Bilan de la police de Longueuil

Les projets de l’ère Dagher là pour de bon

« Fady était la figure de proue du navire, mais tout ce qui a été mis en place, il ne l’a pas fait tout seul. Il l’a fait avec l’équipe en place et je n’ai pas d’inquiétude que le SPAL cesse de continuer de rayonner », affirme Patrick Bélanger, directeur adjoint du Service de police de l’agglomération de Longueuil et patron des enquêtes.

La Presse a rencontré M. Bélanger et l’inspecteur-chef des enquêtes, Pierre Duquette, mercredi matin, pour dresser un bilan de 2022 et brosser un aperçu de 2023.

Alors que la Ville de Longueuil et le SPAL se cherchent un nouveau chef de police à la suite du départ de Fady Dagher au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), les deux hommes n’ont pas voulu commenter l’exercice de nomination en cours, mais ils ont assuré que les projets mis en place sous l’ancien directeur étaient là pour de bon.

Parmi ceux-ci, citons notamment le projet RÉSO (Réseau d’entraide sociale et organisationnelle), implanté en décembre 2021, et selon lequel des policiers patrouillent toujours dans le même secteur, principalement à pied, en permettant aux citoyens de les joindre directement sur leur cellulaire, au besoin.

Citons aussi le programme Immersion voulant que des policiers effectuent un stage de cinq semaines dans des communautés culturelles pour favoriser les échanges et constater les réalités vécues par ces citoyens.

« C’est certain que ça continue quoi qu’il arrive. D’ailleurs, l’appel de candidatures du futur chef le dit. Le ou la candidate devra continuer les projets de la Ville. C’est un incontournable », affirme sans hésiter Patrick Bélanger.

« Comme organisations policières, au Québec, au moins en milieu urbain, on va tous devoir adopter un modèle RÉSO. Il y a une belle valeur ajoutée. Toute l’équipe de gestion actuellement en place, peu importe qui sera le nouveau chef, on est tous à la même place, il faut que ça demeure », ajoute le directeur adjoint.

« En 2023, on doit rester dans la continuité, car ça roule vraiment bien, le SPAL. Fady était le pilote du bateau, mais il y a plein de rameurs en arrière qui continuent », renchérit M. Duquette.

Nombre record de meurtres

Et les policiers du SPAL ont ramé l’an dernier, notamment les 16 enquêteurs de la section des Crimes graves, qui deviendra en 2023 la section des Crimes majeurs.

Alors que la moyenne est d’environ deux meurtres par année, dix homicides ont été commis dans les cinq villes couvertes par le SPAL en 2022, un record. Ils ont tous été élucidés.

« Pour 16 enquêteurs, 10 meurtres, c’est beaucoup. D’autant plus qu’ils sont surtout survenus après l’été. On a été débordés, mais on a été assez forts et en contrôle pour passer à travers. Nos enquêteurs sont bien formés et ont beaucoup d’expérience aujourd’hui. Ça paraît. »

– Pierre Duquette, inspecteur-chef des enquêtes au SPAL

Dix tentatives de meurtre sont survenues sur le territoire du SPAL en 2022, outre trois décharges d’arme à feu qui ne se sont pas soldées par des meurtres.

Les dénonciations en matière de crimes sexuels ont augmenté de 65 % à Longueuil depuis 2017, notamment dans la foulée du mouvement #metoo.

Les crimes contre la propriété aussi sont nombreux, particulièrement les vols de véhicules, tout comme les fraudes.

« À Longueuil, on a une forte criminalité avec un fort volume, mais elle est différente de celle de Laval, qui est plus organisée. Ici, c’est une criminalité qui est plus typique, comme celle que l’on trouve dans les autres grandes villes du Québec », dit M. Bélanger.

Les Hells, mais pas la mafia

Puisqu’il est question de crime organisé, la mafia « n’est pas une réalité à Longueuil », affirme le directeur adjoint, selon qui ce sont les Hells Angels de la section South et leurs associés qui contrôlent le territoire, dont le quartier DIX30, et qui ont un club supporteur sur le territoire du SPAL, les Demons Choice.

Les principales activités des groupes criminels présents sont le trafic de stupéfiants, le proxénétisme et les fraudes.

Quatre « cellules » de rue ont également été identifiées, dont les VIF417 (pour Vagabond Immigrant Family) et une autre formée d’individus autrefois proches du défunt membre de gang Nitchell Lapaix. Il y aurait une certaine tension à la suite d’un conflit entre gens issus d’un même gang, mais rien de plus.

« Actuellement, sur notre territoire, il n’y a pas de guerre de clans pour une dispute ou le contrôle d’un territoire, et pour laquelle on voit une recrudescence de la criminalité, des meurtres, tentatives de meurtre ou voies de fait. On ne vit pas ça, mais on touche du bois, car on sait que ça peut changer rapidement », affirme le directeur adjoint Patrick Boulanger.

Lutte contre les groupes criminels

Pour combattre les groupes criminels, le SPAL a son escouade de lutte contre le crime organisé et la Brigade d’intervention multidisciplinaire (BIM), qui, comme le groupe Éclipse à Montréal et l’escouade Équinoxe à Laval, est spécialisée dans la surveillance des bars et la collecte de renseignement.

En 2022, la BIM a effectué près de 900 visites d’établissements titulaires de permis d’alcool, interpellé 550 sujets d’intérêt, assisté des enquêteurs à 22 reprises et arrêté 5 individus reliés au crime organisé.

Le SPAL a aussi eu les gangs de rue dans sa ligne de mire.

« On a une équipe de lutte au crime organisé dédiée aux conflits entre gangs. On leur met beaucoup de pression. On leur rend visite, on frappe aux portes, on leur parle, et quand on a une chance d’avoir un mandat de perquisition, on le fait. On les suit à la trace. On ne leur laisse pas une grande marge de manœuvre », conclut l’inspecteur-chef Pierre Duquette.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

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