Chronique

Nouvelle ruée vers l’or à Malartic

Malartic n’a pas fini de rouler sur l’or. La municipalité abitibienne, qui abritait déjà dans son centre-ville la plus importante mine d’or à ciel ouvert au Canada, accueillera à partir de 2023 la plus grosse mine aurifère souterraine au pays. La société Mine Canadian Malartic, en effet, entreprend d’investir 1,7 milliard sur sept ans dans son projet Odyssey, qui consiste à creuser un puits de près de deux kilomètres pour récolter plus de sept millions d’onces d’or d’ici 2039.

Il y a deux ans, j’étais allé voir sur place à Malartic comment se conjuguaient les activités d’extraction minière urbaine et la vie des habitants de la petite municipalité qui, au départ, n’avaient pas accueilli avec enthousiasme la mise en activité d’une mine à ciel ouvert tout près de chez eux.

En 2019, alors qu’on soulignait les 10 ans d’exploitation de la mine Canadian Malartic, l’acceptabilité sociale du projet était maintenant largement partagée par les résidants de la municipalité, qui s’accommodaient des mesures de mitigation mises en place par l’entreprise et la municipalité.

Ma visite coïncidait avec le début des travaux préparatoires en vue de l’exploitation d’un second gisement à ciel ouvert à la fosse Barnat, tout juste à côté de la première fosse Canadian Malartic. Au total, lorsqu’on aura terminé l’exploitation des deux gisements en 2028, ce sont plus de 10 millions d’onces d’or qui auront été prélevées au centre-ville de Malartic.

Durant mon passage, en juin 2019, j’avais brièvement rencontré Donald Gervais, le géologue responsable des activités d’exploration de Mine Canadian Malartic, qui réalisait à l’époque des forages en espérant trouver de nouvelles veines souterraines qui pourraient prolonger la vie industrielle du gisement. Il avait bon espoir, tout comme Serge Blais, directeur général de la société, de pouvoir exploiter le potentiel aurifère souterrain de la zone contiguë à la mine.

« C’est à l’automne 2018 qu’on a fait un forage qui démontrait des teneurs en or vraiment encourageantes. On a fait par la suite plus d’une dizaine de forages au diamant qui ont confirmé qu’on avait un gisement de catégorie mondiale. »

— Serge Blais

Selon lui, le potentiel du site est de 14 millions d’onces d’or, mais la société a préféré s’en tenir à une prévision prudente de 7 millions d’onces extractibles.

Tout au long de la dernière année, les équipes de Mine Canadian Malartic ont peaufiné les détails du projet Odyssey de construction d’une mine souterraine, qui ont été acceptés la semaine dernière par ses propriétaires, Yamana Gold et Agnico Eagle. Ils ont donné le feu vert à cet investissement de 1,7 milliard sur sept ans.

Autofinancé par l’or de Malartic

Alors que Mine Canadian Malartic récolte 1,1 gramme d’or par tonne de minerai extraite dans ses installations à ciel ouvert, la teneur moyenne en or du gisement souterrain est de 2,75 grammes par tonne.

« On prévoit produire 500 000 onces d’or par année à partir de 2028, et jusqu’en 2039, avec beaucoup moins de minerai extrait. On est pas mal certains qu’on va trouver d’autres zones minéralisées à mesure que l’on va progresser, qui vont permettre de prolonger davantage les activités de la mine », explique Serge Blais.

La nouvelle mine souterraine, située à 3 kilomètres à l’est de Malartic, n’entraînera pas les inconvénients du gisement à ciel ouvert. On va toutefois utiliser l’usine en place sur le site de Canadian Malartic pour traiter le minerai extrait dans le trou de 2 kilomètres de profondeur que l’on va creuser au cours des sept prochaines années, ce qui va réduire le coût des dépenses en capital.

« On va quand même investir de 600 à 700 millions pour bâtir la tour en béton de 90 mètres, les treuils et les équipements au-dessus du puits, et on va devoir investir encore de 600 à 700 millions pour creuser le puits, les galeries et la rampe d’accès à la mine qui va parcourir les 1800 mètres de profondeur », précise Serge Blais.

Enfin, Mine Canadian Malartic prévoit acheter pour plus de 200 millions de dollars d’équipements à la fine pointe de la technologie pour assurer les activités de la mine. Tous les travailleurs souterrains vont communiquer via un réseau mobile LTE, et les camions de 60 tonnes qui vont descendre au creux du puits seront des véhicules automatisés.

Et la beauté de l’opération, c’est que le projet Odyssey va se financer à même les liquidités que génère Mine Canadian Malartic avec sa production à ciel ouvert de 700 000 onces d’or par année.

Actuellement, Mine Canadian Malartic emploie 2000 personnes avec sa mine à ciel ouvert, et cette main-d’œuvre aurait été appelée à diminuer sensiblement au fil des ans. La construction de la mine Odyssey va occuper de 200 à 500 personnes par année jusqu’en 2028. Au plus fort des activités de la mine souterraine, les effectifs prévus de la mine Odyssey seront de 1500 travailleurs spécialisés.

Il y a cinq ans, Mine Canadian Malartic pensait fermer son site lorsqu’on arriverait à la fin de son exploitation possible, en 2027-2028, parce que plus on creuse dans la fosse, moins on peut extraire de minerai. Mais là, c’est une nouvelle partie qui commence avec la mise en activité prochaine de la plus grosse mine aurifère souterraine au Canada, et Malartic pourrait rouler sur l’or encore de nombreuses années.

Secteur minier

Barrick veut verser 750 millions US à ses actionnaires

Barrick Gold a indiqué jeudi qu’elle voulait faire cette année un paiement exceptionnel de 750 millions US (951 millions CAN) à ses actionnaires dans le cadre d’un remboursement de capital. La société aurifère de Toronto a précisé que sa proposition de distribution, de 42 cents US par action, proviendrait d’une partie des produits de son désinvestissement dans Kalgoorlie Consolidated Gold Mines, qui a eu lieu en novembre 2019, et d’autres dispositions récentes. Le paiement, qui devra être approuvé par les actionnaires, serait effectué en trois versements égaux et s’ajouterait aux dividendes réguliers de l’entreprise. Barrick a par ailleurs affiché jeudi un profit de 2,32 milliards US, soit 1,31 $US par action, pour son exercice 2020. Ce résultat se comparait à un profit de 3,97 milliards US, ou 2,26 $US par action, pour l’exercice précédent. — La Presse Canadienne

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