Canadien

La tribu de Danault

La question était banale, mais la réponse, intéressante. Après l’entraînement de vendredi, on a demandé à Phillip Danault s’il se souvenait de la dernière fois que ses deux ailiers étaient droitiers, comme c’est le cas depuis qu’il joue avec Tyler Toffoli et Brendan Gallagher.

« Ça ne m’est jamais arrivé, de jouer avec deux droitiers, mais j’ai toujours voulu ça », a répondu Danault en visioconférence.

L’attaquant a ensuite décrit ce qui lui plaisait, dans l’idée d’évoluer avec deux tireurs droitiers. « Deux one-timers [tirs sur réception]. C’est un très bon trio pour l’instant. Deux droitiers, j’ai toujours eu ça derrière la tête et je n’aurais jamais pensé que ça arriverait. Ça a cliqué samedi et il faut continuer. »

Il est quand même amusant de constater qu’un joueur toujours à la recherche de son premier but de la saison pense d’abord aux possibilités de passes à ses compagnons de trios. C’est toutefois là un joueur qui a toujours trouvé bien des façons de se mettre en valeur avant de marquer des buts.

Depuis son arrivée dans la LNH, Danault ne totalise que 50 buts en 354 matchs. Dans la Ligue américaine ? Vingt en 160 matchs. C’est donc dire que, bon an, mal an, Danault marque un but tous les sept ou huit matchs. Et qu’après 15 matchs, il n’a donc que deux buts de retard par rapport à son rythme de croisière habituel.

« Le seul élément que je dois améliorer, c’est la confiance. Tu marques un but, et ensuite, ça s’enchaîne. Je ne suis pas inquiet, je vais au filet, j’ai des chances, je vais continuer à être affamé et à faire mon travail défensivement. »

— Phillip Danault

Autre samedi, autre duel contre les Maple Leafs de Toronto, cette fois à Montréal. Et dans les circonstances, Danault a en effet intérêt à se concentrer à « faire son travail défensivement ».

C’est que malgré sa panne offensive, il est toujours chargé d’affronter les meilleurs trios adverses. C’était le cas quand Tomas Tatar était son ailier gauche, ce l’est encore maintenant que Toffoli a remplacé le Slovaque.

En deux matchs ensemble, Toffoli, Danault et Gallagher ont donc surtout affronté Connor McDavid dans le premier match et Auston Matthews dans le deuxième. Or, qui sont les meilleurs marqueurs de la LNH en ce début de saison ? McDavid est 1er, Matthews est 4e et Mitch Marner, l’ailier de Matthews, occupe le 3rang.

Simplement dans la dernière semaine, Matthews a ajouté 5 buts et 3 aides à sa fiche, en 3 matchs. Depuis le duel de samedi dernier entre Montréal et Toronto, Joe Thornton est revenu au jeu, et complète maintenant le trio avec Matthews et Marner.

« Avec Thornton, qui amène un bon gabarit, c’est un trio très dynamique », a relevé Danault.

Les chiffres sont encore embryonnaires pour juger le travail du nouveau trio de Danault. En deux matchs, les trois comparses ont contrôlé les deux tiers des tentatives de tirs (67 %), un excellent ratio. Par contre, dans la colonne qui compte le plus, c’est égal : deux buts marqués, deux buts accordés. Aux chances de marquer, selon Natural Stat Trick, le trio de Danault en a généré six, et l’adversaire, sept.

On le disait, l’échantillon est mince, et la bévue de Danault contre Matthews, derrière son filet, samedi dernier, pèse donc lourd en ce moment. Mais le trio du Québécois a néanmoins disputé un fort match après une première période brouillonne.

« Si on enlève le but où il a perdu la rondelle, ce trio a été très bon. Il a marqué deux gros buts et Phil était au cœur de ça », a rappelé l’entraîneur-chef du Canadien, Claude Julien.

« Phil était une clé de la victoire à Toronto. J’ai moi-même vécu des léthargies, ça arrive au cours d’une carrière. On connaît l’importance de Phil pour notre groupe. Les points ne sont pas là, mais il nous donne de bonnes présences. J’aime jouer avec lui et il me facilite la vie. Les points viendront parce qu’il donne toujours un effort. »

— Brendan Gallagher

N’empêche, il y a un petit quelque chose qui accroche dans son jeu cette saison. Quelque chose qui fait en sorte que des jeux comme celui qui a mené au but de Toffoli, samedi, semblent moins fréquents qu’au cours des deux dernières saisons.

Certains diront que ce quelque chose, ce sont les négociations de contrat, qui semblent assez compliquées de l’extérieur. Quand les négociations filtrent dans les médias, comme ç’a été le cas le mois dernier, c’est rarement bon signe. Quoique comme on l’a vu avec Gallagher à l’automne, ce n’est pas toujours irrécupérable.

Sinon, ce quelque chose peut simplement être la nervosité qui vient avec l’attente du premier but. Sans dire que c’est la théorie du coach, c’est du moins ce qu’il espère.

« Je ne sais pas si c’est une chose en particulier. On sait, et il sait, qu’il peut être un peu meilleur, a rappelé Claude Julien. Il ne joue pas terriblement mal, mais il a une coche de plus. Ça va venir, il a des chances, ce n’est pas comme s’il n’en avait pas du tout. Souvent, c’est le premier but qui est dur à aller chercher, et ensuite, ça vient plus facilement. On espère que ce soit le cas avec lui. »

Danault est à tout le moins entre bonnes mains avec Toffoli, joueur qui connaît un départ infiniment meilleur que celui de Tatar cette saison.

« C’est un joueur très solide, très intelligent, dans les deux sens de la patinoire. Sa vision est exceptionnelle. Il achète du temps à son centre et son ailier. Il crée de l’espace dans des situations inattendues. Il joue de l’excellent hockey », a énuméré Danault.

Reste maintenant à voir ce que ça donnera contre le trio de l’heure dans la LNH.

Canadien

« Je ne voulais pas partir »

Ignoré par les 30 autres formations lorsqu’il a été soumis au ballottage, Paul Byron est bien heureux d’être encore avec le club.

On entend souvent des joueurs malheureux, mis à l’écart, reconnaître qu’ils sont mûrs pour un nouveau départ. Pour Paul Byron, cependant l’histoire est différente.

Byron est toujours membre du Canadien, après avoir été ignoré par les 30 autres équipes au ballottage, en début de semaine. Et il est bien heureux de l’être, même si son rôle est fortement réduit depuis le début de la saison.

« Je ne voulais pas partir, honnêtement, a-t-il dit, en visioconférence après l’entraînement de vendredi. Mon agent m’a demandé mon avis et je lui ai dit que je voulais rester ici. On a eu une rencontre d’équipe au début de la saison, et je réalisais que c’est rare qu’une équipe ait des joueurs comme Corey Perry, Michael Frolik et moi comme 13e et 14e attaquants. C’est ici que je veux être. Je ne suis pas prêt pour un nouveau départ. Je veux leur montrer que je peux être encore meilleur. »

Byron a évidemment bien des raisons de vouloir rester à Montréal. Après quelques saisons plus difficiles, les perspectives de succès collectifs sont enfin au rendez-vous. Le numéro 41 fait aussi partie du groupe de leadership en tant qu’assistant au capitaine, un indice de sa cote d’appréciation auprès de ses coéquipiers et des entraîneurs.

Et sur le plan personnel, Byron a une vie familiale bien établie sur la Rive-Sud de Montréal, et il est un des rares joueurs qui habitent ici à l’année.

« Ma femme était sous le choc et surprise. Mais elle m’a soutenu. On avait vécu ça ensemble plus tôt dans ma carrière. »

— Paul Byron

C’est pourquoi les 24 heures qu’il a passées au ballottage, dans l’attente de savoir si une équipe l’avait réclamé, ont été « stressantes ».

« C’était un peu stressant, honnêtement. Tu ne sais pas ce qui va t’arriver. Je voulais beaucoup rester ici et je ne savais pas si une équipe me voulait. Mais sinon, c’était une journée normale, j’étais avec ma famille et on a joué dehors. »

Un système qui change

Si Byron était inquiet, c’est qu’il était déjà passé par là. En octobre 2015, les Flames de Calgary le plaçaient au ballottage. Byron venait de souffrir d’une hernie et d’une blessure à un poignet, et surtout, les Flames souhaitaient alors retenir trois gardiens dans leur formation.

(Vous voulez rire ? Ces trois gardiens étaient Jonas Hiller, Karri Ramo et Joni Ortio. Aucun des trois n’est resté dans la LNH au terme de cette saison 2015-2016.)

À l’époque, par contre, Byron venait avec un contrat d’un an d’une valeur de 900 000 $. Cette fois, son entente est bonne pour deux autres saisons, à hauteur de 3,4 millions de dollars par année.

« Avec les Flames, je ne pensais pas que je serais réclamé. On m’avait dit que c’était une transaction sur papier et que je n’allais pas jouer dans la Ligue américaine. Le Canadien était une des dernières équipes à avoir droit de parole et m’a réclamé.

« Je comprends que c’est une business. C’est une question de production, de ce que tu peux apporter à l’équipe, et du plafond. Plus tu comprends ça, plus tu comprends qu’il n’y a rien de personnel ici. Je sais que la direction et les entraîneurs m’aiment comme personne. »

— Paul Byron

À cette époque, le ballottage avait justement rempli sa mission : celle de sortir un joueur d’une situation intenable. C’est aussi le ballottage, par exemple, qui a permis à Noah Juulsen d’obtenir une chance dans la LNH dès cet hiver, avec les Panthers de la Floride. Sans cette nécessité de le rendre disponible, le Canadien aurait assurément retenu Juulsen, mais l’aurait envoyé dans la Ligue américaine pour qu’il retrouve la forme.

Cela dit, Marc Bergevin a été clair lors de son point de presse lundi : le ballottage est aussi un « outil » qui permet de gérer le plafond salarial. Dans ce cas-ci, cet outil permet au CH de placer Byron au sein de l’équipe de réserve lorsqu’il ne joue pas, et d’économiser ainsi quelque 9200 $ par jour sous le plafond salarial.

Cet outil signifie toutefois que le système du ballottage plonge dans l’incertitude des vétérans qui se croyaient établis dans leur ville. Plus tôt cette saison, Tyler Johnson (Tampa Bay) et Mathieu Perreault (Winnipeg) l’ont aussi vécu, sans être réclamés.

« C’est un peu bizarre cette année, avec le taxi squad, avec le plafond qui va rester au même niveau pour quelques années, a noté Byron. C’est une situation difficile pour la ligue, pour l’association des joueurs. Le taxi squad me permet de rester ici, de m’entraîner avec l’équipe et de jouer n’importe quand. Je ne pense pas que le taxi squad va continuer les prochaines années, donc je ne pense pas que ce soit un problème. »

La vie après le ballottage

La bonne nouvelle pour Byron, c’est qu’il peut y avoir une vie après le ballottage.

On évoquait Johnson et Perreault ; les deux connaissent de bons départs malgré leur séjour au ballottage. Johnson compte 7 points (4 buts, 3 passes), montre un différentiel de + 2 et joue 14 min 31 s par match. Perreault, lui, totalise aussi 7 points (3 buts, 4 passes), mais en 16 matchs, avec une fiche de + 6 et un temps d’utilisation de 12 min 18 s par match.

« De mon côté, comme entraîneur, je suis content de l’avoir, on l’aime beaucoup, Paul, a rappelé Claude Julien. C’est plus une décision d’affaires qu’autre chose. Il peut nous aider et va continuer à nous aider. »

Reste toutefois à voir quand Byron pourra le faire. À l’entraînement vendredi, il était surnuméraire, le quatrième trio étant formé d’Artturi Lehkonen, de Jake Evans et de Corey Perry. De plus, si on se fie aux exercices du jour, Tomas Tatar semble en voie de revenir au jeu, après avoir été écarté de la formation samedi. Tatar patinait en compagnie de Jesperi Kotkaniemi et Joel Armia, et avait sa place au sein d’une des deux unités d’avantage numérique.

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