Chronique

Le plaisir du réconfort cheap

J’ai regardé un très mauvais bon film de Noël sur Netflix mercredi soir. Il mettait en vedette la Dre Arizona Robbins, de Grey’s Anatomy, un surfeur australien aux mèches blondes et la fille qui joue dans tous les American Horror Story.

Le scénario ? Super prévisible. Le jeu des acteurs ? Vraiment moyen. Le budget de production ? Celui d’un téléfilm campé à Chicago, mais tourné à Atlanta – bonjour les crédits d’impôt – avec trop de neige artificielle et une brume suspecte.

Ça s’appelait Holidate (Le cœur à la fête, en version française) et honnêtement, c’est le type de divertissement ultra-léger, qui allège une semaine grise de novembre. Du réconfort cheap, très cheap, mais efficace.

Ces comédies romantiques des Fêtes, copiées sur celles de la populaire chaîne Hallmark, pullulent sur toutes les chaînes et plateformes actuellement. Leur popularité gonfle d’année en année, comme un bonhomme de neige du Costco qui nécessite un moteur d’avion pour garder ses formes dodues.

Souvent, ces films portent des titres à jeux de mots : Holidaze, It’s Christmas, Carol ! ou The Knight Before Christmas. Déjà, ils marquent des points. Et l’histoire emprunte toujours les mêmes détours, pour culminer le soir de Noël, où le personnage le plus cynique redécouvrira le véritable sens de ces célébrations.

En tant qu’expert autoproclamé du genre, je reproduis ici un canevas d’histoire qui s’applique à 90 % de ces bluettes, en excluant les trucs de princesses de royaumes imaginaires.

Alors, voici. Une jeune professionnelle urbaine, qui porte un long manteau de laine et une tuque funky, se décarcasse au travail dans (une agence de relations publiques ou un magazine de mode). Son fiancé banquier la néglige et, vilain garçon, la trompe avec celle qu’elle croyait être sa meilleure amie de brunch/magasinage.

Épuisée et nostalgique à l’approche du 25 décembre, car sa mère est morte cette année, notre jeune professionnelle urbaine quitte (New York, Boston ou Chicago) pour se réfugier dans le coin pittoresque où elle a grandi (pensez au Vermont ou à tout autre endroit où il y a un gazebo dans un parc).

Sur place, un géant mondial menace de faire fermer (le café, la ferme de sapins ou l’auberge) du village. Jeune professionnelle urbaine, qui connaît la jungle des entreprises, oh oui, reprend le commerce et repousse l’ennemi !

Dans sa croisade contre l’hégémonie des grandes enseignes, jeune professionnelle (de moins en moins) urbaine croise un ancien camarade du secondaire, qui exerce un métier manuel. Ah oui, cet ami, pour qui elle a déjà eu le béguin, est veuf et élève seul ses deux enfants. Étincelle dans l’air.

Évidemment, le fiancé banquier débarque à (petite ville charmante) en limousine pour ramener notre héroïne en ville – et à la réalité, voyons. C’est à ce moment que le bûcheron/vigneron/forgeron du secondaire surprend les deux ex-amoureux et pense qu’il fêtera encore Noël avec le fantôme de sa femme.

Mais ne sous-estimez pas jeune professionnelle (maintenant campagnarde). Sous les flocons, elle comprend que sa vie est dorénavant ici, entourée de gens simples aux bonnes valeurs. Elle se rue chez ami du secondaire et l’embrasse sur les 12 coups de minuit. Générique de fin.

Après ces films sucrés à la canne de Noël, Netflix s’attaque au marché des téléséries du même type avec Dash & Lily, offerte en anglais et en français depuis le 10 novembre. C’est une production à la Hallmark, mais pour la génération Z et scindée en huit épisodes de 30 minutes. Ça s’engloutit d’une traite. C’est mignon et sans prétention.

Dash et Lily, campés par des acteurs de 24 et 26 ans, sont deux « adolescents » de 17 ans qui vivent à New York. Dash, un jeune Scrooge, déteste Noël, tandis que Lily, grande romantique, en pince pour les lumières, les sapins et tout le tralala-la-la-la-la.

Alors qu’il bouquine dans une libraire de Manhattan, Dash découvre un mystérieux carnet rouge rempli d’indices. Tiens, tiens. C’est Lily, à la recherche d’un prince charmant cultivé, qui a concocté cette chasse au trésor avec l’aide de son frère gai.

Les deux ados, qui ne se connaissent pas, échangeront secrets et confidences dans ce carnet rouge, qu’ils cacheront partout dans la ville. Tout les sépare sauf leur amour des livres.

Après quelques épisodes, vous connaissez la recette, Dash et Lily décident de ranger la plume et de se rencontrer en vrai. Lily n’a jamais embrassé de garçon ou de fille, bienvenue en 2020, alors que Dash sort d’une relation houleuse.

Évidemment, des malentendus gâcheront ce premier rendez-vous. Mais, mais, il y a l’esprit des Fêtes, il y a le destin et il y a l’amour des livres, qui ne meurt pas !

Bien sûr, c’est cucul, prévisible et fleur bleue. Reste que parfois, ça fait du bien de donner congé à son Grinch intérieur.

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