La France rend hommage
à Jean-Paul Belmondo

« Adieu Bébel » : après l’hommage national rendu aux Invalides à Jean-Paul Belmondo, place à son public, venu parfois de loin pour saluer l’acteur de légende qui a traversé « six décennies de vie française », selon les mots du président Emmanuel Macron. Les portes des Invalides se sont ouvertes à partir de 19 h 30 jeudi à ceux qui souhaitaient se recueillir devant le cercueil. Cet honneur faisait suite à une cérémonie un peu plus solennelle, mais forte en émotion, avec personnalités du septième art, membres du gouvernement et la famille de l’artiste. Marseillaise jouée par la garde républicaine, revue des troupes par Emmanuel Macron et fans émus étaient au rendez-vous pour saluer l’acteur de Pierrot le fou. Ce vendredi matin, les obsèques de Jean-Paul Belmondo se sont déroulées en l’église Saint-Germain-des-Prés, dans le centre de Paris, dans l’intimité de la famille.

— Agence France-Presse

Isabelle Carré | Délicieux

Un goût de liberté

Dans Délicieux, film d’Éric Besnard campé à la veille de la Révolution française, Isabelle Carré incarne une errante désirant apprendre à cuisiner auprès d’un chef déchu. Or, si l’angle culinaire est au cœur de l’histoire, la démocratie et l’égalité entre hommes et femmes sont aussi des thèmes explorés. La Presse s’est entretenue avec la comédienne.

Le long métrage Délicieux est une enfilade d’aliments et de plats magnifiquement filmés. Des œufs, de la viande, des volailles, des truffes, du pain, du vin, du homard, des pommes de terre, des desserts et encore plus !

De quoi mettre en appétit !

« Mais moi, j’ai beaucoup maigri durant le tournage, lance au bout du fil une Isabelle Carré enjouée, rieuse. Je ne me suis pas régalée, car j’étais réfrénée par un corset que j’ai porté 10 h par jour durant 2 mois de tournage. J’ai compris d’où on vient, nous, les femmes, pour parler de féminisme. Le corset, c’est un enfermement, ça nous empêche de bouger ! »

Grand film culinaire, Délicieux parle donc aussi d’égalité entre hommes et femmes. Et d’égalité entre les classes.

Ça fait beaucoup de thèmes. Mais l’ensemble est cohérent à l’intérieur d’un film de deux heures qui se distingue par sa direction photo et ses décors (voir notre critique en écran 8).

L’histoire a lieu en 1789, à trois semaines de la Révolution française. Manceron (Grégory Gadebois), cuisinier du duc de Chamfort, est soudainement congédié car il a osé faire manger des aliments provenant de la terre (comme des truffes !) à ses invités.

Abattu, Manceron retrouvera le goût de la cuisine grâce à l’intrigante Louise (Isabelle Carré) qui insiste pour devenir son assistante. Borné et machiste, Manceron affirme que la cuisine n’est pas affaire de femme. Louise lui démontrera que c’est faux.

« Grâce à Louise, Manceron retrouve confiance en lui et invente le premier restaurant », lance Isabelle Carré qui convient que, « d’un point de vue historique », la réalité est ailleurs.

Ce qui est réel, toutefois, est que le peuple a le droit de s’exprimer. Par ricochet, le film renvoie donc à l’actualité la plus criante.

« Nous avons tourné durant la crise des gilets jaunes. Ils protestaient contre les taxes sur l’essence, mais par-dessus cela, ils réclamaient du respect et de la reconnaissance. Je crois que c’est ce que revendiquent aussi Manceron et Louise. Ils veulent qu’un regard de confiance, de bienveillance soit porté sur eux. »

— Isabelle Carré

Par ailleurs, le récit se déroule à la campagne (le tournage a eu lieu dans le Cantal) qui, aux yeux d’Isabelle Carré, représente l’identité gastronomique de la France. « La province, ce sont nos spécialités, c’est le terroir, argue- t-elle. C’est ce qui fait notre réputation dans le monde entier. Et nous avions envie de montrer des paysages avec de grands espaces sauvages et vides de civilisation. »

Défendre sa culture

Ce qu’elle aime chez Louise ? Isabelle Carré évoque son côté mystérieux. « J’aime de tels personnages », dit-elle.

L’apprentie cuisinière a en effet trois personnalités. Maceron le premier ne sait pas si elle est une pauvresse sans abri, une courtisane ou une ancienne noble tombée de son piédestal.

« J’avais à rendre crédibles ces trois visages et je trouve ça très juste. Dans la vie, nous ne sommes pas qu’une seule chose, mais beaucoup de choses. »

— Isabelle Carré

Il y a quelques mois, on avait vu Isabelle Carré interpréter Yvonne de Gaulle dans le film De Gaulle de Gabriel Le Bomin, dans lequel elle donnait la réplique à Lambert Wilson. Ce qui nous amène à parler de la responsabilité de jouer des personnages historiques.

« On doit alors raconter avec justesse ce que nous sommes », dit-elle à ce propos, tout en s’empressant d’ajouter que le fait de tourner en français ajoute une couche de responsabilité supplémentaire.

« Comme au Québec, nous, Français, avons chevillé au corps le désir de défendre la francophonie, l’identité, l’histoire. C’est là qu’on se reconnaît en se regardant dans le miroir. Or, c’est aussi cela, le cinéma, se regarder dans le miroir. »

DÉCOUVRIR LE PLAISIR D’Écrire

Depuis quelques années, Isabelle Carré s’est mise à l’écriture. Un bonheur assumé, même s’il est arrivé sur le tard. Elle a à ce jour publié deux romans, Les rêveurs et Du côté des Indiens. Un troisième est en route.

« Je me suis autorisée tardivement à montrer ce que j’avais à dire, analyse-t-elle. Moi qui aime tant les grands auteurs, je ne me sentais pas légitime d’apporter ma petite pierre. Je regrette d’avoir tant tardé et douté, car je vis un grand bonheur et je veux continuer. »

Un peu comme Louise dans le film, finalement, Isabelle Carré a pris les choses en main.

En salle dès ce vendredi

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