« Il a compris son rôle »

Patrick Maroon pourrait remporter la Coupe Stanley pour la quatrième saison de suite

Pierre-Cédric Labrie est aujourd’hui membre du Crunch de Syracuse, dans la Ligue américaine. Patrick Maroon, lui, tente de remporter une quatrième Coupe Stanley de suite.

Leurs vies sont parties dans des directions opposées depuis, mais il y a une dizaine d’années, les deux colosses se sont croisés par hasard au restaurant dans une ville de la Ligue américaine. Labrie a oublié les circonstances, mais il se souvient d’une chose : Maroon était abattu et s’interrogeait sur son avenir au hockey.

L’athlète de Baie-Comeau nous a raconté cette histoire le mois dernier pendant la série contre le Rocket de Laval. La semaine dernière, on a évoqué l’anecdote à Maroon lui-même.

« Je me souviens de la rencontre, mais pas de la conversation en détail. Mais à cette époque, les Flyers [de Philadelphie] venaient de me renvoyer à la maison, raconte Maroon. Je me suis ensuite fait échanger à Anaheim. Je n’avais pas eu une bonne année, pas tant sur la glace, mais surtout mentalement. Quand je me suis fait renvoyer, je me suis demandé si j’allais jouer de nouveau. »

« Les Ducks m’ont offert une deuxième chance, et je ne saurais comment les remercier. »

— Patrick Maroon

Maroon a rendez-vous avec l’histoire dans cette finale. Le Lightning de Tampa Bay vise une troisième Coupe Stanley de suite, mais ce serait une quatrième d’affilée pour lui, parce qu’il a aussi triomphé avec les Blues de St. Louis en 2019. Sa présente séquence de 15 séries consécutives gagnées est du jamais-vu depuis les Islanders de New York du début des années 1980, où une poignée de joueurs avaient remporté 19 séries de suite.

Doit-il se pincer ? « Juste en gagner une, c’est fou ! rétorque-t-il. Des gars passent 10, 12 ans sans atteindre la finale ou même la finale d’association. C’est le trophée le plus dur à gagner dans le sport. »

De Texarkana à Philadelphie

Le parcours de Maroon est atypique. Il commence en 2005, à Texarkana, ville nommée ainsi parce que sise sur la frontière entre le Texas et l’Arkansas. Comme si une superville du nom de Gattawa était créée.

Son entraîneur ? Un certain Jon Cooper, celui-là même qui le coache depuis trois ans. « Il avait la même mentalité, il était le même entraîneur, mais aujourd’hui, il compose avec des joueurs de la LNH. Il comprend la communication », se souvient Maroon.

Son club de Texarkana, qui déménagera ensuite à St. Louis, évolue dans la NAHL, obscure ligue d’où à peine deux ou trois joueurs se font repêcher chaque année. Maroon est ignoré à sa première année d’admissibilité, avant d’être réclamé au 161e rang par les Flyers l’année suivante.

Marc-André Bourdon a joué avec Maroon pendant un peu plus d’un an dans les filiales des Flyers. Celui qui est aujourd’hui directeur général des Huskies de Rouyn-Noranda se souvient d’un « super bon gars, apprécié de ses coéquipiers ».

« C’est un gros bonhomme, son surnom est Big Rig. Comme aujourd’hui, son patin n’était pas sa force, mais il était bon autour du but, il avait de très bonnes mains et une certaine toughness. Il avait du potentiel. »

À sa troisième année, la marmite saute. Les détails sont flous, mais il y avait mésentente entre Maroon et son entraîneur-chef chez les Phantoms. L’équipe le met carrément à l’écart et l’échange aux Ducks en novembre 2010.

« Quand tu vas jouer dans la Ligue américaine à 20, 21 ans, t’es lâché lousse sans encadrement. Sans entrer dans les détails, ça a peut-être joué », estime Bourdon.

La transformation

Maroon a roulé sa bosse, d’abord à Anaheim, puis à Edmonton, où il a connu sa meilleure saison offensive avec 27 buts, en 2016-2017. Il aidera d’ailleurs les Oilers à participer aux séries éliminatoires pour la première fois en 11 ans.

Aujourd’hui âgé de 34 ans, il joue évidemment un rôle de soutien, étant employé au sein du quatrième trio. Mais il est là tous les soirs. Il a été en uniforme pour les 68 matchs du Lightning en séries depuis 3 ans et avait aussi disputé tous les matchs des Blues lors de la conquête de 2019.

Il profite au maximum de ses minutes limitées, comme en font foi ses 4 buts en 20 matchs ce printemps. Lundi, il a participé au réveil de son équipe en préparant le but d’Anthony Cirelli en première période. Il a aussi touché la cible en milieu de match.

« Il était offensif, mais il avait d’autres qualités, rappelle Bourdon. Il y a un entonnoir pour les joueurs offensifs dans la Ligue américaine, ils ne peuvent pas tous rester offensifs en haut.

« Aujourd’hui, il est en fin de carrière, mais comme c’est un bon individu qui accepte de jouer dans le quatrième trio, il a encore sa place. Il a compris son rôle. Et ça lui a apporté trois Coupes. »

Dans le calepin

De l’espoir pour Kucherov, du doute pour Point

L’image de Nikita Kucherov qui retraite au vestiaire en douleur n’avait évidemment rien de bien rassurant pour les partisans du Lightning. Pour les entraîneurs non plus, d’ailleurs.

L’attaquant n’a pas été vu sur la patinoire de l’Amalie Arena mardi, au lendemain du troisième match de la finale. Mais Jon Cooper a tenté de se montrer rassurant.

Va-t-il mieux que ce qui était d’abord craint ? « Je pense que oui », a répondu Cooper. Puis, il s’est corrigé. « J’espère que oui. »

Relancé sur la question, il a dit « penser » que Kucherov pourra participer au quatrième match, mercredi. « Mais je ne suis pas Kuch. Sauf que le connaissant, il doit se dire exactement la même chose. Mais il faudra voir ce que le médecin dira. »

Discret dans le premier match, invisible dans le deuxième, Kucherov a livré une performance inspirée, lundi. Il a amassé deux passes et obtenu six tirs, tout en montrant un différentiel de + 3.

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La présence de Kucherov serait d’autant plus importante que Cooper a indiqué que Brayden Point représente un cas « douteux » pour mercredi.

Point est revenu au jeu pour les deux premiers matchs de la finale, avant de sauter son tour lundi.

Décidément, le Lightning est amoché à l’attaque. Dans le duel de lundi, Nick Paul a fait quelques visites au vestiaire et jouait manifestement en dépit d’une blessure. C’est à se demander si l’Avalanche ne finira pas par simplement gagner une guerre d’attrition.

« À ce temps-ci de l’année, tout le monde est hypothéqué », a relativisé l’attaquant de l’Avalanche Nathan MacKinnon, après la défaite de lundi.

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L’Avalanche compose également avec ses blessures à l’avant, mais les nouvelles sont plus encourageantes.

Jared Bednar a indiqué que Nazem Kadri pourrait être « une option » prochainement. L’attaquant, auteur de 14 points en 13 matchs, a de nouveau chaussé les patins avec ses coéquipiers mardi.

L’autre éclopé, Andre Burakovsky, était toutefois toujours à Denver mardi après-midi, ce qui laisse fortement présager qu’il ne sera pas du prochain rendez-vous. Auteur du but gagnant en prolongation dans le premier match, Burakovsky n’a pas terminé le deuxième match et était absent lundi.

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Darcy Kuemper n’avait pas son meilleur match dans le corps lundi, battu 5 fois sur 22 tirs. Son adjoint, Pavel Francouz, a donc été appelé en relève en deuxième période.

Kuemper sera-t-il de retour devant le filet pour le quatrième match ?

« C’est une possibilité », a répondu Bednar. Il faudra donc voir quel gardien retraitera au vestiaire en premier à l’entraînement matinal de mercredi.

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Il faisait 33oC mardi, sans compter l’insupportable humidité de la Floride. Bref, les conditions ne sont pas optimales pour maintenir une patinoire dans un état digne d’une finale de la Coupe Stanley.

Dans une réponse sur le jeu de Devon Toews, Bednar a d’ailleurs blâmé la qualité de la glace pour justifier le revirement commis par son défenseur, revirement qui a mené au but d’Ondrej Palat.

« Ce n’est pas la meilleure surface, a reconnu Toews. Mais ils jouent sur la même glace que nous. Il faut simplement limiter les erreurs. »

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Lors des séries 2021, l’Avalanche avait présenté le meilleur avantage numérique de l’histoire de la Ligue nationale en séries. Mais le taux de succès de 41,4 % (12 buts en 29 occasions) n’avait pas empêché l’équipe de baisser pavillon au deuxième tour.

La bande à J. T. Compher en remet cette année, avec une efficacité de 33,9 % (19 buts en 56 occasions). Parmi les équipes qui ont gagné au moins une série, c’est la 7performance de l’histoire. Depuis le début de cette finale, l’Avalanche a marqué 5 fois en 11 occasions (45,5 %), ce qui donne forcément des cheveux gris au pauvre Cooper.

« Peut-on réussir plus de dégagements, gagner plus de mises en jeu ? Absolument, a rappelé Cooper. Il y a aussi des jeux où il faut simplement leur lever notre chapeau, comme le tir de Landeskog hier [lundi]. »

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On ignore encore quel métier fera le fils de Jon Cooper, mais on devine qu’il hésitera entre enseignant et entraîneur.

Invité à décrire la progression de son équipe dans cette finale, Cooper a plutôt offert l’évaluation de son fils. « Il m’a dit : “Papa, votre premier match était tout juste un C+. Pour le deuxième match, vous avez un F.” Il nous a donné un B pour le troisième match, donc on va dans la bonne direction ! »

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