Tuerie au Colorado

Un « refuge » LGBTQ+ attaqué

Au moins cinq personnes sont mortes dans une fusillade dans une boîte de nuit de Colorado Springs

Colorado Springs — Il « est entré dans la boîte et a immédiatement commencé à tirer » : un homme de 22 ans a fait au moins 5 morts et 18 blessés dans la nuit de samedi à dimanche dans une boîte de nuit LGBTQ+ à Colorado Springs, aux États-Unis.

L’établissement, qui porte le nom de « Club Q », a remercié dimanche sur Facebook « les clients héroïques qui ont maîtrisé le tireur et mis fin à cette attaque haineuse ».

Au moins deux armes à feu ont été trouvées sur les lieux. Les autorités ont confirmé que le suspect avait utilisé un fusil.

Les autorités ont identifié le suspect, Anderson Lee Aldrich, sans préciser s’il avait agi seul et sans se prononcer non plus sur le motif de l’attaque. L’homme a été arrêté et transporté à l’hôpital.

« Deux personnes au moins dans la boîte l’ont affronté et se sont battues avec lui. Elles sont parvenues à stopper le suspect », a déclaré le chef adjoint de la police de la ville de Colorado Springs, Adrian Vasquez.

« J’étais sur la piste de danse lorsque j’ai entendu des tirs. Je pensais que c’était la musique […] puis j’ai réalisé ce qui était en train de se passer », a relaté Joshua Thurman, un témoin interrogé par la chaîne locale KRDO13.

« Je me suis précipité vers les vestiaires et un autre client m’a suivi. On a fermé la porte à clé, on s’est mis à plat ventre et on a éteint la lumière », a-t-il ajouté les larmes aux yeux.

La police fédérale américaine (FBI) a également été sollicitée pour assister les agents de police locaux dans l’enquête.  

Les blessés ont été transportés dans divers hôpitaux du Colorado.

La boîte de nuit s’est aussi dite « bouleversée par cette attaque insensée contre notre communauté ».

« Je n’arrête pas de penser aux images de la soirée, aux corps, au sang, au verre brisé, au carnage et aux débris, et au fait d’avoir vu un refuge se transformer en zone de guerre. »

— Michael Anderson, un employé du Club Q, à la chaîne CBS

« Nous ne devons pas tolérer la haine », a réagi depuis Washington le président Joe Biden, tandis que le gouverneur du Colorado, Jared Polis, premier gouverneur ouvertement homosexuel élu aux États-Unis, s’est déclaré « horrifié et dévasté ».

Le Club Q avait annoncé samedi un évènement LGBTQ+, une soirée « avec toutes sortes d’identités de genre et de numéros » à l’occasion de la Journée du souvenir transgenre, célébrée internationalement le 20 novembre.

Un mémorial de fortune a été érigé dimanche près du club, avec des fleurs, des peluches et des bougies, ainsi qu’une affiche disant « L’amour par-dessus la haine » à côté d’un cœur aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Seth Stang achetait des fleurs pour le mémorial lorsqu’il a appris que deux des morts étaient ses amis. Cet homme transgenre de 34 ans a déclaré que c’était comme si « un seau d’eau chaude vous était déversé dessus. « Je suis juste fatigué de manquer d’endroits où nous pouvons exister en toute sécurité. »

Ryan Johnson, qui habite près du Club Q et qui s’y est rendu le mois dernier, a déclaré qu’il s’agissait de l’une des deux seules boîtes de nuit pour la communauté LGBTQ+ dans la ville conservatrice de Colorado Springs. « C’est un peu le lieu de prédilection pour la Fierté », a expliqué le jeune homme de 26 ans à propos du club.

Les autorités n’ont pas donné d’indication sur l’éventuel mobile de l’attaque attribuée à Anderson Lee Aldrich. Un homme âgé de 21 ans et du même nom avait menacé l’année dernière sa mère avec une bombe artisanale et plusieurs armes, dans une ville située à 30 minutes en voiture de Colorado Springs, avait rapporté le bureau du shérif du comté d’El Paso, qui comprend la ville.

Le précédent tragique d’Orlando

Ce nouveau drame s’inscrit dans un contexte de résurgence d’actes hostiles aux personnes transgenres, selon les statistiques des associations et du FBI.

Le 12 juin 2016, un Américain d’origine afghane, Omar Mateen, avait tué 49 personnes et blessé une cinquantaine d’autres dans une boîte de nuit gaie d’Orlando, en Floride, le Pulse.

La fusillade illustre aussi la flambée de mortalité liée aux armes à feu dans un pays où elles circulent en très grand nombre.  

Depuis le début de l’année, 601 fusillades de masse ont été recensées aux États-Unis, en comptant la tragédie de Colorado Springs samedi, selon l’organisation Gun Violence Archive.

Une fusillade de masse signifiant selon l’organisation que quatre personnes ou plus ont été tuées ou blessées par balle, sans compter le tireur.

Toute tentative de législation réellement contraignante bute toutefois sur le lobbying très puissant de la National Rifle Association, qui a de puissants leviers parlementaires, ainsi que sur l’opposition farouche de nombreux parlementaires conservateurs, partisans d’une interprétation très large du droit constitutionnel à détenir une arme à feu.

— Avec l’Associated Press

Tuerie au Colorado

Des acteurs de la communauté au Québec inquiets

Des acteurs de la communauté LGBTQ+ s’inquiètent d’une augmentation des incidents homophobes et transphobes au Québec, mais pas d’une éventuelle fusillade visant un de ses établissements, comme cela s’est produit au Colorado samedi.

Au moins cinq personnes ont perdu la vie et 18 autres ont été blessées dans une discothèque LGBTQ+ à Colorado Springs, aux États-Unis, après qu’un homme de 22 ans y a ouvert le feu.

Le drame a retenu l’attention dans la communauté LGBTQ+ jusqu’ici, au Québec. « C’est de la folie », déplore en entrevue Danny Jobin, copropriétaire des bars Le District et Le Date Karaoké, deux établissements du Village.

Ayant pignon sur rue depuis 12 ans dans le Village, ce dernier a été à même de constater l’évolution de la situation.

Certes, le quartier fréquenté par les membres de la communauté LGBTQ+ est aux prises avec des enjeux d’itinérance et de consommation de drogues bien documentés, mais aussi avec une recrudescence des incidents homophobes ou transphobes depuis le début de la pandémie.

« Je trouve que les gens sont moins patients. Nous, on a une super belle clientèle, mais il y a en toujours un qui finit par se faufiler », dit Danny Jobin, en citant un incident survenu il y a quelques semaines avec un jeune client qui a fracassé sa vitrine.

La société ne va pas bien

Mais il n’est pas le seul à remarquer cette tendance. Au service d’écoute Interligne, anciennement Gai écoute, on note également une augmentation des « tensions » depuis un an.

« Ce qu’on voit, c’est que dans la population, après la vague pandémique, il y a des enjeux de santé mentale, et plusieurs n’ont pas accès à des ressources. On remarque que les gens sont de moins en moins gênés d’avoir des commentaires homophobes que par le passé. »

— Pascal Vaillancourt, directeur général du service d’écoute Interligne

« Juste dans les dernières semaines, on voit ce qui s’est passé dans les cégeps, suite à des menaces. J’ai l’impression que la société ne va pas bien, que la société et malade et que ça se traduit par des actes de violences armées, et la communauté LGBTQ pourrait ne pas être épargnée », ajoute-t-il.

L’importance de l’éducation

Pascal Vaillancourt insiste sur l’importance de poursuivre l’éducation des jeunes afin de contrer ces dérives sociétales, mais invite également les politiciens à adopter un discours rassembleur, où les minorités sont respectées.

Mais lui et Danny Jobin ne s’inquiètent pas outre mesure d’une potentielle fusillade visant un établissement de la communauté LGBTQ+ au Québec, comme celle survenue au Club Q, à Colorado Springs.

— Avec l’Agence France-Presse

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