Troisième dose au Québec et au Canada

Vacciner ou partager ?

Selon de nombreux experts, l’autorisation de la troisième dose chez certains groupes est prioritaire, notamment pour les travailleurs de la santé et les 50 ans et plus. Toutefois, l’inégalité de la couverture vaccinale à l’échelle planétaire et l’apparition de nouveaux variants imposent une réflexion quant au partage des doses. Du côté des États-Unis, les voyageurs aériens étrangers voulant entrer dans le pays devront désormais subir un test de dépistage 24 heures avant leur départ.

Troisième dose

Le défi d’une approche « équilibrée » au Québec

Ouvrir la troisième dose à la population générale, ou donner plus de vaccins aux pays dans le besoin ? C’est à cette question délicate que devront répondre le Canada et le Québec dans les prochains jours. Les experts s’accordent pour dire que la « dose de rappel » sera cruciale pour lutter contre le variant Omicron, mais plaident pour une approche « réfléchie » et « équilibrée », qui prendrait en compte les inégalités.

« S’acheter du temps, c’est bien, mais à un moment donné, il va falloir penser à ce qui se passe à l’extérieur de chez nous, et se rappeler qu’Omicron provient justement de pays peu vaccinés. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de ce qui nous attend si on ne change pas d’approche », explique le virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM Benoit Barbeau.

Comme beaucoup de spécialistes, il estime tout de même que l’autorisation de la troisième dose chez certains groupes est prioritaire, notamment les travailleurs de la santé et les 50 ans et plus, qui sont déjà autorisés à l’obtenir en Ontario et en Alberta. Dans cette dernière province, ce sont tous les 18 ans et plus qui peuvent déjà obtenir leur troisième dose. Sur le plan canadien, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) doit rendre ses recommandations à ce sujet dans les prochains jours, et devrait suggérer d’étendre l’accès à la troisième dose aux 50 ans et plus. Le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) devra toutefois ensuite trancher.

« On voit avec les exemples dans le monde que ça permet de contrôler des vagues à une échelle nationale, comme le démontre le cas d’Israël. Mais en même temps, la question va se poser éventuellement : va-t-on devoir aller chercher une dose de rappel tous les six mois ? Où va se terminer ce cycle ? »

— Benoit Barbeau, virologue et professeur de sciences biologiques

À ses yeux, la situation ne se réglera pas réellement tant que les pays plus pauvres n’auront pas accès au même approvisionnement en vaccins, et ce, même si les sociétés occidentales vaccinent régulièrement leur population. « Tout ce qui se développe à l’extérieur, à cause d’une très mauvaise couverture vaccinale, c’est là que tous les variants vont se créer, et certains vont avoir plus de mordant que d’autres », dit-il.

Pas de doses « inutiles »

Imiter l’Alberta, en rendant la troisième dose accessible à tous les adultes, « n’est pas du tout encore justifié pour le Québec », affirme le professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) Alain Lamarre. « Il faut garder la tête froide. Si les doses sont utiles, il faut les utiliser ici, mais là où il faut tracer une ligne, c’est de ne pas donner de troisième dose à tout le monde, sans avoir de données probantes montrant que leur immunité s’affaiblit », soutient-il.

« Ça prend une approche logique et scientifique, parce que, au Québec, il n’y a pas d’évidence que l’immunité diminue largement, même sept mois après la deuxième dose, en tout cas en matière d’hospitalisations ou de formes sévères d’infections. »

— Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie

« Les doses, il faut les utiliser quand on en aura besoin. Si on les utilise trois ou quatre mois trop tôt, l’immunité va aussi durer trois ou quatre mois de moins. Un plan prévisible, avec des indicateurs, c’est ce qui nous manque présentement », renchérit M. Lamarre.

Selon le DAndré Veillette, chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et membre du groupe de travail fédéral sur les vaccins contre la COVID-19, il faudrait surtout « harmoniser » les décisions des autorités canadiennes. « Qu’on soit à plusieurs vitesses différentes dans les provinces n’a pas de sens. On envoie toujours des messages contradictoires à la population. La réalité, c’est qu’il faut surtout maintenir la protection chez les adultes, pendant qu’on vaccine les 5-11 ans », soutient-il.

Au Québec, seuls les 70 ans et plus et ceux qui ont eu deux doses d’AstraZeneca peuvent jusqu’ici obtenir une dose de rappel. Par courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) précise que « pour le moment, le CIQ suit la situation de près ». « Dans le cas où le comité recommanderait d’offrir une dose de rappel à d’autres catégories de personnes, le Ministère ajusterait son offre de vaccination en conséquence. La Santé publique doit nous revenir à ce sujet », dit la porte-parole, Marjorie Larouche.

La troisième dose dans le monde

États-Unis

Depuis le 19 novembre, tous les adultes américains doublement vaccinés depuis au moins six mois peuvent obtenir une troisième dose du vaccin de Pfizer ou de Moderna. La dose de rappel est « très conseillée » pour les 50 ans et plus.

France 

Toutes les personnes de 18 ans et plus doublement vaccinées depuis au moins cinq mois ont droit à la dose de rappel. Dans l’Hexagone, cette troisième dose sera toutefois obligatoire avant le 15 janvier pour conserver le « pass sanitaire », l’équivalent français du passeport vaccinal.

Israël 

La campagne pour une dose de rappel du vaccin Pfizer s’adresse à toutes les personnes âgées de plus de 12 ans, cinq mois après leur dernière injection. C’est l’un des premiers pays dans le monde à avoir lancé la dose de rappel, dès l’été dernier.

Brésil 

Les injections de troisième dose ont aussi commencé cet automne dans ce pays de l’Amérique du Sud, où plus de 62 % de la population, soit 213 millions d’habitants, a déjà reçu deux doses de vaccin. Comme au Québec, ce sont les 70 ans et plus qui ont été priorisés.

Voyages aériens aux États-Unis

Un test de dépistage exigé 24 heures avant le départ

À compter du début de la semaine prochaine, les voyageurs étrangers, y compris les Canadiens, qui voudront se rendre aux États-Unis par avion devront avoir subi un test de dépistage pas plus de 24 heures avant leur embarquement.

L’actuel délai imposé aux personnes adéquatement vaccinées est de 72 heures, mais le président Joe Biden le réduit à 24 heures, dans le cadre d’un train de mesures de santé publique visant à ralentir la propagation du préoccupant variant Omicron.

« Nous mettons tout en œuvre pour assurer aux gens une protection maximale contre cette pandémie », a expliqué jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, lors d’un point de presse avant l’annonce du président Biden en après-midi. « Nous mettons en œuvre un plan solide qui s’appuie sur toutes les mesures que nous avons prises à ce jour – nous ne partons pas de zéro. »

Une note explicative de la Maison-Blanche ne fait aucune mention toutefois des frontières terrestres et n’indique pas si les Canadiens entièrement vaccinés qui roulent vers le sud seront tenus de montrer un résultat de test négatif. Aucun test de ce type n’est requis actuellement pour entrer aux États-Unis par voie terrestre.

Certains voyageurs canadiens soulignent que de tels tests abordables sont difficiles à trouver en pharmacie, surtout si l’on veut avoir un résultat en moins de 24 heures. Au privé, il peut en coûter jusqu’à 350 $ pour un test rapide, plaident des voyageurs.

« Pas de levée des restrictions »

Mme Psaki a par ailleurs souligné qu’il y avait encore plus de questions que de réponses sur les dangers du variant Omicron, ce qui rend difficile de prévoir des changements futurs des restrictions de voyage pour les étrangers. « Je ne m’attendrais pas à une levée des restrictions avant qu’on en sache plus sur ce variant », a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche.

L’apparition du nouveau variant préoccupant ne constitue que le plus récent tournant du long chemin vers un semblant de « normalité » pour les personnes qui voyagent régulièrement entre les deux pays.

Cela fait moins d’un mois seulement que les États-Unis ont levé leurs restrictions sur les voyageurs non essentiels entièrement vaccinés qui arrivent par voie terrestre depuis le Canada et le Mexique.

Le Canada, quant à lui, a pour l’instant exempté les visiteurs américains de ses nouvelles règles plus strictes, qui obligent tous les autres voyageurs aériens étrangers, qu’ils soient vaccinés ou non, à se faire tester à leur arrivée et à s’isoler en attendant les résultats.

Ottawa n’a pas encore décidé si cette exemption accordée aux voyageurs américains allait rester en place la semaine prochaine. Le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, entend consulter les provinces et les territoires à cet effet, mais son collègue des Transports, Omar Alghabra, a refusé mercredi d’indiquer si une décision était imminente.

Le Canada, qui a commencé à autoriser les citoyens américains entièrement vaccinés à entrer au pays en septembre, continue d’exiger que toute personne pleinement vaccinée, y compris les Canadiens, fournisse également la preuve d’un récent test négatif.

Vaccination des moins de 5 ans

Vers une « autorisation au début de l’année prochaine »

Maintenant que la vaccination des enfants de 5 à 11 ans va bon train, à quand le tour des tout-petits de moins de 5 ans, le dernier groupe d’âge qui n’a pas encore droit au vaccin contre la COVID-19 ?

On n’en est pas encore là, selon le DGaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec. « Les études cliniques ne sont pas encore finies. Je ne m’attends pas à ce [que le vaccin] soit implanté bientôt », commente le médecin.

Les sociétés Pfizer et Moderna mènent actuellement les essais cliniques pour leurs vaccins auprès des enfants de 6 mois à 5 ans (6 mois à 6 ans pour Moderna).

Lors de la présentation de ses résultats financiers du troisième trimestre de l’année, au début de novembre, Pfizer a révélé qu’elle planifiait de présenter les résultats des essais cliniques pour les 2 à 5 ans au quatrième trimestre de 2021, et ceux pour les enfants de 6 mois à 2 ans dans la première moitié de 2022.

La société a aussi indiqué qu’elle souhaitait obtenir l’autorisation des autorités règlementaires pour l’utilisation de son vaccin au cours de la première moitié de 2022 pour les enfants de 2 à 5 ans, et au cours de la deuxième moitié de 2022 pour ceux de 6 mois à 2 ans.

« Les discussions vont se faire en 2022 »

Au Canada, c’est Santé Canada qui est responsable de l’approbation des vaccins.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada il y a quelques jours, la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a dit espérer que les données d’essais cliniques soient disponibles vers la fin de l’année. « Cela veut dire que pour le groupe le plus jeune, l’échéancier le plus probable, de manière optimiste, serait [une autorisation] au début de l’année prochaine », a indiqué la grande patronne de la Santé publique fédérale.

« Les discussions vont se faire en 2022, et à ce moment, on aura une idée de ce qui se sera passé pour les 5 à 11 ans à la suite de la première dose », souligne le DDe Serres, qui ajoute que les questions au sujet de la sécurité du vaccin se posent avec encore plus d’acuité pour les plus jeunes.

L’arrivée du variant Omicron doit aussi être prise en compte : à quel point changera-t-il la donne ? Difficile à dire pour le moment.

Actuellement, la COVID-19 perturbe énormément le fonctionnement des garderies et des familles, en raison des éclosions et des tests à répétition, observe l’épidémiologiste.

Certains jeunes enfants ayant attrapé la maladie doivent aussi être hospitalisés en raison de complications, observe la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine.

« Ceux qu’on a vus davantage hospitalisés, les plus malades, c’est vraiment les jeunes enfants de moins de 1 an, qui font des infections respiratoires plus sévères, explique la spécialiste. Comme avec toute infection virale, les plus petits sont plus fragiles, leurs voies respiratoires sont plus petites, les bronchioles aussi. Leur système immunitaire est encore un peu immature à cet âge-là. »

La vaccination des tout-petits permettra de réduire les risques d’infection, conclut-elle.

Bilan au Québec

La tendance à la hausse se poursuit

La tendance à la hausse de la COVID-19 se poursuit au Québec, alors que la province a rapporté jeudi 1146 nouveaux cas, portant la moyenne des nouveaux cas quotidiens à 995 sur une période de sept jours, soit une hausse de 28 %. Les deux morts supplémentaires, quant à elles, maintiennent la moyenne quotidienne à deux, une tendance qui est plutôt en légère baisse.

Au sein du réseau de la santé, on a toutefois observé une diminution de 12 hospitalisations, soit 18 nouvelles entrées et 30 sorties, repassant ainsi sous la barre des 230. Jeudi, 227 patients demeuraient hospitalisés en lien avec la COVID-19, dont 53 se trouvaient toujours aux soins intensifs, une hausse d’un cas en 24 heures.

Les cas continuent de toucher principalement les personnes n’ayant pas reçu de dose de vaccin, qui représentent plus de 530 nouveaux cas par jour. Les non-vaccinés continuent par ailleurs d’être plus à risque d’hospitalisation que les personnes adéquatement vaccinées.

Du côté de la vaccination, les autorités ont administré mercredi un peu plus de 26 560 doses supplémentaires, auxquelles s’ajoutaient un millier de vaccins donnés avant le 1er décembre qui n’avaient pas encore été comptabilisés.

En incluant les usagers vaccinés à l’extérieur de la province, ce sont tout près de 13,9 millions de doses qui ont jusqu’ici été administrées à des Québécois. Au total, 81,2 % des Québécois ont eu une dose, alors que 78 % d’entre eux sont adéquatement vaccinés. Par ailleurs, 16,5 % des 5 à 11 ans ont eu leur première dose, et 21,8 % de ces jeunes ont rendez-vous pour être vaccinés.

— Henri Ouellette-Vézina et Pierre-André Normandin, La Presse

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