Émirats arabes unis

Une princesse en fuite avait été ciblée par le logiciel espion Pegasus

Nouvelle journée, nouvelle révélation dans l’affaire Pegasus. Après l’identification mardi de plusieurs cibles potentielles, dont le président français Emmanuel Macron, des médias ont rapporté mercredi que la princesse Latifa avait été visée par le logiciel espion au moment où elle tentait de fuir Dubaï, il y a trois ans.

« Dans les jours avant que des commandos traînent la princesse Latifa de son yacht de fuite dans l’océan Indien, son numéro a été ajouté à une liste qui comprenait des cibles du puissant logiciel espion », a révélé le Washington Post dans une vaste enquête.

C’est en 2018 que la princesse Latifa, fille de l’émir de Dubaï Mohammed ben Rachid Al Maktoum, avait tenté de s’évader de l’émirat à bord d’un yacht privé, alors qu’elle était dans la jeune trentaine. Elle était alors accompagnée d’une amie finlandaise et d’un entrepreneur français.

Mais au bout de huit jours en mer, un groupe d’une quinzaine d’hommes a rattrapé la princesse Latifa, avant de la mettre dans un hélicoptère, puis dans un avion privé pour la ramener à Dubaï. La Presse avait d’ailleurs consacré un article au sujet des princesses des Émirats arabes unis le mois dernier.

À l’époque et encore aujourd’hui, l’opération de capture de la princesse a été dénoncée par plusieurs organisations à travers le monde, dont Amnistie internationale. En février, la princesse Latifa a aussi déclaré dans une vidéo être prise en otage depuis trois ans par son père, être enfermée dans une villa « reconvertie en prison » et craindre pour sa vie.

Mais voilà qu’un nouvel éclairage s’ajoute à cette histoire dont les tenants et aboutissants demeurent encore nébuleux à ce jour. Selon le Washington Post, il semblerait qu’au moment où des commandos armés ont pris d’assaut le yacht, soit seulement huit jours après l’évasion de la princesse, les agents du commando « avaient entré les numéros de ses amis et alliés les plus proches dans un système qui avait également été utilisé pour sélectionner les cibles de surveillance Pegasus ».

En fait, les numéros de Latifa et ses amis auraient été « ajoutés à la liste dans les heures et les jours » suivant sa disparition en février 2018, soutient l’enquête. On y apprend aussi que les Émirats arabes unis auraient été à l’époque un client de NSO Group Technologies, le groupe de sécurité israélien qui détient Pegasus.

Par ailleurs, l’enquête révèle aussi que le numéro d’une autre princesse des Émirats arabes unis a été inscrit sur la liste de Pegasus. Il s’agirait de celui de Haya Bint Hussein, qui est l’une des six épouses de l’émir de Dubaï, et qui a aussi tenté de s’évader au début de 2019, après avoir exprimé des inquiétudes sur le cas de la princesse Latifa.

« La princesse Haya, sa demi-sœur, ses assistants, son entraîneur de chevaux et les membres de ses équipes juridiques et de sécurité ont tous vu leur téléphone être inscrit sur la liste au début de 2019, à la fois dans les jours qui ont précédé et dans les semaines qui ont suivi sa fuite de Dubaï », indique le Washington Post à ce sujet.

Beaucoup de mystère

On ignore toutefois pour le moment le rôle exact qu’aurait pu jouer le logiciel Pegasus dans la capture de la princesse, car les téléphones en question n’ont pas subi d’examen plus approfondi, notamment.

Introduit dans un téléphone intelligent, ce logiciel permet d’en récupérer les messages, photos, contacts et d’activer à distance les micros.

Ces nouvelles révélations surviennent alors que la veille, mardi, un consortium d’une quinzaine de médias à travers le monde avait dévoilé que dix premiers ministres, trois présidents et un roi se retrouvent sur la liste des cibles potentielles du logiciel Pegasus, faisant ainsi exploser à la lumière du jour un nouveau scandale d’espionnage de journalistes, militants et personnalités politiques.

À l’origine, ce sont les organisations Forbidden Stories et Amnistie internationale qui ont obtenu la liste de 50 000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour être potentiellement surveillés, avant d’en faire part aux divers médias impliqués.

Le Maroc hausse le ton

Pendant ce temps, le gouvernement marocain a indiqué mercredi vouloir engager des procédures judiciaires contre quiconque accuse Rabat d’avoir eu recours au logiciel Pegasus, et a dénoncé une « campagne médiatique mensongère, massive et malveillante ». Le quotidien français Le Monde, membre du consortium, avait révélé mardi que le président Emmanuel Macron figurait sur la liste des cibles potentielles du logiciel Pegasus. Les révélations accusent en l’occurrence « un service de sécurité de l’État marocain ».

Rejetant à nouveau « catégoriquement ces allégations mensongères et infondées », le gouvernement marocain a dit « opter pour une démarche judiciaire, au Maroc et à l’international, contre toute partie reprenant à son compte ces allégations fallacieuses », selon un communiqué.

Le parquet général marocain a annoncé dans un communiqué « l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces fausses allégations et accusations afin d’identifier les parties à l’origine de leur publication ».

Lundi, le gouvernement avait déjà dénoncé comme « mensongères » les informations selon lesquelles les services du royaume avaient « infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères et de responsables d’organisations internationales à travers un logiciel informatique ».

La liste des cibles potentielles du logiciel comprend aussi les numéros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits de la personne ou encore 65 chefs d’entreprise, d’après l’analyse du consortium, qui en a localisé beaucoup au Maroc, en Arabie saoudite ou encore au Mexique.

Selon la cellule investigation de Radio France, membre du consortium, le roi du Maroc, Mohammed VI, et son entourage sont eux aussi « sur la liste des cibles potentielles » du logiciel Pegasus. « Nous avons en effet pu établir qu’un des numéros de téléphone qui figurent dans le listing des services de renseignement marocains est bien celui de Mohammed VI. Et tout son entourage a subi le même sort », a affirmé mardi la cellule de Radio France.

— Avec l’Agence France-Presse et le Washington Post

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