Wall Street

Si Biden part, un défi pour les spéculateurs misant sur Trump

Partira ? Partira pas ? Le suspense sur l’avenir de Joe Biden fait tache d’huile à Wall Street, où les spéculateurs transfèrent d’énormes sommes vers et depuis le dollar, les bons du Trésor et d’autres actifs qui seraient affectés par le retour de Donald Trump au pouvoir.

Le recalibrage des portefeuilles a commencé au lendemain du débat entre Donald Trump et Joe Biden – désastreux pour ce dernier –, qui a renforcé le sentiment que le démocrate de 81 ans est trop âgé pour un second mandat. Le marché obligataire, en particulier, était en feu, les rendements des bons du Trésor à 10 ans ayant bondi de 20 points de base dans les jours qui ont suivi.

À Las Vegas, jeudi, les parieurs misaient à 80 % sur l’abandon du président, tandis qu’à Wall Street, les investisseurs élaboraient à la hâte des plans d’urgence, au cas où le président jetterait l’éponge durant le long week-end du 4 juillet ou la semaine suivante.

Un gestionnaire de fonds qui a requis l’anonymat a indiqué qu’il abordait la période estivale en privilégiant le dollar et la dette à court terme pour se prémunir contre l’incertitude qui, croit-il, résulterait du retrait de M. Biden.

Mercredi, un article du New York Times avait soulevé la possibilité que le président Biden envisage d’abandonner. Aucun président n’a renoncé à briguer un second mandat depuis Lyndon Johnson en 1968, et il n’y a plus que quatre mois avant l’élection.

« Les marchés s’étaient déjà repondérés après le débat, alors les nouvelles des dernières 24 heures ont jeté de l’huile sur le feu », dit Gennadiy Goldberg, premier stratège en taux américains chez TD Securities à New York.

Selon la plupart des stratèges et analystes, l’élection de M. Trump, un républicain de 78 ans, stimulerait les transactions bénéficiant de facteurs inflationnistes comme un assouplissement de la politique fiscale et de protectionnisme : un dollar fort, des rendements obligataires plus élevés et des gains boursiers dans les banques, la santé et l’énergie.

Même à 16 000 km de là, à Sydney, c’est tout le monde sur le pont. Selon Rodrigo Catril, stratège à la National Australia Bank, « tout le monde » prépare sa stratégie boursière au cas où M. Biden abandonne.

« Qu’il reste ou qu’il parte, le marché parie que Trump va gagner », dit M. Catril. « Les démocrates ont l’air mal pris, coincés avec des choix très difficiles, aucun d’entre eux n’ayant de bonnes chances de faire mieux. »

Voici comment le facteur Trump se manifeste sur les marchés :

Le signal du dollar

Le dollar a déjà donné un indice de la réaction des marchés à la victoire possible de M. Trump : il s’est apprécié dans les heures suivant le débat. « Une victoire de Trump laisse présager une inflation plus élevée et un dollar plus fort », car il promet plus de tarifs et moins d’immigration, estime l’équipe de stratèges que dirige Joyce Chang, chez JPMorgan Chase & Co.

Le peso mexicain et le yuan chinois perdraient probablement de la valeur face au dollar.

La courbe des taux

Au lendemain du débat, les gestionnaires actifs dans le marché des bons du Trésor – qui pèse 27 000 milliards de dollars – ont acheté des obligations à plus court terme et vendu des obligations à plus long terme.

Morgan Stanley et Barclays PLC sont parmi les stratèges qui recommandent cette approche, invitant leurs clients à se préparer à une inflation qui perdure et à des rendements à long terme plus élevés sous M. Trump.

En deux jours à la fin de la semaine dernière, les rendements sur 10 ans ont bondi d’environ 13 points de base par rapport aux taux à 2 ans, soit la plus forte augmentation de l’écart entre taux courts et taux longs (« pentification ») depuis octobre.

D’autres signes annonciateurs de volatilité à court terme sur le marché du Trésor sont aussi apparus mercredi.

Les actions en hausse

La perspective que M. Trump soit élu a soutenu une myriade d’actions qui devraient profiter de ses positions sur l’environnement réglementaire, les fusions et les relations commerciales. Le marché dans son ensemble a progressé dans le sillage du débat.

La récente tendance électorale « a entraîné une hausse des actions, car les républicains sont considérés comme plus favorables aux entreprises », explique Tom Essaye, président et fondateur du Sevens Report.

Les assureurs UnitedHealth Group et Humana ainsi que les banques devraient bénéficier d’une réglementation plus souple. Les sociétés de cartes de crédit ont progressé grâce à l’optimisme suscité par M. Trump, notamment parce qu’on espère des modifications aux règles relatives aux frais de retard.

Même tendance dans le secteur de l’énergie, (Occidental Petroleum Corporation) et dans le secteur carcéral privé (GEO Group) : M. Trump est favorable au pétrole et prône plus de sévérité en matière d’immigration.

Les cryptomonnaies

Ces dernières semaines, Donald Trump a fait la cour aux dirigeants du secteur des cryptomonnaies et leur a promis qu’il veillerait à ce qu’à l’avenir, tout le minage se fasse en territoire américain.

Cela ferait de Solana – la cinquième cryptomonnaie en importance avec une capitalisation d’environ 67 milliards – un des gagnants d’un retour de M. Trump à la Maison-Blanche. Selon Stéphane Ouellette, directeur général de FRNT Financial, la perspective que M. Biden cède sa place à un autre candidat démocrate pourrait aussi stimuler le bitcoin. « Plus il y a de folie dans le système politique américain, mieux le bitcoin se porte », explique M. Ouellette.

Revue boursière

Le TSX en hausse, malgré un marché au ralenti

Le S&P/TSX a clôturé en hausse, jeudi, aidé par la vigueur des secteurs des télécommunications, des services publics et de l’énergie. Cette progression est intervenue alors que les marchés boursiers aux États-Unis étaient fermés pour le jour férié du 4 juillet. « C’est une journée lente de transactions au Canada en raison du férié aux États-Unis », a indiqué Anish Chopra, directeur général de Portfolio Management. — La Presse Canadienne

CGI fait l’acquisition de Celero

L’entreprise montréalaise CGI a signé une entente avec les trois centrales de coopératives de crédit des Prairies afin de faire l’acquisition de Celero, un fournisseur de services technologiques aux coopératives de crédit et aux institutions financières. Les détails financiers de l’accord conclu avec la Credit Union Central of Manitoba, la Credit Union Central of Saskatchewan et la Credit Union Central of Alberta n’ont pas été divulgués dans l’immédiat. En vertu de cette entente, CGI fera l’acquisition des activités de services gérés de Celero auprès de plus de 90 coopératives de crédit et créera de nouveaux partenariats avec les centrales. Plus de 150 employés de Celero se joindront également à CGI. — La Presse Canadienne

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