Kyle Okposo

Un appui pour Price et Drouin

Buffalo — La scène se passe à Montréal, cet été. C’est au camp BioSteel, auquel participent des joueurs de la LNH qui se préparent pour la saison à venir.

C’est là que Kyle Okposo croise Jonathan Drouin. « J’ai simplement demandé à Jonathan comment il allait, a raconté l’attaquant des Sabres de Buffalo. Il a dit qu’il allait bien. Je lui ai dit : “Non, non, comment ça va ?” Et on a parlé pendant environ une heure. »

La conversation n’est pas banale, parce que s’il y en a un qui peut comprendre un joueur qui a besoin d’une pause pour se refaire une santé mentale, c’est bien Okposo. Au printemps 2017, le vétéran de 33 ans s’est rendu à l’hôpital pour comprendre pourquoi il était si fatigué et perdait du poids. Il a abouti aux soins intensifs.

Comme Drouin l’a fait quand il a parlé de ses problèmes de sommeil et d’anxiété à RDS et à TVA Sports, Okposo s’est ouvert sur ce qu’il a vécu. Dans son cas, ça a commencé par une lettre aux partisans des Sabres en juillet 2017.

Alors dans les circonstances, Drouin et Okposo avaient de quoi alimenter une conversation…

« Je vais garder entre nous ce qu’il m’a dit, mais pour ma part, je lui ai raconté ce que j’avais vécu. J’ai essentiellement eu un épisode de psychose et de paranoïa. Je ne dormais pas, je faisais de l’insomnie, j’ai été hospitalisé pendant huit semaines. Jonathan n’avait aucune idée que j’avais vécu ça. »

— Kyle Okposo

« Il n’avait pas encore parlé publiquement au moment de notre conversation. Je suis vraiment content qu’il ait témoigné de son expérience, afin d’aider des gens », a dit Okposo.

« C’est un Québécois et je suis sûr que ça a permis d’ouvrir les yeux des gens à sa réalité, à la pression à laquelle il fait face. Ça peut l’aider dans son cheminement lui aussi. Je suis content de voir où il est rendu maintenant et qu’il a pris du temps pour lui-même. »

Depuis son terrifiant incident, Okposo prend la cause de la santé mentale à cœur. Il s’est impliqué avec JustTellOne.org, une initiative qui vise à sensibiliser les jeunes à parler de leurs problèmes de santé mentale.

Et le simple fait qu’il ait accepté la demande d’entrevue de La Presse en dit long sur son engagement. Les vestiaires des équipes de la LNH n’ont pas encore rouvert aux journalistes, donc on ne peut plus simplement héler un joueur à sa sortie de la patinoire. Dans ce cas-ci, le relationniste des Sabres lui a transmis notre demande et quelques minutes plus tard, Okposo nous attendait pour l’entrevue.

« C’est quelque chose dont je suis plus conscient depuis quelques années. Je sais qu’on ne se connaît pas si bien que ça, mais les conversations que j’ai ne sont jamais en surface », a-t-il expliqué.

« Je veux simplement m’assurer que tout le monde soit correct. Si quelqu’un a besoin de parler et que je sens que je peux donner des conseils, je vais le faire. Je suis fait comme ça. C’était rafraîchissant pour moi de parler à Jonathan, de m’assurer qu’il allait, et j’espère que c’était la même chose pour lui. »

Du respect pour Price

Après Drouin le printemps dernier, c’est au tour de Carey Price de mettre le hockey en veilleuse cet automne. On ignore encore la cause exacte, mais sa conjointe a évoqué la santé mentale sur ses réseaux sociaux.

Okposo n’a pas encore parlé à Price depuis l’annonce. « Mais j’aimerais avoir une conversation avec lui quand il reviendra. »

« Je l’affronte depuis longtemps, je l’ai rencontré quelques fois et il me semble être un des meilleurs gars. Je suis vraiment content qu’il ait le courage de prendre le temps dont il a besoin. Ce n’est pas facile à faire. Quand tu joues à Montréal, au Canada, il y a beaucoup de pression de l’extérieur, car le hockey est une religion et les gens vivent pour ça. Je comprends et je respecte ça. Qu’un gars de son statut dise qu’il a besoin de temps, ça mérite d’être souligné. »

La pause de Carey Price a marqué les esprits, non seulement en raison de son statut dans la LNH, mais aussi parce qu’il dégage depuis longtemps l’image d’un joueur qui maîtrise parfaitement ses émotions. Un joueur que rien n’atteint, si ce n’est des rondelles.

« Que tu sois un joueur de la LNH et un gars qui travaille de 9 à 5, nous sommes tous pareils et c’est ce qu’on voit avec Price, a avancé Okposo. Beaucoup d’entre nous sont comme des canards : en surface, tout semble en contrôle, mais sous l’eau, on pédale et personne ne le remarque.

« On ne parle pas encore assez de santé mentale, mais les conversations commencent. Carey est une supervedette du hockey. Savoir qu’un gars comme lui, qui semble calme et en contrôle, ne se sent pas toujours comme ça à l’intérieur, ça va donner du courage à de nombreuses personnes de raconter leur histoire, de demander l’aide qu’ils ne sont pas capables d’aller chercher depuis longtemps. Bravo à Carey. »

Don Granato

Mission (presque) impossible

Buffalo — Sur papier, les Sabres de Buffalo pourraient former cette saison une des pires équipes de l’histoire récente de la LNH ? Mais le tout sera-t-il supérieur à la somme de ses parties ? C’est le défi de Don Granato.

Par où commencer ? Prenez l’avantage numérique. On y retrouve Jeff Skinner, marqueur de 40 buts il y a 3 ans, en chute libre depuis. Il n’a inscrit que 14 points la saison dernière. À ses côtés, les jeunes Casey Mittelstadt et Tage Thompson, espoirs prometteurs qui n’ont pas encore atteint leur potentiel. Mittelstadt a amassé 22 points en 41 matchs la saison dernière, mais il doit maintenant confirmer sa progression.

On arrive ensuite à Victor Olofsson, agréable surprise de 2019-2020 (42 points en 54 matchs), mais qui a grandement souffert de l’absence de Jack Eichel à la fin de la saison dernière. Il a conclu sa deuxième campagne avec 32 points en 56 sorties.

À la pointe, Rasmus Dahlin chapeaute tout ce monde. Attendu comme le meilleur défenseur de sa génération quand il a été repêché au tout premier rang en 2018, le Suédois a vu sa production chuter à 23 points la saison dernière.

Ça, c’est la première vague de l’avantage numérique. La deuxième vague est composée de joueurs qui n’ont probablement pas été repêchés très tôt dans votre pool : Rasmus Asplund, Jacob Bryson et Colin Miller, pour ne nommer qu’eux.

Vous l’aurez compris, l’absence d’Eichel, en attente d’une transaction et d’une opération au cou, se fera sentir offensivement.

« On ne compte pas sur un ou deux gars pour transporter l’équipe. Ça va prendre les 20 gars. J’ai fait partie d’équipes qui n’avaient pas de grande vedette. C’est fou à quel point un groupe peut être puissant quand il se met à y croire », a observé le gardien Craig Anderson, après l’entraînement de mercredi, à la veille du premier match de la saison des Sabres, contre le Canadien.

Un mal pour un bien ?

Si c’est bel et bien une saison de misère qui attend les Sabres, il faudrait le dire aux joueurs, car ça ne paraissait pas à l’entraînement.

Rarement a-t-on vu un groupe aussi exubérant. Plusieurs exercices étaient organisés sous forme de compétition. L’exercice de l’avantage numérique, au lieu d’être fait strictement en zone offensive, se tenait sur l’ensemble de la surface de jeu, et le groupe qui attaquait à cinq avait même un gardien. C’est d’ailleurs l’infériorité numérique qui a marqué les deux premiers buts ! Chaque fois, les cris de joie fusaient.

Idem pour cet exercice de jeu à trois contre trois en espace restreint, qui se déroulait dans le cercle des mises en jeu, avec un but à chaque extrémité du cercle.

« On est plus jeunes, les gars aiment passer du temps ensemble. On s’amuse, on aime compétitionner les uns contre les autres. »

— Rasmus Dahlin

En fait, c’est à se demander si l’absence d’Eichel aura des effets positifs sur le moral des troupes. C’est impossible à juger de l’extérieur, mais il y avait visiblement de la friture sur la ligne entre l’organisation et son prodigieux attaquant, ce qui devient manifeste avec la saga de la blessure au cou. Or, Eichel était aussi le capitaine des Sabres. Bonjour l’ambiance…

Dahlin n’est pas dupe. Eichel est « probablement l’un des meilleurs joueurs de la LNH. Il va nous manquer », a affirmé le jeune défenseur. Mais le lien entre les joueurs semble fort.

« On bloque des tirs pour le gars à côté de nous, a ajouté Dahlin. Nous avons du bon leadership, de bons gars. Tout le monde est humble. Nous voulons tous travailler les uns pour les autres et nous sommes amis à l’extérieur de l’aréna aussi. »

Reste maintenant à voir comment le mélange prendra une fois que les matchs compteront. La saison dernière, Ralph Krueger avait été congédié de son poste d’entraîneur-chef au milieu d’une séquence de 18 défaites (comme dans dix-huit).

C’est donc en pleine catastrophe que Don Granato a pris les commandes du club. Une fois cette séquence terminée, les Sabres ont montré une fiche respectable de 9-11-2, ce qui leur a valu le 20rang de la LNH entre le 17 mars et la fin de la saison.

Dans les circonstances, ils ne peuvent que surprendre.

Le doyen devant le filet ?

Don Granato n’a pas voulu confirmer l’identité de son gardien partant pour jeudi, mais les confrères de Buffalo s’attendent à ce que Craig Anderson obtienne le départ. À 40 ans, et après avoir joué seulement quatre matchs en saison et deux autres en séries en 2021, Anderson n’a pas le profil du gardien numéro 1 typique, même qu’il est le gardien le plus âgé de la LNH. Mais n’oublions pas que son auxiliaire est nul autre que Dustin Tokarski, qui a fait un retour dans la LNH la saison dernière après avoir passé les trois précédentes dans la Ligue américaine. Le gardien d’avenir des Sabres est Ukko-Pekka Luukkonen, mais le Finlandais amorcera sa saison dans la Ligue américaine.

une histoire de famille

Don Granato. Tony Granato. Cole Caufield. Brock Caufield. Paul Caufield. Non, ce n’est pas la version hockey d’Action Réaction. Ce sont plutôt les liens qui unissent les familles Granato et Caufield. En gros : Don Granato est le frère de Tony Granato. Ce dernier a dirigé Cole Caufield et son grand frère, Brock, chez les Badgers du Wisconsin au cours des dernières années. Et Paul Caufield, le paternel, a joué avec Don Granato chez les Capitols de Madison, dans la USHL. Jeudi soir, Don Granato verra Cole Caufield sur une glace de la LNH pour la première fois. « Je l’ai souvent vu jouer ! Je l’ai même vu jouer quand il était enfant, a-t-il souligné. Je suis les carrières de Cole et de Brock depuis longtemps. Je suis heureux de voir Cole dans la LNH. Mais je ne veux pas qu’il marque contre nous ! »

Qui veut assister au match ?

Rien à faire de votre jeudi soir ? Si vous habitez dans la région de Buffalo, il y a une belle option pas trop chère : assister au duel de jeudi entre le Canadien et les Sabres. Sur le site officiel de l’équipe, de nombreux billets étaient disponibles, à partir de 26 $ US. À notre grande surprise, il y avait même une flopée d’options pour acheter huit billets collés, dans une même rangée, que ce soit en revente ou carrément pour un premier achat. On devine ici l’effet combiné des insuccès répétés et de la pandémie. Voilà 10 campagnes de suite que les Sabres ratent les séries et lors de la saison 2019-2020, la moyenne des assistances était de 17 167 spectateurs, plutôt que les habituels 18 000 spectateurs d’il y a une décennie. La fermeture de la frontière terrestre ne doit pas aider non plus, surtout contre le Canadien, puisque de nombreux partisans du Tricolore qui habitent le sud de l’Ontario ne pourront pas assister au match. À moins de se farcir un trajet en avion via Detroit ou Newark… Bref, la réouverture prochaine de la frontière devrait permettre à l’équipe de souffler un peu.

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