Le magasinage inégalitaire des écoles secondaires

École privée ou publique ? Choisir le meilleur pour son enfant ou la société ? C’est le dilemme de nombreux parents qui « magasinent » une école secondaire. Et c’est le sujet de la nouvelle émission balado À chacun sa classe de Karine Dubois. « Il faut que la question mobilise nos élus », plaide la productrice, alors que la campagne électorale provinciale bat son plein. Entrevue.

L’écart se creuse entre les écoles secondaires publiques et privées, ainsi qu’entre les programmes à vocation particulière et réguliers. Comme Karine Dubois, créatrice et productrice de la balado À chacun sa classe, des parents sont désemparés quand vient le temps de « magasiner » une école secondaire pour leur enfant.

Ils se heurtent à un système à trois vitesses et ils ressentent un choc entre les valeurs égalitaires qu’ils défendent comme citoyen et le meilleur qu’ils veulent pour leur enfant.

« Dans des soupers d’amis, je parle à des parents qui sont stressés et angoissés. Ils ont l’impression de jouer la vie de leur enfant. Certains sont aussi en colère, car ils sont allés à l’école publique et ils constatent que ce qu’ils ont vécu n’est plus la réalité. »

Grande injustice

Dans son émission balado, Karine Dubois, qui assure aussi la narration, dénonce la « ségrégation scolaire ». « C’est cucul à dire, mais il y a une grande injustice. Les enfants n’ont pas de chances égales de réussite. »

Dans le premier épisode, elle expose à quel point les classes dites régulières se font de plus en plus rares au public. Suivre un programme régulier fait désormais partie de l’exception. « Le régulier, c’est vraiment le dernier choix » se désole Karine Dubois, productrice de métier.

À Sherbrooke, par exemple, ce sont 60 % des élèves du secondaire qui ne sont pas dans des classes régulières, nous indique-t-elle. Et seulement 15 % des élèves du régulier iront à l’université, selon une étude réalisée en 2019 par Pierre Canisius Kamanzy, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

Outre le fameux PEI (Programme d’éducation internationale), de nombreuses écoles publiques concurrencent les collèges privés en offrant des programmes spécialisés en art, en plein air, en théâtre, en sciences, etc.

« Quel est l’intérêt de se spécialiser à 12 ans ? C’est beaucoup de demander aux enfants de faire un choix. »

– Karine Dubois

Et c’est beaucoup d’anxiété, de déception et de pression pour les jeunes à qui on demande de préparer des auditions ou des œuvres multimédias de trois minutes pour être admis dans un programme.

Karine Dubois a un fils de 9 ans. « Après avoir fait mon [émission balado], je sais qu’on peut lui demander ses notes de quatrième année pour certains programmes, alors que je lui ai toujours dit que l’important était de faire son maximum. »

Pourquoi ne pas rester dans son quartier ?

Karine Dubois a grandi à Sherbrooke. Pour elle et les amis de son quartier, il n’y avait pas de « magasinage » d’écoles. C’était évident que le saut au secondaire allait se faire à la polyvalente du coin. Dans le quartier montréalais de Villeray où elle élève aujourd’hui sa famille, ce n’est pas le cas.

Dans le deuxième épisode, Karine Dubois visite la polyvalente Georges-Vanier, celle où irait son fils. Elle est somme toute enchantée de sa visite, qui abat de nombreux préjugés qu’elle avait envers cet établissement public.

Karine Dubois suit aussi un trio d’amis inséparables du primaire dans leur course aux admissions au secondaire. L’une ira à l’école privée de son choix, car elle a réussi tous les examens d’admission. L’autre souhaitait aller au Collège Ville-Marie, mais elle n’a pas été retenue après les ateliers d’admission dits « sans stress ». Enfin, la dernière n’a pas réussi son audition pour le programme en art dramatique de l’école Robert-Gravel.

Karine Dubois a aussi rencontré un adolescent qui fréquente une école privée en première secondaire et qui éprouve des difficultés. « Il a juste de mauvaises notes et il ne dérange personne, mais pendant toute son année, il est sur eject. »

« Moi, j’ai eu une grosse crise d’ado. Si j’étais allée au privé, c’est certain qu’on m’aurait crissée à la porte. Il faut réfléchir sur ce qu’est l’école. On veut que les enfants apprennent le plus de choses possible ? Qu’ils soient de bons citoyens ? »

– Karine Dubois

Dans sa balado, Karine Dubois nous apprend que 97 % des élèves du secondaire en Ontario fréquentent un établissement public, comparativement à 79 % au Québec. Elle s’entretient avec Carole Beaulieu, qui était rédactrice en chef de L’actualité quand le magazine a lancé son fameux palmarès des écoles. Elle donne aussi le micro à des parents qui se battent pour l’égalité des chances en éducation, dont Stéphane Vigneault, du mouvement École ensemble.

C’est un heureux hasard qu'À chacun sa classe sorte en pleine campagne électorale. « As-tu entendu parler d’éducation depuis le début de campagne ? Zéro ! », se désole Karine Dubois.

À chacun sa classe est sur OHdio.

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