Martin Dubreuil

L’aventure, c’est l’aventure

Au cinéma québécois, l’automne 2021 est celui de Martin Dubreuil qui joue dans les longs métrages Maria Chapdelaine, Soumissions et La contemplation du mystère, en plus de défendre un rôle dans le court métrage Cercueil, tabarnak !. Rencontre.

On peut difficilement trouver plus montréalais que Martin Dubreuil. Né et ayant grandi dans Rosemont, il a étudié dans l’île, tenu ses premiers rôles dans des films étudiants aux universités Concordia et de Montréal et vit dans le Mile End. Or, cet automne, Dubreuil joue dans trois longs métrages campés en pleine forêt.

« J’ai fait le même constat, dit-il en s’esclaffant lorsque La Presse lui en fait l’observation. Je suis probablement un des acteurs les plus montréalais qui jouent régulièrement des gars de campagne, de camionnette, de région... »

Dans Maria Chapdelaine, de Sébastien Pilote, Martin Dubreuil est un travailleur saisonnier défrichant la terre. Dans Soumissions, d’Emmanuel Tardif (en salle ce vendredi), il est un homme perdu ayant séquestré son fils dans une cabane à sucre. Dans La contemplation du mystère, d’Albéric Aurtenèche (en salle le 22 octobre et actuellement au FNC, comme Cercueil, tabarnak ! de Loïc Darses), il incarne un ancien chasseur paralysé et incapable de retourner en forêt.

« Je suis de plus en plus un gars de campagne. Ma femme vient de Maniwaki, où nous allons quelques fois par année. Je me sens moins aventureux, plus familial. La campagne m’appelle, comme bien du monde. »

— Martin Dubreuil

Comment ! À quelques mois de célébrer ses 50 ans, Martin Dubreuil s’assagit ? Lui qui, au grand écran, a incarné le bum, le poète maudit, le gars de party, le paumé, le mal rasé ? Lui qui, dans la vraie vie, a fait les 400 coups et connu un parcours atypique pour devenir acteur ? Lui qui répond « l’aventure, c’est l’aventure » lorsqu’on lui demande de se résumer en quelques mots ? Dubreuil a envie de grand air, de champs de rosée et de matins silencieux ? Hé oui.

« Chaque tranche d’âge est significative, qu’on le veuille ou non, dit le comédien, père de deux enfants. Ça va de soi. Je suis à mi-chemin entre l’adulte et le vieux [rires]. Une des raisons qui font que je me sens un peu plus vieux est que je fais moins de sport. Avec la pandémie, j’ai arrêté de jouer au hockey cosom. Et quand j’y suis retourné, je l’ai senti en tabar... »

Plus tard, il ajoute : « Disons que le bum de ruelle qui boit du vin avec ses chums n’est plus ben ben là... »

Certaines choses ne changent pas. Comme l’intensité. Martin Dubreuil aime jaser. En entrevue, il est généreux, intarissable, allumé, pétillant. Il rigole en racontant ses bons et mauvais coups. Il a pris le temps de lire notre précédente entrevue pour mieux se préparer. Il envoie deux, trois, quatre textos, quelques heures après la rencontre pour ajouter des détails. Cet homme aime la vie comme son travail.

L’appel du jeu

Élevé par sa mère seule, Martin Dubreuil a peu d’affinités avec l’école. Il passe trois années en cinquième secondaire, une à Père-Marquette et deux à Joseph-François-Perreault, avant d’obtenir un simulacre de diplôme. Il passe une session en arts plastiques au cégep du Vieux Montréal, puis il tourne la page.

Un jour, ses amis de l’école secondaire Joseph-François-Perreault qu’il a quittée l’année précédente lui demandent de revenir pour jouer dans la pièce L’incident, de Nicolas Baehr. Ce fut tout un événement. Dubreuil brille. À la fin de la représentation, un parent lui dit qu’il serait fou de ne pas devenir acteur. « Ce parent, j’aimerais tellement pouvoir le remercier », dit-il.

L’animateur Jean-Sébastien Girard, qui jouait dans cette pièce, se souvient du passage de Dubreuil. « Sans être inscrit à l’option théâtre de cinquième secondaire, il est arrivé pour la pièce, dit-il. Ça m’avait gossé, car je voulais être acteur et je prenais ça au sérieux. »

« Je me demandais pourquoi je devais être en compétition avec lui pour l’attribution des rôles. Mais il était vraiment très bon. Il avait un instinct extraordinaire et torchait tout le monde. »

— Jean-Sébastien Girard, ami de Martin Dubreuil à l’école secondaire Joseph-François-Perreault

« Plus tard, en allant voir le film À tous ceux qui ne me lisent pas, j’étais très fier de dire à l’ami avec qui j’étais que j’avais joué avec Martin à 16 ans », ajoute-t-il.

Jeune adulte sans formation d’acteur, Martin Dubreuil épluche les petites annonces de l’hebdo culturel Voir pour repérer les offres de rôles dans des films étudiants. Une première lui vient de l’Université de Montréal, où il doit incarner un juré dans un procès.

« Je disais : “coupable, non coupable”, lance-t-il d’une voix caverneuse. Les autres acteurs étaient excités parce que le tournage durait quatre jours, ce qui leur permettait d’amasser des crédits à l’Union des artistes (UdA). Moi, je m’en foutais, de l’UdA. Je ne voulais même pas être membre. Ma paye, c’était une copie VHS du film, le lunch et des cigarettes. »

Depuis, Dubreuil a joué dans plus d’une centaine de courts métrages, à tel point qu’un trophée à son nom est présenté chaque année au gala Prends ça court ! organisé par Danny Lennon. Et ce trophée est commandité par... l’UdA.

Sans interruption

C’est en tournant des courts métrages à Concordia que Dubreuil rencontre le cinéaste Maxime Giroux. Il ne joue pas dans le film de fin d’année de ce dernier, mais les deux se lient d’amitié. Dubreuil présente aussi le scénariste Alexandre Laferrière à Giroux. Depuis, le trio a signé plusieurs projets, tels que le long métrage Félix et Meira.

Depuis la fin des années 1990, le comédien autodidacte n’a pas chômé. Même s’il décroche peu souvent de premiers rôles, il tourne beaucoup.

Ayant plus souvent qu’à son tour joué des bums et des paumés, il souhaite avoir plus de rôles de gentils. Il est ainsi heureux d’incarner un policier dans la série Bête noire. Au printemps 2022, il devrait être un bon professeur dans le tournage du prochain film d’André Forcier.

Et en ce moment, au cinéma, Dubreuil a deux rôles qu’on peut qualifier de rugueux et un autre où il est plus attachant. Ainsi, à propos du film Soumissions où il défend le personnage principal de Joseph, il dit : « J’ai accepté le rôle en raison de cette espèce de violence audacieuse, angoissante et non politiquement correcte du film. Il me semble qu’on est capable d’en prendre plus que ce qu’on veut nous faire accroire et qu’on est censé s’endurcir en vieillissant. »

Quant à son personnage d’André, plus effacé, dans La contemplation du mystère, Martin Dubreuil le résume ainsi : « C’est un des chasseurs de la confrérie [NDLR : un groupe un brin mystique], mais il a eu un accident l’empêchant de chasser. C’est un alcoolique paralysé de tout un côté et très frustré de sa condition. »

Par ailleurs, Martin Dubreuil ne peut être meilleur gars que son personnage d’Edwidge Légaré dans Maria Chapdelaine. Travailleur infatigable, bûcheron acharné, bon vivant le soir au coin du feu, ce personnage, Martin Dubreuil indique l’avoir un peu trouvé auprès de son beau-père Dominique Bhérer (le père de sa femme Claude, spécialiste en génétique des populations humaines), vétérinaire à Maniwaki.

« Sur le plateau, nous avons appris à bûcher avec un petit manuel. Mais j’ai aussi appris à bûcher avec Dominique à Maniwaki où il possède une terre, dit Dubreuil. Un de ses employés m’a aussi appris à ramasser les foins à l’ancienne avec une fourche et à utiliser une faux. En plus, mon beau-père est originaire de Saint-Félicien où nous avons tourné Maria. Je ne me suis pas du tout senti imposteur sur le plateau. »

Décidément, Martin Dubreuil, le gars de Rosemont, du Mile End et de l’île de Montréal, est de plus en plus chez lui à la campagne.

Soumissions sort en salle aujourd'hui.

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