Entrevue éditoriale avec La Presse

Blanchet craint un taux de participation « famélique »

Même s’il espère se tromper, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, craint que le taux de participation baisse « dramatiquement » le 20 septembre, vu la « dose de cynisme épouvantable » qu’a causée le déclenchement d’élections en pleine pandémie. En entrevue éditoriale avec La Presse, il dit aussi reconnaître que le troisième lien était un « piège » qu’il aurait dû éviter.

« C’est ma pire crainte », a indiqué M. Blanchet lors d’une longue entrevue avec l’équipe éditoriale de La Presse jeudi, au sujet du taux de participation, qui pourrait baisser « dramatiquement » selon lui. Le bloquiste affirme qu’il ne peut « se résoudre au cynisme d’essayer de trouver un avantage stratégique dans le déclenchement [d’élections] où le taux de participation pourrait être famélique ». « C’est irresponsable à l’endroit de la démocratie. Quand tu es rendu que tu utilises le discrédit de la démocratie comme arme politique, on a un grand problème », dit-il.

M. Blanchet n’a pas tardé à décocher des flèches vers Justin Trudeau, qui a déclenché les élections alors qu’il restait deux ans au mandat de son gouvernement minoritaire. « Quand on a un taux de participation qui avoisine les 50 %, qu’on déclenche une campagne électorale au mois d’août en disant qu’il y a une urgence et qu’il faut gérer la pandémie, et que le lendemain on fait des selfies la face collée sur quelqu’un qu’on ne connaît pas, on n’envoie pas un message cohérent », s’est-il indigné.

« On désengage les gens, on leur donne une dose de cynisme épouvantable par rapport à la chose politique et on les invite à se dire : “Ne vous occupez pas de cette campagne-là, on la fait au moment où vous n’écouterez pas.” »

— Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Ses déclarations surviennent alors que le vote par anticipation commence ce vendredi au Canada. Les demandes pour voter par la poste seront acceptées jusqu’à mardi, 18 h. Jusqu’ici, Élections Canada rapporte avoir envoyé un peu plus de 726 000 « trousses de vote » aux électeurs.

Neuf des dix secteurs où le plus grand nombre ces trousses a d’ailleurs été envoyé se situent en Colombie-Britannique, où environ un tiers des électeurs avaient voté par la poste en octobre 2020. « Dans les prochains jours, je vais énormément parler de vote par anticipation, affirme Yves-François Blanchet. C’est une tendance lourde qui se développe. Ça permettrait de réduire la densité de la présence de gens dans les lignes de vote le 20 septembre, pour avoir un taux de participation qui pourrait rester, je l’espère, acceptable. » Il votera lui-même par anticipation ce vendredi.

Le « piège » du troisième lien

Avec le recul, le chef du Bloc reconnaît qu’il aurait dû voir venir le « piège » que pouvait représenter pour lui le troisième lien. En s’avançant sur le fait que le projet pouvait être « écologique », M. Blanchet a en effet suscité toute une controverse au sein de son parti et au Québec, notamment dans les rangs péquistes.

« Quand il y a un grand trou avec trois feuilles en avant de moi, je sais que c’est un piège. J’aurais dû y penser il y a trois semaines », a d’abord insisté le principal intéressé en entrevue. Il affirme s’être fait « gosser solide » pour se prononcer.

« Ça finit par te chatouiller l’orgueil […]. Dans un point de presse, on ne veut pas de nuances, on veut un oui ou un non, mais la réalité ne se résume pas toujours à un oui ou un non. J’aurais dû voir les trois feuilles et le trou. Si ça a nourri le débat et la réflexion, tant mieux. J’ai soigné mes bleus », a-t-il ensuite ajouté, en disant avoir tiré des « apprentissages » de cet épisode.

« Cela dit, je n’ai jamais appuyé le troisième lien, j’ai dit que ça pourrait avoir un potentiel écologique. »

— Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Yves-François Blanchet ne cache pas que le style de campagne très agressif suscite parfois un certain malaise chez lui. Il dit avoir du mal avec le format de « petite campagne, de combat de coqs ». « La seule affaire qui compte, ce n’est pas qu’on a eu de bonnes idées, qu’on a débattu du contenu, mais bien s’il y a quelqu’un qui a knocké l’autre. Le premier point soulevé après les débats, c’est qu’il n’y a pas eu de knock-out. Mais on s’en fout ! Ça devrait être : est-ce qu’on a mieux connu les gens sur le plateau ? », affirme-t-il.

« Un de mes grands défauts, et ils sont nombreux, c’est que parfois, souvent, tout le temps, je parle trop. Et ça me rend inconfortable dans le format du discours politique. Je suis capable de faire la phrase cinglante, de répondre en quelques caractères sur Twitter, de donner une tape derrière la tête, mais je n’aime pas ça », avance le chef, qui aimerait avoir l’occasion d’avoir plus de « longues discussions sur le contenu ». « Non seulement je ne les crains pas, mais j’aime ce bout-là de la politique. »

Ce qu'il a dit sur...

La souveraineté 

« Si on était dans un élan qui nous amène vers un référendum sur l’indépendance dans deux ans, je dirais : mettez-moi un gouvernement majoritaire libéral et on va se pogner, on va parler d’indépendance. Mais ce n’est pas la tendance. »

Erin O’Toole 

« On le voit réussir tant bien que mal à contrôler son aile conservatrice sociale de l’Ouest. Imaginez, dans un gouvernement majoritaire où il ne contrôle pas son caucus, la volée que les valeurs québécoises vont manger. Ce serait très nuisible. »

François Legault 

« C’est normal qu’il [n’interpelle pas le Bloc]. Quand on regarde une game de hockey, on n’interpelle pas l’arbitre. »

Maxime Bernier 

« J’attribue la montée toute relative de son parti à la détresse. Il y a des gens qui décrochent, il y a des gens qui ne se reconnaissent pas, qui n’ont pas confiance dans les institutions publiques et donc, qui imaginent des conspirations toutes plus intenses les unes que les autres. »

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