Afghanistan

Les femmes au cœur d’une situation « dangereuse » près d’empirer

Quatre journalistes ont été tuées cette année et les attaques se multiplient

La montée en force des talibans et du groupe armé État islamique, qui multiplient les attaques contre les forces gouvernementales et les civils alors que les États-Unis s’affairent à retirer leurs dernières troupes d’Afghanistan, n’augure rien de bon pour les femmes du pays.

« La situation est extrêmement dangereuse », prévient Vrinda Nairin, professeure de droit à l’Université McGill.

Les Afghanes, dit-elle, ont enregistré des gains « majeurs » en 20 ans, notamment en matière d’accès à l’éducation et à l’emploi, qui risquent d’être balayés si les insurgés réussissent à s’imposer à la tête du pays après des décennies de conflits.

La chercheuse en veut notamment pour preuve la multiplication récente d’attaques contre des femmes qui pratiquent le journalisme.

La semaine dernière, une lectrice de nouvelles d’Ariana News âgée de 23 ans, Mina Khairi, a été tuée en même temps que sa mère alors qu’elles circulaient à bord d’une camionnette qui a explosé à Kaboul.

L’attentat a été dénoncé comme une attaque contre « la société afghane » et la « liberté de la presse » par la Grande-Bretagne et les États-Unis, qui s’alarment du fait que quatre femmes journalistes ont été tuées depuis le début de l’année.

En mars, trois employées de la chaîne Enekaas TV avaient été abattues en pleine rue par des hommes armés dans la ville de Jalalabad, dans l’est du pays, alors qu’elles rentraient chez elles.

Le Centre afghan pour la protection des femmes journalistes (CPAWJ), dans un rapport paru il y a quelques mois, disait avoir recensé une centaine d’attaques de tout ordre contre des femmes journalistes sur une période d’un an, notamment des assassinats et des viols.

Plusieurs journalistes ciblées en région ont déménagé à Kaboul pour assurer leur sécurité. D’autres ont plutôt choisi de renoncer à leur travail par crainte de devenir à leur tour la cible de représailles.

La poursuite d’assassinats ciblés de journalistes risque d’affecter profondément la liberté d’expression et de « réduire au silence » les médias afghans, prévient la directrice du CPAWJ, Farida Nekzad, qui demande à la communauté internationale de faire pression sur les belligérants pour faire cesser les atteintes à la liberté de la presse.

Faisant écho à la gravité de la situation, Reporters sans frontières (RSF) a demandé la semaine dernière que la Cour pénale internationale (CPI) mène une enquête.

L’organisation de défense de la liberté de la presse, qui blâme « au premier chef » les talibans pour la violence relevée, souhaite que la procureure du tribunal, Fatou Bensadou, détermine si ces attaques peuvent être considérées comme des crimes de guerre, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires.

Selon un décompte de RSF, pas moins de 100 journalistes, dont 16 ressortissants étrangers, ont été tués en Afghanistan sur une période de 20 ans, et plus d’une soixantaine de médias ont été attaqués ou détruits.

Exclues des négociations

Les talibans, chassés du pouvoir dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001, faisaient peu de cas des droits des femmes durant la période où ils ont dirigé le pays.

Ils veulent aujourd’hui rétablir une théocratie qui empêcherait notamment les Afghanes d’étudier, de travailler et de se déplacer sans supervision masculine, relève Mme Nairin, qui s’inquiète du fait que les femmes sont pratiquement exclues des pourparlers entrepris par le gouvernement et les talibans pour en arriver à un accord de paix.

« Dans des négociations de ce type, les droits des femmes sont toujours les premiers sacrifiés. »

— Vrinda Nairin, professeure de droit à l’Université McGill

Le gouvernement américain, sous la présidence de Donald Trump, avait conclu en février 2020 une entente avec les talibans prévoyant le retrait complet des troupes étrangères toujours dans le pays avant le 1er mai de cette année.

L’échéance a cependant été repoussée par son successeur, Joe Biden, qui a annoncé sa volonté de retirer les 2500 soldats américains toujours présents dans le pays avant le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. Un responsable du Pentagone a indiqué il y a quelques jours que la démarche pourrait être terminée en juillet.

Les talibans ont assuré en contrepartie de la promesse de retrait américaine qu’aucune organisation terroriste ne pourra utiliser le territoire afghan comme base arrière pour attaquer les États-Unis comme l’avait fait Al-Qaïda il y a 20 ans.

Ils se sont par ailleurs engagés à négocier un accord de paix avec le gouvernement afghan du président Ashraf Ghani, mais les discussions piétinent.

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