Fouilles sur des sites d’anciens pensionnats

« Pas de mur-à-mur », assure Québec

Québec — Québec n’imposera pas de solution « mur à mur » pour répondre aux besoins des communautés autochtones affligées par la découverte des restes de 215 enfants à Kamloops, et optera pour une « approche » personnalisée afin de respecter le « rythme » et la « volonté » de chacune.

Le gouvernement Legault présentera au cours des prochains jours le détail de ce qui pourra être offert aux communautés ébranlées par les évènements de Kamloops, en Colombie-Britannique, qui ont rouvert des plaies jusqu’au Québec, où une douzaine de pensionnats ont été en activité dans les années 1950 jusqu’en 1991.

Ce ne sera pas le moment d’annoncer le début de fouilles radars ou la sécurisation d’un site, a-t-on indiqué, mais plutôt comment une communauté qui le souhaite pourra s’organiser pour y arriver avec l’appui de Québec et d’Ottawa. On parle également d’offrir du soutien psychologique et spirituel.

« J’ai pris du temps, les derniers jours, pour consulter les grands chefs et je vous dirais [que les demandes sont] à géométrie variable. Dans certaines communautés, on nous a demandé du temps », a expliqué le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, lors d’une conférence de presse, lundi.

« [Il y a des] volontés un peu différentes au niveau du temps, de l’empressement [de certaines communautés] ou du besoin de guérison. […] D’autres communautés sont prêtes à sécuriser les lieux », a-t-il indiqué.

Ce dernier participait à une annonce en matière de justice avec le ministre Simon Jolin-Barrette et le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Le chef Picard a d’ailleurs affirmé que, « de façon, très, très claire, on doit laisser place au recueillement, à la prière et, en même temps, prévoir ce qui vient après ».

« On ne demandait pas qu’on sorte les pelles demain matin pour creuser », a-t-il illustré. « Je pense que c’était possible d’envisager une légère modification au projet de loi 79 pour également prévoir cet [enjeu-là]. Je pense que c’est sans doute l’opinion qui est partagée par les personnes directement affectées », a-t-il regretté.

Dans la foulée du drame de Kamloops, le chef de l’APNQL a demandé à Québec d’élargir son projet de loi sur les enfants autochtones disparus à la suite d’une admission dans un établissement de santé québécois à la « réalité des pensionnats », ce que le gouvernement a refusé. La pièce législative a été sanctionnée vendredi.

Le ministre Lafrenière promet de ne « pas faire du mur-à-mur ». Il estime que ses consultations l’ont conforté dans « cette approche d’y aller au rythme et selon la volonté des communautés ». Il a précisé que les démarches pourraient viser 10 sites sur des communautés, et donc de compétence fédérale, et deux sur le sol québécois.

Il a assuré par ailleurs que l’enjeu de compétence ne poserait pas de problème alors qu’il collabore avec le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller.

Ottawa a confirmé mercredi dernier une subvention de 27 millions pour soutenir les communautés qui voudraient mener des recherches sur le site d’anciens pensionnats. Cette enveloppe était déjà prévue dans le budget de 2019.

« En avoir le cœur net »

Les communautés consultées par La Presse ont confié amorcer leur propre réflexion pour déterminer la suite. Elles veulent connaître la vérité, mais l’obtenir de la bonne façon sans bousculer les survivants et les familles.

« C’est certain que les gens veulent en avoir le cœur net. Le monde se pose bien des questions », a expliqué James Cananasso, vice-chef de Pikogan, en Abitibi-Témiscamingue. Amos a eu un pensionnat jusqu’en 1973.

« Il y a beaucoup de discussions. C’est important d’aller au rythme des communautés et d’assurer que les Premières Nations puissent participer à ces recherches. »

— James Cananasso, vice-chef de Pikogan

Chez la Nation crie de Chisasibi, la cheffe Daisy House abonde dans le même sens : « Il faut trouver la bonne approche et il faut que cela soit fait dans le respect », a-t-elle confié à La Presse. Chisasibi, où se trouvait l’important pensionnat de Fort George, tient aussi à donner du temps à ses membres avant d’aller de l’avant éventuellement.

Chez les Atikamekw, où les enfants étaient envoyés dans les établissements de Mashteuiatsh (Roberval), Amos et La Tuque, des discussions ont également lieu entre les familles. Sur la Côte-Nord, les Innus de Uashat mak Mani-Utenam ont déjà fait savoir qu’il « est essentiel que tous les efforts soient déployés » pour trouver des réponses.

À Mashteuiatsh, où le pensionnat de Pointe-Bleue a fermé en 1991 seulement, le chef Clifford Moar se dit aussi « ouvert » à ce que l’on mène des fouilles radars comme à Kamloops sur le site de l’ancien pensionnat. Il n’a pas eu vent de l’existence de charnier. « Mais on a le doute. Si le doute est là, allons voir », résume-t-il. Un groupe de travail doit être mis en place dans la communauté du Lac-Saint-Jean.

POUR UN MEILLEUR ACCÈS À LA JUSTICE

Québec investit plus de 14 millions sur quatre ans pour favoriser l’accès à la justice pour les Autochtones, signalant vouloir s’adapter à leur réalité plutôt que de les forcer à se conformer au système actuel. Le gouvernement Legault estime qu’il donne ainsi suite à plusieurs recommandations du rapport Viens, rédigé au terme de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics. La directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, Tanya Sirois, a rappelé des constats tirés depuis longtemps. « Les nombreuses commissions d’enquête, recherches et études sont catégoriques : taux de judiciarisation élevé, taux de victimisation élevé, droits individuels et collectifs non respectés, sentiment de méfiance très élevé et non-utilisation des services de l’État ou d’organisations non autochtones par crainte d’être étiquetés et jugés », a-t-elle dit. Avec ses investissements annoncés lundi, Québec dit vouloir valoriser davantage la justice communautaire autochtone et lutter contre la surreprésentation de cette population dans le système de justice.

— La Presse Canadienne

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