Un débat terminé avant qu’il ne commence

On cherche toujours le moment qui a été déterminant dans un débat des chefs. Mais le débat de mercredi soir pourrait bien passer à l’histoire comme celui où cela était réglé avant même que cela commence.

Le débat commençait à 20 h, mais les conservateurs ont publié leur cadre financier deux heures plus tôt. Et le débat était pas mal terminé dès ce moment-là. Parce que la principale, sinon la seule, source d’économie proposée par le Parti conservateur du Canada était l’abolition du programme national de garderies.

Ce débat, qui s’adressait essentiellement aux Québécois et aux autres francophones du pays, allait se jouer sur les promesses électorales des partis qui auraient un effet direct sur les familles canadiennes.

Dans ce pays – hors du Québec – la garde d’enfants est devenue la principale dépense des ménages. Le Québec a choisi, il y a un quart de siècle, d’établir un réseau de centres de la petite enfance qu’il paie essentiellement seul. Les résultats sont éloquents, à commencer par l’augmentation du nombre de femmes qui se sont jointes au marché du travail.

Évidemment, en année électorale, on ne peut pas tenir pour acquis les engagements des partis. Mais il reste que le premier ministre du Canada a signé une entente formelle avec le premier ministre du Québec et aussi avec cinq autres provinces.

Mais il reste difficile de briser cette entente, très officiellement, le soir du débat des chefs, même si, bien entendu, cette entente n’avait pas été signée par le parti représentant l’Opposition officielle.

Le chef conservateur Erin O’Toole avait des explications à donner et c’est une omission qui risque de le suivre pour le reste de la campagne électorale.

Évidemment, les conservateurs avaient tout à fait le droit de ne pas accepter d’endosser une promesse électorale libérale. Mais il va leur falloir expliquer comment un système de crédit d’impôt va aider les familles de façon plus efficace que la création de places en garderie.

De même, M. O’Toole a souvent promis de réinvestir dans les soins de santé et dans les transferts aux provinces, mais en voyant son cadre financier, on ne voit guère d’investissement réel, au moins au cours du mandat du prochain gouvernement.

Ce ne fut peut-être pas le tournant du débat, mais ce pourrait bien être un tournant de la campagne électorale. L’explication de M. O’Toole pourrait devenir la question sur laquelle il devra s’expliquer pour le reste de la campagne.

Pour le reste, le débat aura généré des décibels, entre autres, quand M. Trudeau a défendu son droit de parler, comme Québécois, des enjeux qui ne touchent pas seulement les questions fédérales, mais aussi de ce qui se discute à l’Assemblée nationale. Des décibels, mais rien de vraiment nouveau.

Dans le contexte où il se pourrait bien que le prochain gouvernement soit, encore une fois, minoritaire, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a plutôt bien tiré son épingle du jeu dans l’ensemble du débat.

Mais il n’aura pas réussi à expliquer pourquoi les Québécois seraient nécessairement mieux servis avec un gouvernement conservateur, même si le Bloc détenait la balance du pouvoir. D’autant que l’option d’un gouvernement minoritaire n’est pas sur le bulletin de vote. C’est quelque chose qui arrive une fois qu’on a compté les votes et qu’un simple électeur ne peut pas influencer.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, aura été un peu plus présent dans ce débat que lors de celui de la semaine dernière. Mais il n’aura pas vraiment réussi à avoir un impact déterminant. Malheurement, M. Singh était capable de répondre à des questions, mais son niveau de français ne lui a pas permis de vraiment débattre.

Quant à la cheffe du Parti vert, Annamie Paul, il est difficile de voir ce que sa présence au débat aura réellement changé, même sur les questions qui touchent l’environnement, qui sont pourtant la raison d’être de son parti.

Un gagnant ? Sans doute pas. Mais celui qui devra donner des explications en cette fin de campagne est désormais bien plus le chef de l’opposition que le premier ministre sortant.

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