Quarantaine obligatoire à l'hôtel

1 800 FOUILLIS

Le gouvernement de Justin Trudeau a mis plus d’un mois à réfléchir à des mesures visant les voyages non essentiels. Puis plusieurs semaines à élaborer le plan d’action. Comment expliquer que le tout se transforme en cafouillage au moment de l’entrée en vigueur ? C’est tout simplement indéfendable.

Depuis lundi matin, les voyageurs qui arrivent au Canada doivent obligatoirement passer trois jours, à leurs frais, dans une chambre d’hôtel dans l’attente des résultats d’un test de COVID-19. Rien de nouveau là-dedans. Cette mesure, qui était une réponse aux doléances des provinces depuis la période des Fêtes, a été annoncée à la fin de janvier.

On aurait pu s’attendre à ce que tout soit en place quand, vendredi dernier, le numéro de téléphone à appeler pour réserver une chambre a été rendu public. Le gouvernement a confié le mandat à American Express Voyages d’Affaires Canada, entreprise externe.

Ceux qui ont commencé à appeler vendredi matin se sont vite rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond. Le système automatique annonçait une attente de trois heures…

Une journaliste de Radio-Canada, qui a essayé de réserver une chambre pour son retour de reportage, a passé 25 heures au téléphone en trois jours avant de réussir à parler à quelqu’un. Plusieurs fois, elle a attendu trois heures au bout du fil avant que le système automatique mette fin à l’appel sans explication. Elle n’est pas la seule : les mésaventures qu’elle a rapportées ont été vécues par beaucoup d’autres voyageurs interviewés par divers médias.

Tout ça pour réserver une chambre d’hôtel ? Ça ressemble plus à une punition qu’à une mesure de santé publique !

D’autant qu’à la base, il est plus que discutable que le gouvernement a préféré un service téléphonique à un site internet. Nous sommes en 2021 et presque toutes les réservations d’hôtel – ça frise les 90 % – se font en ligne. Pourquoi ne pas avoir confié à une grande agence de voyages canadienne le soin de créer un site de réservation ? Ces dernières roulent toutes au ralenti à cause de la pandémie. Et l’opération ne semble pas très compliquée. Les voyageurs doivent faire leur choix à partir d’une liste de 18 hôtels qui se trouvent à proximité d’un des quatre aéroports qui reçoivent encore des vols de l’étranger. Ce n’est pas un atterrissage sur Mars.

Un afflux prévisible

Au cabinet de la ministre de la Santé, Patricia Hajdu, on promet des améliorations aux lignes téléphoniques et on n’exclut pas qu’un site internet soit éventuellement mis en place. On affirme aussi que des agents seront à même d’aider les voyageurs de retour au Canada qui n’ont pas réussi à obtenir une réservation à l’hôtel avant de prendre leur vol.

Pour le moment, on explique les ratés du week-end par un trop grand nombre de personnes qui appelaient pour avoir des informations plutôt que pour réserver.

C’était pourtant à prévoir. On sait depuis des semaines que l’annonce de la mesure, dont les coûts étaient initialement estimés à 2000 $ par personne, a créé beaucoup de stress chez nombre de snowbirds et d’autres voyageurs, dont beaucoup qui se demandent s’ils peuvent être exemptés.

D’ailleurs, on souhaite bon courage à tous ceux qui voudraient comprendre le régime d’exemption. Le service des communications du gouvernement n’a pas fait d’effort de vulgarisation et les lois et les exceptions se retrouvent pêle-mêle sur le site web. Des Canadiens qui se sont adressés à leurs députés n’ont pas obtenu de réponses claires non plus.

Tout ce fouillis crée, avec raison, beaucoup d’exaspération. Lundi, un groupe baptisé Faces of Advocacy s’est d’ailleurs adressé aux tribunaux du Québec pour faire suspendre la mesure parce qu’elle a un effet dévastateur sur des familles séparées par les frontières.

Avant même d’avoir la réponse des tribunaux, Ottawa devrait s’empresser de répondre aux préoccupations légitimes, de publier une liste claire des exemptions en plus de s’assurer de l’efficacité de son système de réservation. Sinon, le gouvernement devrait lui-même suspendre sa mesure jusqu’à ce qu’il soit capable de réellement la mettre en œuvre.

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