Kosovo

La gestion des plaques d’immatriculation fait monter la tension

L’Union européenne, les États-Unis et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) s’alarment de la possibilité qu’un différend entre le Kosovo et la Serbie relativement à l’administration des plaques d’immatriculation de véhicules ne mène à une « escalade de violence ».

La montée de tension est la plus récente manifestation de la guerre de souveraineté ayant découlé de la déclaration unilatérale d’indépendance de l’ex-province serbe, faite en 2008, que Belgrade refuse toujours de reconnaître.

Une part importante des 50 000 Serbes vivant dans le nord du Kosovo rejettent l’autorité du gouvernement en place à Pristina et sont encouragés en ce sens par le président serbe, Aleksandar Vucic.

Environ 10 000 automobilistes de la région conservent des plaques d’origine serbe datant de l’époque précédant la déclaration d’indépendance, survenue dix ans après la fin de la guerre du Kosovo.

Le premier ministre kosovar, Albin Kurti, avait suscité une levée de boucliers côté serbe en annonçant l’introduction d’un plan visant à forcer leur remplacement progressif par des plaques émanant de Pristina.

Des centaines d’employés municipaux, de policiers, de juges et de procureurs serbes ont démissionné il y a quelques mois dans le nord du Kosovo pour souligner leur indignation, augmentant les risques d’affrontements.

Amendes et saisie de véhicules

Le plan en question prévoyait l’imposition à compter de mardi d’amendes aux conducteurs récalcitrants et la saisie des véhicules toujours non conformes à partir d’avril 2023.

Sous forte pression internationale, le dirigeant kosovar a finalement accepté de repousser l’introduction des amendes de 48 heures afin de poursuivre la recherche d’une solution négociée. Il a précisé qu’il était heureux de pouvoir « travailler avec l’UE et les États-Unis à ce sujet ».

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, s’était alarmé de la situation lundi à l’issue de pourparlers tenus en urgence à Bruxelles.

Il a indiqué que les deux camps avaient affiché un « manque complet de respect pour leurs obligations internationales » et devraient porter la responsabilité de tout affrontement tandis que Washington insistait sur la nécessité de préserver la paix « durement acquise » dans la région.

« L’enfer sur terre »

M. Borrell a montré du doigt plus spécifiquement le premier ministre kosovar, qui insiste sur la nécessité de trouver une solution globale au conflit entre la Serbie et le Kosovo, en lui reprochant d’avoir refusé un compromis sur les plaques d’immatriculation apparemment accepté par le président serbe.

Ce dernier avait prévenu que ce serait « l’enfer sur terre » si les autorités kosovares cherchaient à imposer les amendes.

L’OTAN, qui dispose d’une force d’intervention de 3700 soldats au Kovoso, s’est aussi alarmée de la situation. Le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a insisté sur la nécessité de trouver des « solutions pragmatiques » à la crise.

Un autre épisode de tensions similaire était survenu récemment relativement à l’utilisation de documents de voyage entre le Kosovo et la Serbie.

Srdja Pavlovic, spécialiste des Balkans rattaché à l’Université de l’Alberta, note que le différend sur les plaques d’immatriculation est le plus récent incident « dans une longue série de confrontations » entre la Serbie et le Kosovo.

Les gouvernements de part et d’autre sont incapables de s’entendre pour normaliser leurs relations parce qu’ils seraient contraints de faire des compromis « politiquement coûteux et peu populaires », dit-il.

Le président serbe, souligne M. Pavlovic, est particulièrement réticent à toute concession sur le statut du Kosovo et cherche plutôt à susciter un mouvement sécessionniste dans sa partie nord.

Les points de friction avec Pristina servent, note le chercheur, à nourrir du côté serbe un « narratif politique nationaliste » dépeignant Aleksandar Vucic comme un patriote déterminé à tout faire pour protéger une partie « sacrée » du pays face aux ambitions de la majorité albanaise du Kosovo.

Le gouvernement d’Albin Kurti cherche pour sa part, note M. Pavlovic, à imposer ses lois de manière uniforme sur le territoire de l’ex-province serbe, mais doit composer ce faisant avec la menace d’une nouvelle partition.

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