, à midi, le tiers des personnes étaient parties à toute vitesse », raconte au bout du fil celui qui a dirigé l’exploitant des aéroports internationaux Montréal-Trudeau et Montréal-Mirabel.

À l’époque, la métropole avait été choisie par le Conseil international des aéroports, qui compte aujourd’hui quelque 640 membres exploitant près de 2000 aéroports dans 175 pays et territoires, pour accueillir son congrès annuel. Plus de 1500 gestionnaires d’aéroport des quatre coins du monde s’étaient déplacés pour assister à des conférences sur le développement des affaires et la sécurité, notamment.

Tout a basculé pendant le discours du ministre fédéral des Transports de l’époque, David Collenette, qui se déroulait au Palais des congrès, lorsque deux avions, en l’espace d’un peu plus de 15 minutes, ont percuté les tours jumelles du World Trade Center – des attentats qui ont fait près de 3000 victimes.

« Sur les écrans, dans la salle, la chaîne CNN était diffusée et on pouvait voir les tours en feu. Il n’y avait pas un bruit dans la salle. C’était quelque chose d’unique. »

— James Cherry, PDG d’Aéroports de Montréal en 2001

Les gestionnaires présents à la conférence ont rapidement saisi l’ampleur de la tragédie et de ses répercussions sur les règles de sécurité à l’intérieur des aéroports, se rappelle l’ex-patron d’ADM. À l’époque, il était beaucoup plus difficile pour ces derniers d’entrer en contact avec leurs équipes un peu partout dans le monde.

Une véritable course pour tenter de rentrer au bercail s’est mise en branle, raconte M. Cherry.

« Tous les gestionnaires américains sont partis du congrès pour louer des voitures et rentrer chez eux, à Chicago, Boston et Washington, par voie terrestre, souligne M. Cherry. Mais tous ceux venus d’ailleurs étaient coincés à Montréal. À l’époque, on se demandait quelles seraient les prochaines étapes. »

Avec un espace aérien complètement ou partiellement fermé au Canada et aux États-Unis pendant les jours suivant les attentats, l’équipe d’ADM a dû faire preuve d’imagination pour épauler les dirigeants d’aéroport incapables de retourner chez eux.

« Nous avons offert des espaces de travail à une cinquantaine de mes collègues, raconte M. Cherry. Dans nos bureaux, dans l’aérogare. Plusieurs ont été forcés de prolonger leur séjour. Ce n’était plus un congrès. C’était devenu un travail d’entraide. Pendant le reste de la semaine, c’était surréaliste. »

Un impact toujours visible

En plongeant dans ses souvenirs, celui qui a tiré sa révérence chez ADM à la fin de 2016 souligne que les répercussions des attentats du 11 septembre 2001 s’observent toujours dans les grands aéroports, dont celui de Montréal.

Les protocoles de sécurité ont immédiatement changé.

« L’espace occupé aujourd’hui par les points de contrôle à Montréal-Trudeau est environ 10 fois plus vaste par rapport à ce qu’il était à l’été 2001. Avant cet évènement, les passagers avaient l’habitude d’arriver quelques minutes avant un vol entre Montréal et Toronto. Depuis, on s’y prend jusqu’à trois heures à l’avance pour un vol international. »

— James Cherry, PDG d’Aéroports de Montréal en 2001

Avec des voyageurs de plus en plus désireux de franchir les points de contrôle « le plus rapidement possible », l’équipe d’ADM n’a pu faire autrement que de se pencher sur un réaménagement de l’aérogare.

Par exemple, rappelle M. Cherry, « presque tous les restaurants et les boutiques » situées du côté « ville » ont été fermés au profit de la zone sécurisée puisque c’était désormais à cet endroit que les voyageurs passaient la majorité de leur temps à l’aéroport.

« Le 11 septembre 2001 est le déclencheur de ces changements, estime-t-il. Avant cette date, nous avions eu des enjeux de sécurité, mais ils étaient différents. Le traitement des passagers, des bagages… tout a changé. »

Montréal a également accueilli la conférence annuelle du Conseil international des aéroports – dont le siège social se trouve dans la métropole – en septembre 2016, quelques mois avant le départ de M. Cherry. L’évènement a été bien moins turbulent, se rappelle l’ancien président d’ADM.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.