Carte blanche à Natasha Kanapé Fontaine

Solstice d’hiver

Avec leur plume unique et leur sensibilité propre, quatre artistes nous présentent, à tour de rôle, leur vision du monde qui nous entoure. Cette semaine, nous donnons carte blanche à Natasha Kanapé Fontaine.

je cours et la brume m’enveloppe

chaque pas de plus que je fabrique de mes mains

je le dois à mes yeux

c’est moi

regarde

j’avance tout droit sans rien apercevoir de mon mouvement

tout ce qui me rassure

dans ma certitude

c’est l’air qui façonne la vapeur autour de moi

et les eaux

se séparent

pour mieux m’entendre

je me retourne

silence

il n’y a que le cosmos qui me parle d’aventure

où est-ce qu’on se trouve

maintenant quand nous avons mis au rebut notre joie

quand nous avons décidé de ne plus sourire

s’ouvrir

quand nous avons nié la vitalité de nos cœurs

où suis-je

si je ne suis plus celle que j’aime

pour ce que je suis

fondamentalement

je suis l’addition des arbres tombés et des routes interdites

du bruit sourd des portes closes

et pourtant

je suis sortie la nuit par la fenêtre

et j’ai mangé la noirceur

je l’ai enfoncée dans mes paumes

voici

mes mains

dans mon corps alors

je reconstruis les lignes de babiche

et les courbes du néant de bois

sablé à l’infini

au désert que je défriche

j’ai dit

je parlais d’autres langues

mais ma mémoire est tombée dans le fleuve

et s’est échouée quelque part

une part

un lieu

que je ne vois pas très bien sur google maps

que chaque fois que je tente de rejoindre

en nageant des jours à toute allure

je m’y endors

alors je ne vois jamais la rive

que j’atteins

infinitivement

et pour ça

je marche sur les océans

pour cesser de me noyer

dans la peur

des années-lumière

c’est moi

regarde

j’ai attaché sur ma raquette

un astéroïde

je suis revenue des ténèbres

comme on embrasse la lune

où Tshakapesh se cache

j’ai cherché

le cratère où il dort

et je n’ai jamais repris mon souffle

pour l’instant

je célèbre chaque seconde de plus qui laisse passer la lumière

jour après jour

et lorsque le solstice viendra

mon peuple

que je porte en moi

sera couronné de soleil.

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