La progression de « Zacko »

Zachary Brault-Guillard était « partant indiscutable » sous Thierry Henry. Mais il avoue qu’il y a eu un peu de « remise en question » sous Wilfried Nancy cette saison.

C’est qu’après avoir entamé la saison en tant que titulaire, le défenseur a été écarté du onze de départ à quelques reprises à mi-parcours.

« C’est vrai que le coach a fait ses choix en milieu de saison, souligne Brault-Guillard au bout du fil. Mais après, j’ai prouvé que je méritais plus ma place à droite, et je n’ai plus bougé. »

« Sur certains trucs, je comprenais moins ce qu’il voulait me faire travailler. À certains postes, quand j’étais plus au milieu, quand j’étais plus défenseur ou entre deux. Mais j’ai su me trouver. »

En réponse aux questions au sujet de Zachary Brault-Guillard en visioconférence, Wilfried Nancy parle d’un « potentiel intéressant » de la part de celui qu’il surnomme Zacko.

« Il aurait pu faire mieux » cette saison, indique-t-il carrément. « Bien sûr qu’il a progressé, comme tous les joueurs. Il est capable d’avoir plus de flexibilité tactique. »

« Ses qualités, on les connaît, ajoute le technicien. Il va vite, il est puissant. Maintenant, le défi que je lui donne pour les futures années, que ce soit chez nous, ailleurs ou dans sa vie de joueur professionnel, c’est qu’il oublie sa vitesse et qu’il prenne conscience aussi qu’il y a la lecture du jeu, le bon timing et les bonnes décisions dans le dernier tiers. »

Brault-Guillard dit avoir eu « plus de libertés ». « J’étais un peu moins défensif et un peu plus haut sur le terrain, avec plus d’opportunités de me voir dans les 30 derniers mètres. Après, il faut que je travaille ma justesse offensive vu que je ne suis pas un offensif à la base. »

« Il s’est amélioré »

Brault-Guillard dit continuer de « poursuivre son ascension », ajoutant qu’il « commence à être de plus en plus efficace offensivement, mais aussi défensivement ».

« J’essaie d’être très solide derrière, de ne pas créer de fautes qui pèsent sur l’équipe. »

Wilfried Nancy est d’accord.

« Défensivement, il s’est amélioré sur le positionnement. Il est beaucoup plus dans l’anticipation. Avant, il était en réaction. […] Il a eu une bonne marge de progression. »

– Wilfried Nancy, entraîneur-chef du CF Montréal

« J’essaie de donner le meilleur de moi-même, explique le joueur de 22 ans. Je trouve que cette année, on a été beaucoup plus solides que les années auparavant. On a un meilleur système de jeu. »

Ce système de jeu, le CF Montréal espérera s’en servir à bon escient ce dimanche, lors de la finale du Championnat canadien contre son rival de toujours, le Toronto FC.

« Cette année, les rencontres contre cette équipe nous ont plutôt bien réussi, indique Brault-Guillard. C’est à nous de bien faire, ce n’est qu’un match, tout peut aller vite dans les deux côtés. »

Zachary Brault-Guillard a un passé de joueur de rugby. Est-ce qu’il y a un aspect de ce sport qu’il incorpore dans son soccer ?

« S’il y a une embrouille sur le terrain, je vais toujours être là, souligne-t-il. Je protège toujours mes coéquipiers. C’est un peu comme ça au rugby : on protège ses coéquipiers, ils font partie de la famille. Il faut être solidaire. »

Pour une bataille de tous les instants comme une finale contre un rival historique, qui donne en plus accès à la Ligue des champions, le CF Montréal en aura bien besoin.

Du passé au futur

À 22 ans, Zachary Brault-Guillard en a déjà vu, du pays… même s’il « ne se rappelle pas de tout parce [qu’il était] assez petit ».

Il est né à Haïti et a été adopté par un père canadien et une mère française à l’âge de 6 mois. Le travail de son père, médecin du monde, l’a fait se déplacer souvent dans sa jeunesse : il a ainsi vécu au Canada, découvert l’Afghanistan et Israël, avant de s’installer en France à 7 ans.

« J’ai commencé à Paris, où je faisais du rugby, raconte-t-il. Après, mes parents ont déménagé pas loin de Lyon, dans l’Ain, pour un restaurant. Ça a bien marché au début, mais après, ça fonctionnait moins bien. Je continuais aussi le rugby, mais j’ai décidé de changer pour le foot, et c’est devenu mon sport professionnel. »

Le latéral droit se joint plus tard au centre de formation de l’Olympique lyonnais, puis signe un premier contrat professionnel en mai 2018. L’Impact de Montréal lui a ensuite fait une offre de joueur de prêt pour une année.

« À Lyon, j’aurais aimé jouer, mais à l’époque, il y avait beaucoup de monde à mon poste. J’étais le cinquième latéral droit, donc c’était un peu compliqué de me faire jouer. »

– Zachary Brault-Guillard

Il est transféré officiellement au club de Montréal en janvier 2020, avec un contrat valide jusqu’au 31 décembre 2021 avec deux années d’option. Mine de rien, cette date approche.

« À l’heure actuelle, le club ne dit pas grand-chose, souligne Brault-Guillard. [Les responsables] doivent prendre une décision. Moi, je suis ouvert à la discussion. J’ai fait une belle saison, alors on verra bien. »

Wilfried Nancy offre une piste de réponse.

« Il faut qu’il aime son métier, et je ne dis pas qu’il ne l’aime pas, souligne l’entraîneur. Je veux dire qu’à l’entraînement, il fait partie des joueurs qui doivent s’entraîner tout le temps à fond. »

« Il faut qu’il grandisse encore, mon petit Zacko. »

Mais pour Brault-Guillard, il y a d’autres enjeux à traiter avant celui du contrat.

« Je ne me prends pas trop la tête là-dessus, avance le défenseur. Déjà, je veux bien finir la saison avec un trophée. […] Le plus important, c’est de penser à ce match-là, et je me poserai d’autres questions en fin d’année, quand je serai en vacances. »

De la difficulté d’intégrer une sélection à succès

On ne peut passer un entretien avec un international canadien sans lui demander ce qu’il pense des succès actuels de l’équipe nationale. Ça tombe bien, il aborde le sujet lui-même.

« On a une très bonne équipe compétitive au Canada, donc c’est sûr que ce n’est pas aussi simple de tourner en sélection », explique celui qui a été rappelé lors de la fenêtre d’octobre, sans disputer de minutes. « Il y a beaucoup de joueurs qui font de belles saisons. L’équipe tourne bien. C’est de bon augure pour le Canada dans les mois et les années à suivre. »

« Avec le coach, j’ai une super bonne relation », se réjouit-il, en parlant du sélectionneur John Herdman. « Il y a des joueurs qui sont un peu plus cadres, donc c’est un peu plus compliqué de faire tourner l’effectif quand tout va bien. Mais l’objectif numéro un, c’est de se qualifier pour la Coupe du monde en 2022. C’est ça, le plus important. »

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