Le déni n’a pas meilleur goût

Boire moins, c’est toujours mieux.

C’est le message principal du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS). L’organisme indépendant a mis à jour les recommandations concernant la consommation d’alcool qui dataient de 2011.

Pour ce faire, on a passé en revue plus de 150 études scientifiques portant sur des maladies causées par l’alcool.

Les conclusions sont claires.

Comme le tabac, l’alcool est à l’origine de nombreux cancers et de maladies cardiovasculaires.

Les conclusions de CCDUS ne sont pas une grande surprise : on avait eu un avant-goût en août dernier quand l’organisme avait publié un document préliminaire.

Une autre étude, financée par la fondation Bill Gates et publiée dans la revue scientifique The Lancet l’été dernier rappelait, elle aussi, que le tabac était de loin la principale cause favorisant le cancer (33,9 %), suivie par l’alcool (7,4 %).

Les liens entre la consommation de l’alcool et le cancer sont une réalité qu’on ne veut pas regarder en face quand on se verse un verre de chablis ou une bière, le jeudi soir.

Mais soyons réalistes : le « santé » qu’on se souhaite en entrechoquant nos verres sonne faux. Et le déni ne nous mènera nulle part.

On peut continuer à boire, mais alors buvons de manière éclairée en connaissant les risques associés à notre consommation.

La balle est maintenant dans le camp de Santé Canada et des provinces qui devront ajuster leurs recommandations à la lumière de ces nouveaux repères.

Mais sachez qu’on ne parle plus de consommations quotidiennes pour les hommes et les femmes. On parle désormais d’un continuum de risques. Selon le CDDUS, une ou deux consommations par semaine représentent peu de risques. Au-delà de trois consommations, on parle d’un risque moyen. Le risque devient élevé au-delà de sept consommations par semaine. Ensuite, tout dépend de l’individu qui consomme : son mode de vie, ses antécédents familiaux, etc. Les risques ne sont pas les mêmes d’une personne à l’autre.

C’est pour cette raison que le message de santé publique est en train de changer : plutôt qu’un nombre de consommations-cible, on invite désormais la population à réduire sa consommation, point. La moindre réduction aura un effet positif sur la santé, nous assure-t-on.

C’est un objectif atteignable qui remet le pouvoir entre les mains des individus.

Car s’il y a une chose que les gens détestent, c’est de se faire faire la leçon.

Les messages de santé publique qui adoptent un ton moralisateur passent très mal. Ceux qui incitent trop fortement les gens à limiter leur consommation aussi.

Cela dit, on ne peut plus prétendre que la consommation d’alcool est un choix personnel qui ne regarde que les individus. Le coût de la consommation d’alcool au Canada était évalué à 16,6 milliards dollars en 2017 contre 12,3 milliards pour le tabac, selon le CDDUS. Et c’est sans compter l’impact de la consommation d’alcool sur notre système de santé ainsi que ses coûts sociaux (violence, accidents de la route, etc.).

On peut bien se boucher les oreilles et chanter fort pour ne pas entendre la triste réalité, on peut bien se répéter que ça « fait du bien » de prendre un verre entre amis – quand on n’a aucun problème de dépendance, bien entendu –, la vérité c’est que dans l’absolu, ne pas consommer d’alcool sera toujours plus bénéfique pour la santé que la plus petite consommation.

Sachant tout cela, on fait quoi ?

La proposition du CCDUS de coller une étiquette sur les bouteilles et les canettes d’alcool nous semble raisonnable.

Rassurez-vous, on ne parle pas de la photo d’un foie cirrhosé semblable aux photos repoussantes qu’on retrouve sur les paquets de cigarettes. On parle d’une étiquette qui indiquerait que « l’alcool peut causer le cancer ». Le CCDUS souhaite aussi qu’on précise le nombre de verres standards (142 ml pour un vin à 12 % d’alcool) contenu dans une bouteille ou une canette.

Si on fait ce genre de mise en garde pour le tabac et le cannabis, il n’y a aucune raison de ne pas le faire pour l’alcool.

Ce n’est pas compliqué, et ça permet aux gens de faire des choix éclairés.

À la fin, c’est à chacun de gérer son propre risque.

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