CANOË-KAYAK

« Je me suis fait mener en bateau »

La canoéiste Laurence Vincent Lapointe affirme avoir trouvé la source de son test antidopage positif : un échange de fluides corporels avec son ex-conjoint.

Laurence Vincent Lapointe connaît déjà la décision de la Fédération internationale de canoë (ICF) quant à sa culpabilité par rapport au test antidopage positif qu’elle a subi l’été dernier.

Elle la commentera pour la première fois ce lundi dans des conférences de presse à Trois-Rivières et à Montréal, quelques heures après l’annonce officielle de l’ICF, qui doit tomber à 8 h.

La canoéiste de 27 ans a cependant déjà dévoilé comment le ligandrol, une substance interdite par le Code mondial antidopage, s’était retrouvé dans son organisme.

Dans un long reportage diffusé dimanche après-midi par Radio-Canada, elle affirme que le produit lui a été transmis par son ex-conjoint dans un échange de fluides corporels.

Accompagné de son avocat Adam Klevinas, Vincent Lapointe a exposé cette défense devant le comité antidopage de l’ICF lors d’une audience à Lausanne le 9 décembre. Plaidant son innocence, la multiple championne mondiale a réclamé l’arrêt immédiat de sa suspension provisoire en vigueur depuis le 13 août.

Vincent Lapointe affirme que son conjoint à l’époque du test positif aurait, à son insu, consommé un produit, le SR9011, qui contenait une grande quantité de ligandrol, sans que l’étiquette en fasse mention.

Une analyse de cheveux a mené Me Klevinas sur cette piste, a-t-il expliqué à Radio-Canada. Un expert français l’a d’abord contacté pour lui offrir d’analyser une mèche de l’athlète de Trois-Rivières. Cet examen permettrait de déterminer la quantité de ligandrol présente dans son organisme sur une période de plusieurs mois. Les résultats se sont avérés négatifs.

« Ça veut dire qu’elle a été exposée une seule fois [au ligandrol]. Pour nous, c’était la première étape pour démontrer qu’elle était innocente. Qu’elle n’a rien pris de façon intentionnelle ou volontaire. »

— Adam Klevinas, avocat de Laurence Vincent Lapointe, à Radio-Canada 

Il fallait quand même déterminer l’origine du ligandrol trouvé dans son urine lors du prélèvement du 29 juillet, sans quoi Vincent Lapointe s’exposait à une suspension minimale de deux ans.

Une analyse subséquente des cheveux de l’ex-conjoint, par le même expert, aurait permis de découvrir la présence de ligandrol entre avril et octobre 2019.

THÈSE DU Transfert par des fluides corporels

Un pic durant la période du test positif a attiré l’attention de Me Klevinas. Vincent Lapointe dit alors avoir confronté son ex-copain, qui a sorti cette bouteille de SR9011, un anabolisant dans la même famille que le ligandrol. Celle-ci a été testée par un laboratoire accrédité par l’Agence mondiale antidopage (AMA), qui a trouvé « beaucoup » de ligandrol, aux dires de l’avocat.

Ce dernier a ensuite confronté l’ex-conjoint, qui a admis avoir consommé le produit avant un entraînement le 25 juillet, soit quatre jours avant que les contrôleurs ne visitent l’athlète au Bassin olympique de Montréal.

« Là, je me rends compte de l’ampleur de la trahison. Je me rends compte à quel point je me suis fait mener en bateau, littéralement. »

— Laurence Vincent Lapointe, à Radio-Canada

L’ancien conjoint aurait « bloqué complètement » en apprenant le test positif de Vincent Lapointe au mois d’août, selon Me Klevinas : « En même temps, il ne savait pas. Lui s’est dit : “moi, je prends un stéroïde et Laurence teste positif pour du ligandrol”. Il s’est dit, “ce n’est pas ça, ce n’est pas la même substance”. »

Un expert consulté par le clan Vincent Lapointe a conclu que le transfert par des fluides corporels (salive, sueur ou sperme) était « l’explication la plus probable » de la présence du ligandrol dans l’organisme de la canoéiste. Une quantité de 0,004 ng/ml a été décelée dans ses urines, a révélé Radio-Canada.

À partir de là, Me Klevinas fait valoir que ces « circonstances exceptionnelles » témoignent de l’absence de faute ou de négligence de sa cliente. Il réclame donc, comme le règlement 10.4 du Code l’autorise, une élimination de la période de suspension en dépit de la violation des règles antidopage.

« Ce qu’on a demandé au comité, c’est que la suspension provisoire de Laurence arrête aussitôt qu’ils rendent une décision » a-t-il résumé.

Espoir de se rendre à Tokyo

Au moment de l’entrevue, Vincent Lapointe, qui a même passé avec succès un test polygraphique en octobre, gardait espoir de participer aux Jeux olympiques de Tokyo, où le canoë féminin fera ses débuts. L’événement s’ouvre dans 179 jours.

« Est-ce que je vais être aux Jeux olympiques ? Je n’abandonne pas l’espoir d’y être. Depuis le début, je pense que je vais y être. »

Soutenue tant par Canoë Kayak Canada que par l’organisme privé B2Dix, Vincent Lapointe représentait l’un des plus beaux espoirs canadiens de médaille d’or au moment de son contrôle positif.

Exclue des derniers Mondiaux en Hongrie en raison de sa suspension, la Québécoise devra partir de zéro aux essais nationaux de l’équipe olympique, si elle est autorisée à y participer, du 16 au 19 avril, à Gainesville, en Géorgie.

En C-1 200 m, une épreuve pour laquelle elle détient sept titres mondiaux, la gagnante des deux finales obtiendra sa sélection. En cas d’égalité, une course de barrage sera nécessaire. En C-2 500 m, le Canada tentera de qualifier un bateau le mois suivant au Brésil.

Si la fédération internationale a blanchi Vincent Lapointe, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport et l’Agence mondiale antidopage auront 21 jours, après réception du dossier complet, pour faire appel devant le Tribunal arbitral du sport. L’athlète dispose du même recours si elle n’est pas satisfaite du résultat.

Après un report de la décision annoncé le 8 janvier, Vincent Lapointe est partie s’entraîner seule en Floride. Elle est revenue au Québec samedi, une journée après avoir reçu la réponse de l’ICF qu’elle commentera donc lundi. Un camp d’entraînement de l’équipe canadienne s’ouvre aujourd’hui en Floride.

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