Dans le nuage au FTA

Portrait de l’humanité pour la postérité

En 1977, l’astrophysicien américain Carl Sagan et des collaborateurs envoyaient dans l’espace deux disques d’or sur lesquels ils avaient encodé des sons et des images de la Terre qu’ils souhaitaient faire partager au reste de l’univers. Près de 45 ans plus tard, deux créateurs québécois s’interrogent : quel portrait de l’humanité voudrions-nous laisser si l’expérience se répétait aujourd’hui ?

Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais, qui nous ont donné l’étonnant Siri au Festival TransAmériques en 2016, reviennent avec Dans le nuage (première mouture), création commune qui soulève des questions sur notre rapport à la technologie, mais surtout, sur ce qui constitue les fondements de l’humanité en cette période troublée.

Les deux artistes l’avouent d’emblée : l’histoire du célèbre Golden Record et de son message destiné aux extraterrestres les fascine. « L’époque, d’abord, est fascinante, lance Maxime Carbonneau. On était en pleine ère de l’exploration spatiale ; c’était la première fois que l’homme quittait la Terre pour voyager vers d’autres astres. Puis, il y a ce message destiné aux extraterrestres, qui appartient presque à la science-fiction. Le président américain y a laissé un discours, comme le secrétaire général des Nations unies de l’époque. La démarche était très sérieuse... »

Laurence Dauphinais ajoute : « C’était une période magnifique où, pour la première fois, l’homme n’était plus au centre de l’univers. On avait sorti Dieu du ciel... »

« C’est à cette époque que l’humanité a pleinement réalisé sa place insignifiante dans l’univers et le miracle d’avoir cette planète pleine de vie. »

— Laurence Dauphinais

« L’équipe qui a travaillé autour du projet est aussi fascinante, ajoute- t-elle. Ses membres ont vécu beaucoup de choses ensemble, dont un quatuor amoureux. »

Un volet interactif

Comme prologue à ce spectacle porté sur scène par cinq comédiens, tous les détenteurs de billets ont reçu un lien qui leur permettra d’en apprendre davantage sur les projets spatiaux Pioneer et Voyager, ainsi que sur le Golden Record. Surtout, le public sera invité à voter sur le contenu qui devrait se trouver sur un pareil disque si celui-ci était lancé aujourd’hui. « L’anonymat des participants est conservé, mais certaines réponses du public seront intégrées au spectacle », explique Laurence Dauphinais.

Pour les cocréateurs, il est évident que le message de 1977 n’est plus représentatif de l’humanité du XXIsiècle. « Aujourd’hui, notre peur de la disparition n’est plus liée à la guerre froide, mais aux changements climatiques », estime Laurence Dauphinais.

« De plus, il serait impensable qu’un petit groupe d’Américains blancs se charge de faire seul ce message », ajoute son compagnon de création. « Ce spectacle nous permet de réfléchir à ce qu’est l’humanité, à trouver nos points communs. Avant de communiquer avec les extraterrestres, il faut arriver à se projeter dans une figure commune. Mais est-ce possible avec la fragmentation de l’identité et la réaffirmation de certaines cultures auxquelles on assiste en ce moment ? Qu’est-ce qu’on voudrait mettre sur ce disque qui va parler en notre nom à tous ? »

« Avec ce spectacle, nous souhaitons aussi remettre le beau de l’avant et parler de l’humain d’une façon positive, plutôt que de continuer à répéter que l’humanité a échoué », dit Laurence Dauphinais.

Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, du 7 au 11 juin

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