Train de vie

Préparer un début de retraite en VR

Les chiffres

Actifs financiers :

Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 384 000 $

Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 106 000 $

Compte de retraite immobilisé (CRI d’emploi antérieur) : 237 000 $

Compte de placements non enregistré : 44 000 $

Actifs non financiers :

Appartement en copropriété : 250 000 $ (libre de dettes)

Revenu d’emploi : 130 000 $

Débours courants annualisés : env. 105 000 $ (liés à la résidence : env. 10 000 $, liés au style de vie personnel : 32 000 $, liés à la fiscalité : env. 43 000 $, liés à l’épargne-retraite/placement : env. 18 000 $)

Sophie*, 57 ans, est en fin de carrière dans le secteur bancaire. Célibataire et sans personne à charge, elle envisage la retraite en 2025, au début de la soixantaine.

La situation

Son premier projet de retraite : acquérir un véhicule récréatif (VR) afin de voyager à l’échelle du continent pendant six mois de chacune des cinq premières années de sa retraite.

Ce projet impliquera une hausse substantielle des dépenses de train de vie de Sophie, ce qu’elle a déjà intégré dans sa planification budgétaire de début de retraite. « Je sais que ça coûte cher, l’achat d’un VR et six mois par an en voyage », indique-t-elle à La Presse.

Elle estime le coût d’achat du VR autour de 150 000 $, qu’elle prévoit financer en puisant dans sa marge de crédit hypothécaire inutilisée de 140 000 $ à faible taux d’intérêt. Quant aux coûts d’utilisation du VR, Sophie les estime à 40 000 $ par an, dont 28 000 $ en frais divers et 12 000 $ en paiements sur la marge de crédit.

En fin de compte, la réalisation de ce projet de début de retraite pourrait doubler, de 32 000 $ à 65 000 $, les débours annuels liés au « style de vie personnel » de Sophie durant son premier quinquennat de retraite.

Les questions

Malgré l’avantage d’un régime de retraite à prestations déterminées et d’une valeur nette de son patrimoine personnel qui approche le million de dollars, Sophie s’interroge sur la suffisance de son épargne-retraite et de ses rentes futures pour financer les surcoûts engendrés par son début de retraite en VR, tout en évitant de compromettre sa sécurité financière pour la suite.

D’autant plus qu’en deuxième projet de retraite, prévu après son 65anniversaire, Sophie envisage de revendre son VR et son condo (libre de dettes) en banlieue de Montréal, afin de recycler ces fonds dans l’achat d’une résidence « à l’extérieur de la ville ».

Une fois ces reventes réalisées, et la marge de crédit hypothécaire remboursée, Sophie anticipe une somme nette approchant les 300 000 $ qui pourrait servir de mise de fonds pour l’achat d’une résidence.

Dans ce contexte, Sophie cherche conseil sur la faisabilité financière de ses projets de début de retraite, tout en tenant compte de ses besoins financiers subséquents jusqu’à la fin de ses jours.

Aussi, pour consolider son patrimoine personnel en vue de son projet de retraite à 61 ans, Sophie cherche conseil sur les ajustements à faire aux flux de dépenses et d’épargne-retraite au cours de ses dernières années de revenu d’emploi. Elle s’interroge en plus sur l’optimisation des considérations fiscales durant les prochaines années précédant et suivant la retraite.

La situation et les questions de Sophie ont été soumises pour analyse-conseil à Mathieu Huot, planificateur financier, fiscaliste et gestionnaire de portefeuille chez Services financiers Groupe Investors, à son bureau de Terrebonne.

Les conseils

D’emblée, Mathieu Huot estime que Sophie s’est constitué un patrimoine personnel en actifs financiers et immobiliers qui, à moins de coûteux imprévus, devrait lui permettre de réaliser son projet de début de retraite.

Toutefois, afin de minimiser l’impact financier de ce début de retraite sur ses capacités budgétaires jusqu’à un âge très avancé, Mathieu Huot constate aussi l’importance d’optimiser la capacité d’épargne encore élevée de Sophie durant ses dernières années de revenu d’emploi supérieur et à taux d’imposition élevé.

Ainsi, M. Huot conseille à Sophie d’utiliser sa capacité d’épargne fortement rehaussée par la fin du remboursement d’un prêt-auto et du prêt hypothécaire sur son condo pour maximiser ses cotisations annuelles allouées à son CELI et son REER personnels.

« Sophie y cotise déjà pour 18 000 $ par an. En continuant ses cotisations maximales, elle pourra optimiser le rendement fiscal de son REER [crédit d’impôt sur les cotisations], alors que le taux d’imposition sur ses revenus salariaux est à son plus haut niveau, aux environs de 47 %, explique Mathieu Huot.

« Quant à son CELI, le maintien de cotisations maximales chaque année permettra à Sophie de continuer de l’utiliser comme un “compte d’investissement libre d’impôt” à bon rendement, comme en fait foi son actif courant de 106 000 $, soit 30 000 $ de plus que le plafond cumulatif de cotisations rendu à 76 500 $, plutôt que de se limiter à un usage de base du CELI en tant que compte d’épargne libre d’impôt à rendement minimal. »

Selon les calculs de M. Huot, à ce rythme de cotisations maximales au REER et au CELI, en plus des surplus budgétaires durant les dernières années de revenu d’emploi qui seraient canalisés vers son compte d’épargne-placement non enregistré, Sophie pourrait se retrouver en début de retraite dans quatre ans avec des actifs financiers personnels approchant 1,05 million de valeur nette.

« C’est presque 200 000 $ de plus que le montant actuel des actifs répartis entre le REER, le CELI, le compte d’investissement non enregistré et le CRI d’un emploi antérieur, explique-t-il. Sophie serait alors en début de retraite avec un bon actif net qui lui permettrait d’optimiser le financement de son projet de voyages en VR durant ses premières années de retraite. »

Rendue là, elle pourrait devancer le début de la rente viagère du régime de retraite de son employeur, estimée à 23 000 $ par an après 61 ans, en guise de revenu de base durant ses premières années de retraite.

Ensuite, Sophie pourrait tirer avantage de ses premières années de retraite à très faible revenu imposable pour faire des retraits de son REER afin de combler ses besoins budgétaires. Mais aussi, afin de poursuivre les cotisations annuelles à son CELI à leur niveau maximal pour continuer d’enrichir cet important compte d’épargne et de placement libre d’impôt.

Les retraits de FEER/REER sont considérés comme des revenus imposables, comme les rentes de retraite et les autres revenus. À l’opposé, les gains de valeur d’actifs et les retraits d’un CELI sont exempts d’impôt.

Au terme de son premier quinquennat de retraite, et rendue à la mi-soixantaine, Sophie pourra alors décider de son deuxième projet de retraite : la revente de son VR et de son condo qui pourrait lui rapporter environ 300 000 $ en capital pour l’acquisition d’une résidence dans une région de villégiature.

« À défaut de gros imprévus budgétaires ou de problème de santé durant son début de retraite, Sophie pourrait aussi avoir la capacité financière de décaler de quelques années le début des rentes gouvernementales [RRQ provinciale et PSV fédérale], signale par ailleurs Mathieu Huot. Si elle les décale jusqu’à l’âge limite de 70 ans, ça lui vaudrait une bonification considérable de l’ordre de 40 % sur le montant mensuel de ses rentes viagères et pleinement sécurisées. En combinant le tout à la rente de son régime de retraite d’employeur et au début des retraits de son CRI après sa conversion en FRV [fonds de revenu viager], Sophie pourrait alors bénéficier de rentes sécurisées jusqu’à la fin de sa vie. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, le prénom utilisé est fictif.

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