Quand la philanthropie danse avec la COVID-19

La saison philanthropique la plus active de l’année reprend sous les sombres auspices d’une quatrième vague. Comme d’autres, la Fondation de l’Institut de cardiologie de Montréal a dû redoubler de créativité et de persévérance pour recueillir des dons en dépit du confinement et des mesures sanitaires. Résultat : une année record.

Son Grand Bal des Vins-Cœurs se tient ce jeudi de façon virtuelle. Mais en juin dernier, la Fondation ne savait pas encore sur quel pied danser. Renouerait-elle avec la longue tradition d’un bal en grande tenue ?

« On avait une date butoir, on a décidé de le tenir virtuellement, de ne pas prendre le risque que le fameux variant se développe trop. Malheureusement, c’était une bonne décision », constate Alain Gignac, président-directeur général de la Fondation de l’Institut de cardiologie (et par ailleurs président du conseil d’administration de La Presse).

Les quelque 450 convives feront tapisserie à la maison pour participer à distance à un évènement animé par l’actrice Julie du Page. En dégustant le repas gastronomique élaboré par le chef Baptiste Peupion qui leur sera livré à domicile, ils assisteront notamment à une présentation du chercheur Jean-Claude Tardif et à des prestations du Cirque du Soleil et de Florence K.

« Le Bal des Vins-Cœurs, c’est un plateau de tournage, ni plus ni moins », résume Alain Gignac.

Sous sa forme traditionnelle, le Bal des Vins-Cœurs recueille bon an, mal an quelque 1,5 million de dollars, avec des pics à 1,7 million.

« L’an dernier, on a eu de très petits revenus, mais cette année, on ne sera pas loin de 1 million de dollars, je pense. Ça a très, très bien fonctionné », se réjouit-il.

L’évènement ouvre la saison la plus active de la philanthropie, qui s’étend de septembre à décembre, durant laquelle la plupart des fondations recueillent de 50 à 60 % de leurs dons. Comme la précédente, celle-ci sera rythmée par la pandémie.

Année financière pandémique

La dernière année financière de la Fondation de l’Institut de cardiologie de Montréal s’est terminée le 31 mars, marquée d’un bout à l’autre par la COVID-19.

« Depuis un an et demi, avec la COVID, tout le monde est un peu sur le bout des orteils. »

Posture difficile dans la grande valse de la sollicitation philanthropique.

« Chaque mois, on rectifie et on corrige nos plans, selon les règles sanitaires. »

Le recrutement de grands donateurs, d’ordinaire source de rapprochement et de socialisation, est devenu un exercice désincarné.

« On n’a pas fait de rencontre en personne depuis le début de la pandémie », déplore Alain Gignac.

« Ce n’est jamais aussi intéressant d’expliquer un projet de recherche avec un PowerPoint dans une rencontre virtuelle. On est toujours limité dans le temps et il y a très peu d’interrelations personnelles. »

Se tenir debout

Traditionnellement, le Bal des Vins-Cœurs constituait le plus important véhicule philanthropique de la Fondation.

Sa transformation de carrosse en citrouille, à l’automne 2020, a durement frappé l’organisme.

« À partir de là, on s’est dit : “De deux choses l’une : ou on se plante, ou on se tient debout.” On a décidé d’essayer de se tenir debout. »

– Alain Gignac, président-directeur général de la Fondation de l’Institut de cardiologie de Montréal

Debout pour danser avec les chercheurs, d’une certaine manière. La Fondation a décidé de lancer des campagnes spécifiques à certains projets de recherche. Ce fut d’abord le cas de l’étude internationale COLCORONA, menée par le DJean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie, pour évaluer l’efficacité de la colchicine dans la prévention du syndrome de détresse respiratoire aiguë chez les patients atteints de la COVID-19.

« On a développé des campagnes spécifiques de recrutement pour financer cette recherche et au bout du compte, on a eu un très, très grand succès, ce qui nous a permis de combler les manques à gagner qu’on avait anticipés au début de la pandémie. »

Année record

« Heureusement qu’on est allés dans le secteur de la recherche, parce que sinon, on aurait passé un joyeux mauvais quart d’heure », s’exclame Alain Gignac.

À tel point que les dons et collectes de fonds ont permis de réunir la somme record de 24 millions en 2020-2021, en hausse de 27 % par rapport à 2019-2020.

« C’est un peu nouveau, pourrait-on dire humblement, qu’une fondation s’implique à ce niveau-là dans la recherche », souligne le président de l’organisme.

Les campagnes orientées vers les projets de recherche vont se poursuivre, COVID-19 ou pas. « Clairement », dit-il.

« En essayant d’établir une espèce de dialogue entre les chercheurs et les donateurs, ça nous permet d’identifier les vrais grands chantiers, les vrais enjeux qui vont nous aider à trouver des solutions qui auront des impacts sur des millions de personnes. »

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