Auditorium de Verdun

L’empreinte des Bowman, hier comme aujourd’hui

À la fin des années 30, alors que le Québec n’échappe pas à la Grande Dépression, la Ville de Verdun lance une campagne de recrutement : on cherche des ouvriers pour assurer la construction d’un auditorium dernier cri.

John Bowman, immigré écossais arrivé au Canada une dizaine d’années plus tôt, est sans emploi. Désespéré de se trouver du boulot, ce forgeron est embauché en se faisant passer pour un couvreur. Avec une famille de trois enfants à faire vivre, l’histoire lui a vite pardonné ce petit mensonge.

Plus de 80 ans après que son père eut posé des briques sur l’édifice du boulevard LaSalle, Scotty Bowman, mythique entraîneur qui a notamment mené le Canadien de Montréal à cinq coupes Stanley, a assisté vendredi à l’inauguration du tout nouveau bâtiment, inauguré pour la première fois en 1939. Des rénovations majeures ont complètement changé le visage de cette institution du sud-ouest de Montréal.

Plus encore : on a donné à l’une des deux glaces le nom de Scotty Bowman, orgueil du quartier où il a vécu les 18 premières années de sa vie. Il est aujourd’hui reconnu comme le meilleur entraîneur de tous les temps, comme en témoignent ses neuf coupes Stanley et ses 1244 victoires en saison, deux records qui pourraient ne jamais être égalés, encore moins battus.

Visiblement ému de l’« honneur » que lui a fait l’arrondissement de Verdun, depuis longtemps annexé à la Ville de Montréal, Bowman a raconté ses souvenirs du quartier. Avec sa femme, le matin même, il a justement arpenté les alentours pour se remémorer ses jeunes années à jouer dans la 5e Avenue, où il demeurait, entre l’avenue Bannantyne et la rue de Verdun. Les voitures étaient rares dans ce secteur ouvrier, laissant toute la place voulue aux enfants pour jouer au hockey à même la chaussée, sinon sur la patinoire du coin.

À l’époque, assure-t-il, francophones et anglophones du quartier cohabitaient sans heurt. « On a appris à jouer ensemble, à travailler ensemble, à parler ensemble », a dit l’homme de hockey, qui a d’ailleurs prononcé une large portion de son allocution en français.

Il a en outre raconté avoir remporté le championnat provincial midget en 1948 sur la patinoire même qui porte aujourd’hui son nom.

« Je suis fier de dire que je viens de Verdun. »

– Scotty Bowman

Cachet

À l’Auditorium, l’espace Scotty-Bowman jouxte dorénavant l’espace Denis-Savard, déjà baptisé en l’honneur de l’ex-attaquant des Blackhawks, gagnant d’une Coupe Stanley lors de son court séjour avec le Canadien au début des années 90. Cette portion a toutefois été complètement rénovée elle aussi.

Savard s’est également dit honoré de voir son nom associé à l’aréna qui l’a vu grandir sur la patinoire. Établi à Verdun avec sa famille dès son plus jeune âge, Savard est devenu une légende locale avec le Junior de Montréal, équipe de la LHJMQ domiciliée à l’Auditorium de 1972 à 1989. Au côté de Denis Cyr et de Denis Tremblay – ils étaient surnommés « les trois Denis » –, il a fait la pluie et le beau temps, inscrivant 455 points en 214 matchs.

« C’est ici que mon rêve a débuté », a-t-il souligné, saluant le « cachet » qu’a conservé la firme d’architectes FABG dans la modernisation de l’édifice.

La rencontre avec le passé est en effet saisissante. Dans l’enceinte principale (espace Scotty-Bowman), on a voulu conserver les bancs de bois originaux. On a donc retiré une planche à la fois, qu’on a ensuite décapée, sablée, vernie et réinstallée dans le nouvel aménagement.

Les grandes aires communes vitrées inondent l’édifice de lumière, et on s’est assuré que chaque endroit soit accessible aux personnes à mobilité réduite. On a poussé cette volonté jusqu’à encastrer des fenêtres dans les bandes devant les bancs des joueurs afin que les parahockeyeurs, sur luge, puissent voir leurs coéquipiers sur la glace. Une touche unique à Montréal, dixit Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement.

Enfin, en retirant le plancher dans l’entrée de l’établissement, on a retrouvé les armoiries originales de la Ville de Verdun, qu’on a conservées telles quelles sous une paroi de verre, à même le sol que foulent les spectateurs à leur entrée.

Les travaux, amorcés en mai 2018, ont nécessité un investissement de 44 millions de la municipalité.

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