Sondage SOM-Le Soleil

87 % des Québécois inquiets de l’inflation, les Québécoises encore plus

Essence, nourriture, loyer... Les prix à la consommation continuent de grimper. On pige toujours plus creux dans nos poches, et cela inquiète la très grande majorité des Québécois. Pas moins de 87 %, selon un sondage SOM-Le Soleil. Les femmes se préoccupent même encore davantage de l’inflation que les hommes, plus de 9 Québécoises sur 10 y voyant une source d’anxiété.

« À plus de 80 %, le niveau d’inquiétude générale est très élevé », constate le vice-président et chef de la stratégie d’affaires de la firme de sondages SOM, Éric Lacroix.

« On a eu l’inquiétude de la pandémie dans les deux dernières années et là, il semble que le focus a changé. La guerre en Ukraine est moins préoccupante, moins sur le radar des grands médias. C’est là-dessus [l’inflation] que l’accent est mis en ce moment et ça se reflète dans ces résultats », poursuit M. Lacroix, ajoutant qu’un « effet d’accumulation » n’est « pas impossible ». « C’est particulièrement élevé », dit-il.

Des 1147 Québécois interrogés, 44 % se disent « assez inquiet[s] » et 43 % « très inquiet[s] » par rapport à la hausse de l’inflation en général. Tandis que 11 % se disent « peu inquiet[s] » et seulement 1 % « pas du tout inquiet[s] ». Un autre 1 % a dit ne pas savoir ou préféré ne pas répondre.

« On fait plus attention qu’avant »

De nombreuses familles rencontrées lundi par Le Soleil alors que les vacances de la construction battent leur plein s’affairaient à réaliser leurs emplettes dans le temple de la consommation des Galeries de la Capitale. Un centre commercial bondé et des clients trimballant de nombreux sacs sous le bras, rien ne laissait croire à des prix en surchauffe, l’inflation ayant atteint un sommet inégalé depuis près de 40 ans au Canada.

Pourtant, dans les témoignages, le même discours revenait, de façon quasi unanime, chez les clients : « On fait plus attention qu’avant. » À différents niveaux, tous verbalisent une inquiétude face aux conséquences de l’inflation sur leur portefeuille.

« J’achète toujours au rabais, j’ai commencé à utiliser des coupons, à regarder les circulaires. Je magasine dans différentes épiceries pour trouver moins cher. Mais toujours sur mon chemin, pour ne pas trop dépenser de gaz ! »

– Leslie

Ces nouvelles « stratégies » pour économiser, Leslie les a adoptées il y a un an environ. Élevant seule deux enfants, la femme de Lévis juge que son budget est plus « serré », alors que les salaires n’augmentent pas au même rythme que le coût de la vie.

Montréalaises plus pauvres

L’indice des prix à la consommation (IPC) a bondi de 8,1 % en un an, soit de juin 2021 à juin 2022. La plus forte progression annuelle observée depuis janvier 1983, selon Statistique Canada. Pendant la même période de 12 mois, le prix moyen du litre d’essence à la pompe au Québec a été gonflé de près des deux tiers. La Banque du Canada vient en outre de hausser son taux directeur d’un point de pourcentage complet, mi-juillet.

La proportion de personnes qui se disent assez ou très inquiètes atteint même 91 % chez les femmes, contre 84 % chez les hommes. La faute en bonne partie au statut économique précaire de trop nombreuses Québécoises dans la métropole, explique le sondeur.

« En particulier à Montréal, la réalité économique de certaines femmes est malheureusement moins intéressante que celle des hommes. C’est intéressant de regarder les résultats de la région de Québec, parce que cette différence ne se reflète pas dans notre région. »

Dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec, 88 % des femmes sont assez ou très inquiètes de l’inflation, contre 86 % des hommes. Presque à égalité statistique.

Perdre ses économies

Plus inquiètes, une plus grande proportion des femmes sondées, 53 %, affirment aussi n’avoir « pas du tout » ou avoir « peu » été en mesure de mettre de l’argent de côté depuis mars 2020. Chez les hommes, c’est 44 %. Presque 10 % de moins.

Et la moitié des répondantes qui ont réussi à économiser disent avoir dû puiser dans leurs économies à cause de l’inflation, voire les avoir toutes dépensées.

Cela n’étonne pas.

Pendant la pandémie, les femmes ont été plus nombreuses à perdre leur emploi et durant plus longtemps, selon un rapport du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).

Des secteurs comme l’hébergement, la restauration, la vente et les services ont été plus frappés par des fermetures. Plus nombreuses à être employées dans ces domaines, les femmes en ont ainsi davantage souffert.

« La pandémie que nous vivons agit comme un révélateur de la vulnérabilité économique de plusieurs femmes et laisse entrevoir des conséquences plus lourdes sur elles », prévoyait d’ailleurs un dossier sur la situation économique des femmes après deux ans de pandémie réalisé par le Conseil du statut de la femme en avril dernier.

Avec environ 38 000 emplois perdus chez les femmes entre 2019 et 2021, l’organisme gouvernemental conclut que « la pandémie n’a pas entraîné pareille secousse chez les hommes, car le nombre d’emplois qu’ils occupent en 2021 est sensiblement le même qu’en 2019 ».

Le sondeur Éric Lacroix concède qu’en général, les projecteurs médiatiques braqués sur le phénomène d’inflation galopante depuis quelques mois participent à augmenter l’anxiété financière chez les consommateurs. En même temps, les hausses de prix sont bien réelles et, donc, les inquiétudes sont bien légitimes.

« Mais les gens qui magasinent en faisant des choix alimentaires basés sur les circulaires, pour essayer d’économiser, ces gens-là y parviennent encore en 2022 », a-t-il indiqué.

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