Gourmand

À la carte

Avec la pandémie, les scènes gastronomiques montréalaise et québécoise doivent se réinventer. Plutôt que de rester les bras croisés, de nombreux restaurateurs proposent de nouveaux menus, des projets inspirés et des collaborations solidaires. Nous vous en présentons chaque semaine, afin que vous puissiez continuer de très bien boire et manger… à la maison !

En vedette

Mui Mui, un projet entre amis

La pandémie a frappé certains restaurants plus durement que d’autres. C’est le cas de l’Orange Rouge, qui avait pourtant le vent dans les voiles avant le premier confinement de mars dernier. Mais le fait que l’endroit soit situé dans le Quartier chinois – qui a beaucoup souffert des contrecoups de la COVID-19 – et qu’il n’ait pas de système mis en place pour les repas à emporter n’a pas joué en sa faveur. En juin dernier, ce que d’aucuns considéraient comme le secret le mieux gardé du Chinatown a donc annoncé sa fermeture définitive. Un coup dur pour Minh Phat, qui faisait partie de l’aventure depuis l’ouverture, en 2013. « C’était ma première expérience de chef. On avait une belle équipe, ça roulait, on travaillait fort... Il fallait prendre une décision, je crois que c’était la bonne dans les circonstances, mais c’était très difficile d’accepter que mon resto fermait à cause d’une pandémie, alors que j’ai tellement sacrifié », explique-t-il au bout du fil.

Se retrouvant sans emploi, le chef de 31 ans s’est immédiatement mis à réfléchir à une façon de s’occuper et aussi de « vivre son deuil », dit-il. « J’ai pris mon temps pour chercher un local, regarder des fonds de commerce. Mes meilleurs amis ont embarqué avec moi dans le projet ; ce sont mes amis d’enfance qui ne viennent pas du milieu de la restauration, mais qui me font confiance à 100 % et m’aident beaucoup avec toutes les demandes de permis, l’installation, etc. » Minh Phat a finalement trouvé son bonheur dans un petit local situé rue Jean-Talon Ouest, près du parc Jarry, pas très loin de chez ses parents, où il est retourné vivre après avoir perdu son emploi. « C’est le quartier où j’ai grandi, et mes amis aussi. Je voulais changer du côté touristique, du centre-ville », ajoute celui dont les parents d’origine chinoise sont nés au Viêtnam et ont immigré au Canada dans les années 1970.

Ouvert au début de février, Mui Mui – qui signifie « petite sœur » en cantonais – reprendra certains classiques de l’Orange Rouge adaptés pour les commandes à emporter, comme le thon albacore mi-cuit servi sur riz au sésame, la salade de bœuf à la vietnamienne ou les fameux ribs glacés. « On garde ça simple, bon, avec une petite touche hors de l’ordinaire », explique le chef dont la cuisine porte des influences chinoises, japonaises et françaises, sans être tout à fait l’un ou l’autre. Pensez à des amalgames originaux et savoureux comme une salade de betteraves brûlées avec fromage de chèvre et huile épicée, un poulet à la plancha avec kimchi maison, des dumplings à la pâte curcuma farcis à la courge kabocha, des wontons au porc servis avec sauce dashi et beurre d’herbes, ou encore une mousse de chocolat blanc infusée à la citronnelle avec feuilles de kéfir et de pandanus.

Le Mui Mui est ouvert du mercredi au samedi, commande en ligne pour cueillette sur place ou livraison dans le secteur avec Chkplz.

149, rue Jean-Talon Ouest

Nouveauté

Chaud devant !

Certains ne voudraient jamais que l’hiver finisse, d’autres trépignent d’impatience à la vue lointaine du printemps. Mais entendons-nous sur une chose : par temps frisquet, difficile d’atteindre le degré de réconfort d’un bon chocolat chaud ! Surtout s’il est concocté avec des ingrédients de première qualité et propose des mariages tout aussi surprenants qu’enthousiasmants. C’est exactement ce qui se passe chez Hot Hot Hut, projet éphémère installé dans le Boba boba, rue Sainte-Catherine Ouest. Le projet est l’affaire du restaurateur Yann Levy (Escondite, biiru, Koa Lua) et du mixologue de talent Lawrence Picard. Après avoir élevé le thé aux perles vers d’autres cieux avec Boba boba, ils s’attaquent aux chocolats chauds. Sept déclinaisons, toutes préparées à partir de chocolat belge traçable de qualité, sont au menu : du classique avec chocolat au lait en passant par l'Ola Fadre’, intégrant des parfums mexicains comme le zeste d’orange, le guajillo et la pasilla, ou encore le délicat Matcho, mariant chocolat blanc et matcha biologique importé d'Uji. Une collaboration avec Rémy Couture (Crémy), le Grand Remy pousse la décadence plus loin avec une crème fouettée à la banane et chocolat ruby coulant déposée sur un chocolat chaud préparé à partir de chocolat Alto Del Sol (Pérou). Le Boba boba et le Hot Hot Hut sont ouverts le mardi, puis du jeudi au dimanche, de 13 h à 19 h.

1972, rue Sainte-Catherine Ouest

Ouverture

La cuisine de la nonna, du Succeda à vous

Le chef Nick Bramos (Marcus, Decca77, Toqué !) n’a peut-être pas de sang italien, mais c’est tout comme. Son oncle est marié avec une Italienne de la région de la Sardaigne et il a souvent visité sa famille élargie en Italie. Il s’est d’ailleurs inspiré de recettes qu’il a apprises de sa tante, les suppi al telefono (croquettes de risotto avec mozzarella), ou encore auxquelles il a été initié dans la ville d’Amalsi Coasi, pour créer le menu du Succeda, lancé il y a quelques mois, en formule « à emporter » seulement, d’abord. Le nom est un clin d’œil au mot « succès » en italien (« succede »), qu’on pourrait traduire librement par... « ça va bien aller ». « Je suis incapable de rester chez moi à ne rien faire, explique le chef au téléphone. J’ai vraiment un amour des pâtes, qui m’a été donné par le chef Stephen Leslie pendant mes années à la Taverne Monkland. Pour moi, il n’y a rien qui plaît plus au cœur et à l’esprit que de manger une bonne assiette italienne faite maison avec l’amour de la nonna. » En compagnie de ses acolytes, le chef Nima Pouyamajd, le restaurateur Vianney Godbout (Cœur de Loup, Mignonette) et Julia Spadafora, il vient d’ouvrir, à Rosemère, la première adresse physique du Succeda, un restaurant doublé d’une épicerie fine, où les gens peuvent faire le plein de produits italiens maison et importés, en plus de se ravitailler en plats à emporter comme des pâtes fraîches, de la zuppa et autres polpettes et arancini. « On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas vraiment d’endroit dans la couronne nord où se procurer ce type de produits de qualité et qu’il y a réellement une demande pour cela », remarque celui qui a été surpris de l’accueil et de la fidélité de la clientèle, et qui n’aurait jamais pu imaginer, avant que la pandémie nous tombe dessus, s’installer un jour en banlieue. « Je suis un gars du West Island ! Disons que la COVID-19 a ouvert mes horizons, nous a forcés à questionner le statu quo et comment on fonctionne. » À terme, il espère ouvrir d’autres Succeda ; en attendant, on s’y rend du mercredi au dimanche pour commander directement au comptoir. Il est aussi possible de commander en ligne pour cueillette sur place (livraison maison offerte bientôt) ou de passer par Uber Eats, DoorDash ou Skip the Dishes.

283, chemin de la Grande-Côte, Rosemère

Évènement

Voir local, en double

Créé par Aliments du Québec, le programme de reconnaissance Aliments du Québec au menu, conçu en collaboration avec l’Association Restauration Québec et dont le porte-parole est Arnaud Marchand, chef copropriétaire de Chez Boulay, est destiné aux restaurants qui valorisent les produits québécois sur leur carte. Ces derniers s’engagent à ce que plus de 60 % des ingrédients utilisés en cuisine soient de provenance locale. Afin de soutenir une industrie qui en a bien besoin, Aliments du Québec au menu lance la campagne « Doublement local », encourageant les Québécois à consommer local lorsqu’ils commandent de la nourriture au restaurant, une façon de soutenir à la fois les restaurants membres du programme et les artisans et producteurs d’ici. Envie de participer ? Vous avez l’embarras du choix, puisque plus de 600 restaurants dans la province adhèrent au programme, dont O’Thym (Montréal), Chez Mathilde (Tadoussac), Le Coup Monté (Repentigny), Le Pied Bleu (Québec) ou Vin Polisson (Sherbrooke).

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