Courrier COVID-19

En isolement

Nous vous demandions dimanche de nous décrire la façon dont vous vivez le confinement demandé par le gouvernement Legault. Voici un aperçu de vos réponses.

Nous sommes une famille de quatre et nous avons des jumeaux de 15 ans. Le plus difficile est de se faire demander toutes les 15 minutes par les enfants qui pratiquaient le ski, le tennis, la natation : qu’est-ce qu’on fait ?

— Michel-André Longpré

Ma liberté en prend un coup

La première semaine a été bien, mais par la suite, j’ai ressenti une certaine frustration. Habituellement, je ne sors pas beaucoup, je suis dans une résidence privée. 

Maintenant qu’on m’empêche de sortir en auto parce que j’ai plus de 70 ans, ça me frustre. Ma liberté en prend un coup même si je suis bien d’accord avec les consignes données par François Legault et que je les applique religieusement. Je considère que notre premier ministre est un homme extraordinaire, que j’apprécie énormément, ainsi que son entourage immédiat. Pour le moment, tout va bien. 

— Raymond Lamarre, Montérégie

Avec sérénité

De retour d’un long voyage à l’étranger où nous avons passé la dernière semaine en confinement même s’il n’était pas exigé, nous entrevoyons les 14 prochains jours de confinement avec sérénité.

Des amis se sont chargés de remplir notre frigo avant notre retour et ils nous ravitailleront le temps nécessaire en laissant les victuailles sur la galerie. Le contact avec la famille et les amis au cours des prochaines semaines nous manquera, bien sûr, mais comme nous sommes de nature plus solitaire et casanière que grégaire, nous continuerons de voyager dans les livres et à échanger un peu sur les réseaux sociaux. Après la période de confinement obligatoire, nous limiterons nos sorties à l’essentiel jusqu’à la fin de cette crise.

— André Lebeau, Montréal

Distanciation sociale, mais non d’esprit

Nous voilà à la fin d’une première semaine d’isolement. Une semaine qui semble avoir duré un mois. Une semaine de journées confondues, d’anxiété et d’incertitude, de panique et de moments tristes, mais malgré tout, une semaine d’appartenance, d’entraide et de sentiment communautaire. Une semaine qui a rassemblé des familles, des amis et une province, même si nous la vivons, pour la plupart, en isolement.

Notre point de rassemblement de la journée… le point de presse de M. Legault, à 13 h. Un moment crucial où nous nous réunissons tous pour voir les résultats mis à jour. C’est le moment où les Québécois, peu importe ce qui les sépare, se rassemblent pour faire front commun dans cette guerre contre cet ennemi invisible.

Ce front se ressent aussi avec des resserrements familiaux, des amis qui s’appellent plus souvent qu’à l’habitude pour prendre des nouvelles et passer du temps, et des inconnus qui viennent en aide les uns aux autres.

Ce front se partage entre parents qui tentent de trouver des stratégies de télétravail avec des enfants qui manquent de patience et un retour à l’école repoussé de semaine en semaine. Il se sent sûrement encore plus à la première ligne de défense, celle menée par nos anges gardiens du système de la santé.

Une distanciation sociale, mais non d’esprit ; les Québécois n’ont jamais été si seuls en étant aussi à la fois si unanimes. Notre chance dans cette malchance est sans doute l’affront de cette guerre mené par le général Legault qui inspire calme et confiance à toutes ses troupes.

C’est une guerre que nous vivons, tous différemment, mais ensemble, qui fait appel à notre humanité et à la conscientisation. La seule façon de la gagner est d’y participer tous comme soldats… en restant à la maison.

— Carole Doudak, Laval

Prendre soin de ma personne

Je me suis organisé un horaire quotidien qui consiste à prendre soin de ma personne. Prendre le temps de faire ce que je veux faire pour conserver ma sérénité. 

Pratiquer l’éloge de la lenteur, exercice de pleine conscience dans toutes mes activités quotidiennes, méditation silencieuse le matin et une autre, guidée, en après-midi, une prière spéciale pour tous ceux qui travaillent dans le milieu de la santé et nos gouvernants, apprécier le silence et la solitude pour lire de la poésie qui nourrit mon âme, et une demi-heure de Qi Gong.

Je fais deux marches, question de bien m’oxygéner. J’appelle les amies pour prendre de leurs nouvelles et demeurer en contact avec ceux que j’aime. J’écoute de la musique rythmée sur laquelle je fais des pas de danse et des exercices physiques. J’écoute les consignes des gouvernements afin de connaître mes devoirs de citoyenne responsable. Je prends 20 minutes le soir pour remercier le ciel et lui témoigner ma gratitude. Conserver ma sérénité est prioritaire en ces temps difficiles. Pour moi, c’est la façon de demeurer bien vivante jusqu’à la fin de ce périple d’isolement obligatoire.

— Marie Dansereau

Pause planétaire nécessaire

Je vis cette situation très bien. Une pause planétaire nécessaire. Une observation de l’être humain dans l’expression de ce qu’il a de meilleur et de pire. Une prise de conscience accélérée qui, je l’espère, se poursuivra après ce passage obligatoire. Une grosse étoile dans le cahier pour François Legault et son équipe. La même dans celui de l’ensemble des médias. Merci d’exister… et prenez soin de vous, car vous prenez soin de nous. 

— Rachèle Francoeur

Un peu d’humanité envers les proches aidants

Non, ce n’est pas la guerre, mais une lutte contre un ennemi invisible. Le virus tue un peu, mais l’isolement tue le moral plus sûrement. Je vis en couple, c’est déjà mieux, mais je suis vraiment triste pour les personnes seules.

Je prie le gouvernement pour qu’il allège la difficulté pour les proches aidants et qu’ils puissent se rendre auprès de leurs parents qui ont désespérément besoin d’eux plus que jamais. Ce n’est pas humain de les laisser seuls dans cette détresse. Et vous, parents, amis, un petit coup de fil peut faire tellement de bien. Pensons davantage à nos vieux et agissons pour qu’ils sentent que nous sommes toujours là pour eux. 

— Nicole St-Pierre

Appeler mes amies

Toute seule à la maison avec mon chat, je cuisine, je lis et je passe beaucoup de temps sur ma tablette à lire tout, tout, tout. Je contacte ma famille et mon amie en Europe. J’essaie d’appeler une amie par jour ici aussi. L’après-midi, quand il fait beau, je le passe sur mon patio avec un livre comme seule compagnie.

— Michaela Belarbi

Facile adaptation au télétravail

Pour protéger ses clients et son personnel, l’entreprise qui m’emploie a instauré le télétravail pour tous dès le vendredi 13 mars. Comme cela était déjà permis et même encouragé depuis quelques années, bien qu’occasionnel, l’adaptation a été facile. Avec les ressources nécessaires déjà en place, nous arrivons tant bien que mal à compenser le manque de contacts humains par la discussion en ligne et la vidéoconférence. Nous maintenons notre traditionnel 4 à 5 du vendredi, verre à la main. Cela nous a permis de « rencontrer » les enfants, les chiens et les chats des autres, et même de fouiner un peu certains décors !

Je marche tous les jours. Nous soupons tous les soirs en famille. J’ai profité du temps doux de vendredi pour m’aérer un peu. Un cardinal bien en voix nous a rappelé que malgré tout, la vie continue.

Est-ce parfait ? Bien sûr que non. L’annonce que cet isolement durera beaucoup plus longtemps que prévu donne un peu le vertige. Mais je sens le devoir de garder le moral. Je fais partie des privilégiés durant cette crise : ma famille est en sécurité, mon emploi est totalement sans risque pour ma santé et je continue de recevoir un salaire. D’autres ont beaucoup moins de chance et par respect, j’éviterai de me plaindre.

— Maryse Archambault, Montréal

Se changer les idées

Nous restons à la maison sauf pour aller marcher et faire un tour d’auto. Nous allons à l’épicerie seulement si c’est vraiment nécessaire et nous faisons le grand ménage. Nous lisons beaucoup et regardons la télé pour les nouvelles et pour nous divertir. C’est important de se changer les idées. Nous faisons beaucoup d’appels téléphoniques et du FaceTime. 

— Louise Houle

Seuls, ensemble

Depuis le début de notre distanciation sociale, je suis soufflé par la rapidité avec laquelle des entreprises de tous les milieux s’adaptent, s’offrent même pour nous aider à passer à travers ce moment d’inconfort.

C’est comme si, dans cette période où nous nous reconnaissons d’abord et avant tout comme humains, personne n’hésite à offrir un peu de soi pour participer au potluck québécois. Nous ne pouvons plus nous promener dans les musées ? Pas de problème, les musées viennent à nous. Les salles de spectacles sont fermées ? On nous offre des spectacles sur Facebook ou Instagram.

Et c’est la même chose dans plusieurs domaines. Devant la nécessité pour plusieurs entreprises de transposer leurs réunions en ligne, on débloque des forfaits habituellement payants pour aider les gens à se parler et à se voir. D’autres offrent de l’espace dans l’infonuagique. Vous voulez regarder les nouvelles et vous passer des fake news ? Les chaînes sont débloquées et les journaux livrent leur contenu au sujet de la COVID-19 gratuitement. Besoin de désinfectant ? Des distilleries convertissent leurs chaînes de montage pour en fabriquer illico.

On redécouvre, chacun sur notre île, le pouvoir de la solidarité. On identifie les besoins et on pose, comme on peut, notre pierre. À notre échelle.

On vient de retrouver ce qui, en dessous de toutes les paillettes et autres gugusses, nous lie : l’envie que tout le monde aille bien.

Alors que nous sommes seuls ensemble, commençons à envisager la suite. Maintenant qu’on sait qu’on peut s’aider et que chaque geste compte, qu’on se surprend à aimer offrir, qu’on voit clairement que nous sommes plus que la somme de nos parties, quels seront nos prochains défis ? 

Améliorer notre système de santé, aussi bon soit-il ? Revamper les autres maillons qui apparaîtront faibles, testés par cette pandémie ? Revoir le rôle et les responsabilités des entreprises et de l’État en période de crise ? Je ne sais pas. 

Pensons-y au cours des prochaines semaines. Et j’espère qu’après avoir retrouvé le bonheur de notre quotidien, des parcs, des cinémas, des bars – des écoles et des garderies, diront les parents –, bref, de tout ce qui nous manque en ce moment, on pourra en parler. Face à face. Ensemble.

— Dominic Vallières, ex-employé de cabinets politiques, aujourd’hui conseiller principal chez TACT

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