Le tourmenteur n’est plus dans le pré

Autre saison, autre « scandale » pour une téléréalité phare de Noovo.

À l’instar d’Occupation double et de son trio McToxique, L’amour est dans le pré a dû faire reculer la cassette, effacer un candidat problématique d’une majorité d’épisodes et recoller les morceaux pour construire une histoire aussi solide qu’un tracteur Case IH.

Ce remodelage effectué en catastrophe, qui paraît dans les deux premiers épisodes que j’ai vus mardi, explique pourquoi la 11e saison de la populaire téléréalité agricolo-amoureuse débute jeudi, à 20 h, avec deux semaines en retard.

Le raffut concerne un des cinq prétendants de l’agricultrice Anne-Sophie Paquet, 24 ans, productrice bovine et avicole ainsi que conseillère municipale à Neuville, près de Québec.

Début janvier, plusieurs jeunes femmes ayant croisé ce soupirant ont dénoncé ses techniques de séduction agressives et harcelantes.

Selon des témoignages déposés sur la page Facebook de L’amour est dans le pré, cet individu éprouvait des problèmes de santé mentale et pourchassait ses « victimes » pendant des années sous un éventail de faux profils sur les réseaux sociaux.

La production, qui a refusé de commenter l’affaire pour cette chronique, a été acculée au mur de la grange, il fallait expulser ce Tinder Swindler. Mais comment ? N’oublions pas ce détail crucial : cette 11e saison de L’amour est dans le pré a été tournée au complet l’été dernier. Et, oui, la sympathique Anne-Sophie a invité le gars problématique à s’installer dans sa ferme pendant une semaine. Et, oui, ce candidat a progressé loin, loin dans l’aventure, il apparaissait dans presque toutes les activités de groupe, me dit-on.

Solution pour juguler la crise ? Déployer la technique OD Martinique, qui consiste à rogner les images compromettantes et à resserrer tous les plans. Pendant le « speed dating » du deuxième épisode, la caméra ne montre que les quatre compagnons acceptables d’Anne-Sophie. Et dans cette version revue et corrigée de la téléréalité, Anne-Sophie ne repêche que deux candidats, le troisième ayant été mouliné en postproduction.

L’animatrice Katherine Levac n’effleure la controverse qu’à la fin du premier épisode, en précisant que l’aventure se terminera bien pour Anne-Sophie, heureusement.

C’est vraiment dommage qu’une telle polémique s’abatte sur l’émission la moins méchante – et la plus authentique – du petit écran québécois.

L’amour est dans le pré, c’est 17 couples formés depuis 2012, 29 bébés créés grâce à la magie de la télé et des célibataires toujours motivés à s’engager. Personne ne s’y inscrit pour gonfler a) ses lèvres, b) ses biceps ou c) son nombre d’abonnés sur Instagram.

D’ailleurs, Joé (celui qui mesure 6 pi 6 po) et Andréanne de la saison dernière ont récemment emménagé en Beauce pour y démarrer leur ferme ancestrale. Luka et Jay se fréquentent toujours entre Montréal et Issoudun, tandis que Denis, qui avait jadis courtisé la tante de Katherine Levac, a rompu avec Nancy au printemps dernier.

Maintenant, dans ce nouveau chapitre de L’amour est dans le pré, les deux agricultrices pivots volent la vedette à leurs trois comparses masculins, plus effacés et gênés, mettons.

La blonde Élisabeth, 24 ans, de Saint-Gabriel-de-Rimouski, déplace de l’air, et cette cowgirl dorée cherche un partenaire qui n’écrit pas de longues lettres. La brune Anne-Sophie, décrite comme la participante la plus hésitante de l’histoire de L’amour est dans le pré, préside aussi le marché public de Pont-Rouge, en plus de son implication politique et de son boulot à la ferme familiale de Neuville. Lui reste-t-il du temps à l’horaire pour un amoureux ?

Les gars, moins exubérants, s’animent moins devant la caméra. Le timide Bobby, 27 ans, un anglophone bilingue de Howick, en Montérégie, trippe sur Noël et les gâteaux. Il adore ses trois sœurs et leurs huit enfants.

Marc-Antoine, 27 ans, de Saint-Philémon, dans Bellechasse, en pince également pour les bottes de cowboy (ou les bottes à cap) et il privilégie les « filles de bonne famille ».

Quant à Guillaume, 38 ans, de Rivière-Ouelle, dans le Bas-Saint-Laurent, il se décrit comme un bon gars qui s’oublie trop souvent au détriment des autres.

Selon mes taupes, plusieurs producteurs s’inquiètent de l’avenir de la téléréalité québécoise à la lumière des raclées prises par OD et L’amour est dans le pré. Car il n’existe aucune façon de s’assurer à 100 % que les concurrents possèdent tous un passé irréprochable avant d’aboutir en ondes.

Évidemment, les producteurs vérifient les antécédents judiciaires de leurs (futurs) participants, c’est la base. Mais les actes reprochés au prétendant problématique de L’amour est dans le pré, soit de l’insistance et du harcèlement en ligne, n’ont pas été signalés à la police et n’ont fait l’objet d’aucune accusation.

Ces infos ont ressurgi le jour où le visage et le nom du soupirant nocif ont été dévoilés sur la page Facebook officielle de l’émission. Hélas, il était trop tard pour le sortir du processus.

L’île de l’amour à TVA a vécu ce même genre de situation quand un concurrent louche a été signalé sur Instagram et TikTok.

Bref, non seulement l’amour est difficile à trouver, comme le chante Marie-Ève Janvier dans le générique de L’amour est dans le pré, mais il est aussi encore plus compliqué d’en trouver un sans tache ni squelette dans le placard.

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