Activités en Ukraine

Perquisition du FBI chez Rudy Giuliani

New York — La police fédérale a perquisitionné mercredi dans l’appartement new-yorkais de Rudy Giuliani, ex-avocat personnel de Donald Trump, dans le cadre d’une enquête sur ses activités en Ukraine, une opération immédiatement dénoncée comme politiquement motivée par ses proches.

Le FBI et les procureurs n’ont fait aucun commentaire sur cette descente de police rarissime chez un avocat, qui plus est ex-maire de New York et ancien procureur fédéral.

Selon le New York Times, citant des sources anonymes, les procureurs fédéraux de Manhattan, après avoir obtenu un mandat de perquisition pour son appartement du quartier de l’Upper East Side, ont saisi « des appareils électroniques », notamment des téléphones, en nombre non précisé.

S’exprimant devant l’entrée de l’immeuble où réside son père, Andrew Giuliani a jugé la perquisition « extrêmement troublante », « dégoûtante », « absolument absurde », et il a accusé le département de la Justice d’avoir agi pour des raisons politiques.

« C’est la poursuite du clivage du département de la Justice, qui doit cesser. Si cela peut arriver à l’ex-avocat du président, cela peut arriver à n’importe quel Américain. Trop, c’est trop. »

— Andrew Giuliani, fils de Rudy Giuliani

Il n’a pas donné de détails sur ce qui avait été saisi, mais a affirmé que les agents fédéraux avaient ignoré « la seule pièce incriminante » qui se trouvait dans l’appartement : une allusion apparente au disque dur d’un ordinateur appartenant au fils de Joe Biden, Hunter Biden, qui avait fait surface en octobre 2020 et que les pro-Trump avaient présenté comme la preuve que celui qui était alors candidat à la présidentielle était intervenu en faveur de son fils.

Au cœur du scandale ukrainien

Même s’ils ne parlent jamais de ce dossier officiellement, les procureurs fédéraux enquêtent depuis des mois sur les activités de lobbyisme de M. Giuliani en Ukraine. Et plus particulièrement sur la possibilité que l’ex-avocat personnel de Donald Trump soit intervenu auprès du gouvernement Trump en 2019, au nom de responsables et hommes d’affaires ukrainiens, selon plusieurs médias.

M. Giuliani, 76 ans, n’a pas été inculpé jusqu’ici. Mais cette perquisition semble indiquer que l’enquête s’accélère sur celui qui a été, pendant des mois, l’un des plus vigoureux défenseurs de la thèse soutenue par Donald Trump et déboutée par les tribunaux, selon laquelle l’élection présidentielle de 2020 a été truquée au profit de Joe Biden.

À l’automne 2019, celui qui avait été surnommé « maire de l’Amérique » après les attentats du 11 septembre 2001 s’était retrouvé au cœur du scandale ukrainien qui ébranlait la présidence Trump.

Ses efforts pour convaincre Kiev de livrer des informations compromettantes sur Joe Biden étaient alors apparus au grand jour et avaient contribué à mener le président américain au bord de la destitution.

Les procureurs avaient déjà essayé, sous Trump, d’obtenir un mandat de perquisition afin d’avoir accès aux téléphones de M. Giuliani, mais de hauts responsables du département de la Justice s’y étaient alors opposés, selon plusieurs médias. La nouvelle équipe menée par le procureur général Merrick Garland a visiblement levé ce blocage.

Des collaborateurs de Giuliani déjà accusés

Deux hommes ayant travaillé pour Giuliani en Ukraine, Lev Parnas et Igor Fruman, avaient été inculpés à New York fin 2019 pour violation des lois sur le financement des campagnes électorales. Leur procès est prévu en octobre.

En janvier dernier, le Trésor américain avait sanctionné quatre Ukrainiens ayant assisté Rudy Giuliani dans ses efforts, les accusant d’ingérence électorale.

Le précédent avocat personnel de Donald Trump, Michael Cohen, avait lui aussi fait l’objet d’une perquisition spectaculaire en avril 2018.

Il avait ensuite été inculpé pour fraude fiscale et violation des lois sur le financement électoral. Il avait plaidé coupable avant d’être condamné à trois ans de prison fin 2018.

Michael Cohen s’est réjoui des déboires de son successeur. « Comme je l’ai dit maintes fois… ils seront tous tenus responsables de leurs mauvaises actions », a-t-il tweeté mercredi.

« Tuez vos sénateurs »

Un procès à New York teste les limites de la liberté d’expression

New York — Peut-on, en période de tensions politiques extrêmes, appeler impunément à tuer des élus américains sur les réseaux sociaux, et arguer ensuite de la liberté d’expression ? Un jury populaire new-yorkais va devoir trancher, après une semaine d’audiences qui lui ont fait revivre l’attaque du Capitole du 6 janvier.

Brendan Hunt, alias « X-Ray Ultra », employé des tribunaux de 37 ans, est accusé d’avoir « menacé de tuer » des élus du Congrès américain – dont les leaders démocrates Nancy Pelosi et Chuck Schumer et la jeune représentante Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) – avec « l’intention d’interférer dans l’exercice de leurs fonctions » ou « de se venger d’eux pour les avoir remplies ».

En cause, plusieurs messages publiés sur divers réseaux sociaux : le premier remonte au 6 décembre 2020, sur Facebook, lorsqu’il appelle Donald Trump, alors président, à organiser « une exécution publique de Pelosi, AOC, Schumer, etc. » et à « descendre mitrailler ces communistes ». « Si vous ne le faites pas, les citoyens le feront. »

Le dernier date du 8 janvier dernier, deux jours après l’attaque contre le Capitole par des partisans de Donald Trump, qui rejetaient la certification de la victoire de Joe Biden à la présidentielle.

Hunt publie alors une vidéo de 88 secondes sur la plateforme BitChute, prisée de l’extrême droite, intitulée « Kill Your Senators » (Tuez vos sénateurs), dans laquelle il parle face à la caméra.

« Il faut que nous retournions au Capitole, et cette fois qu’on vienne avec nos armes… Ce que vous devez faire, c’est vous armer, aller à Washington, probablement pour l’investiture […] et leur mettre des balles dans la tête. »

— Brendan Hunt, dans sa vidéo « Kill Your Senators »

De simples « diatribes » ?

Après l’« insurrection » du 6 janvier, le FBI déploie dans l’urgence tous ses filets pour arrêter les émeutiers. Parmi les milliers d’appels reçus alors par la police fédérale, l’un l’avise de l’existence de cette vidéo.

Brendan Hunt, fils d’un juge retraité qui se présente comme acteur, musicien et journaliste, est arrêté le 19 janvier, veille de l’investiture de Joe Biden, à son domicile du quartier new-yorkais de Queens. Mais les agents ne trouvent chez lui ni armes ni preuve de collaboration ou de communication avec un groupe extrémiste.

Et les procureurs reconnaissent que Hunt n’était ni au Capitole ni même à Washington.

Alors, les menaces de Brendan Hunt – qui citait Mein Kampf dans un texto et disait qu’il fallait prendre le pouvoir « comme Hitler » – étaient-elles sérieuses ? Avait-il vraiment l’intention d’attaquer les élus ? Ou était-ce de simples « diatribes », des opinions qu’il avait parfaitement « le droit de dire », « aussi choquantes soient-elles », en vertu du premier amendement de la Constitution américaine, comme l’ont affirmé les avocats commis d’office ?

Des propos émanant d’un homme qui a reconnu devant les jurés des problèmes d’alcool, et qui comptait tout juste 99 abonnés à sa chaîne vidéo ?

« Le premier amendement ne protège pas [de telles menaces]. »

— Le procureur David Kessler, dans son réquisitoire

« Le gouvernement n’a pas besoin de prouver que l’accusé a essayé de tuer » un élu, le seul fait de « proférer la menace est un délit », a-t-il indiqué. Même si elle est lancée sur les réseaux sociaux, et non adressée directement aux personnes visées, a-t-il ajouté.

Pour bien faire sentir aux jurés que la menace était « réelle », les procureurs ont rejoué pendant le procès une vidéo de l’attaque du Capitole, et cité comme témoin un policier du Capitole, qui a raconté la journée « surréaliste » du 6 janvier, et avait été informé des messages de Hunt.

Mais l’avocate de l’accusé, Leticia Olivera, a argué que « personne ne prenait » ses messages au sérieux, et qu’il avait lui-même retiré sa vidéo sur BitChute après 24 heures, à la suite de plusieurs critiques d’internautes, dont la dernière le traitait de « clown ».

« Je ne sais pas pourquoi le FBI s’est autant trompé sur Brendan », a-t-elle lancé devant les jurés et la juge Pamela Chen.

« [Les policiers] l’ont vu comme quelqu’un de très dangereux, alors qu’il n’y avait aucun besoin. Ça arrive parfois avec la police… »

— Leticia Olivera, avocate de Brendan Hunt

Les jurés ont commencé à délibérer à la mi-journée mercredi.

Plus de 400 personnes ont été arrêtées par le FBI aux États-Unis pour avoir participé à l’attaque du Capitole. Ce procès fédéral était le premier à évoquer ces évènements.

Cour suprême

Le doigt d’honneur d’une meneuse de claque déconcerte les juges

Frustrée de ne pas avoir été promue dans l’équipe d’élite de son école, une meneuse de claque de 14 ans a lancé un message épicé sur l’application Snapchat, photo de doigt d’honneur à l’appui. Brandi Levy était loin de se douter que sa litanie d’injures allait la conduire devant la vénérable Cour suprême des États-Unis, qui a examiné mercredi la décision de son école de la priver pendant un an de ses pompons. Sous ses airs triviaux, le dossier est d’importance pour la liberté d’expression des jeunes et la lutte contre le harcèlement en ligne. « Il y a un énorme écart » entre les enjeux et les détails de l’affaire, a reconnu le juge conservateur Samuel Alito. Au-delà du dossier de l’adolescente, les neuf sages de la haute cour devront en effet dire, d’ici la fin juin, si les responsables des écoles publiques américaines ont le droit de sanctionner leurs élèves pour des propos tenus en dehors de leur établissement. « Je suis mort de trouille à l’idée d’avoir à établir une règle », a admis le juge progressiste Stephen Breyer.

— Agence France-Presse

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