Le « barrage afro-américain » sauvera-t-il Biden ?

Toute l’année, Richard Hétu et Yves Boisvert nous informent sur les élections américaines dans une infolettre envoyée le mardi. Leurs textes sont ensuite repris dans La Presse+, le mercredi.

New York — Après le « barrage républicain », place au « barrage afro-américain ».

Le « barrage républicain » fait référence au mécanisme qui a écarté l’hypothèse d’un gouvernement d’extrême droite en France lors du second tour des élections législatives.

Le « barrage afro-américain » fait référence aux élus noirs de la Chambre des représentants et à leur réaction face aux appels à Joe Biden de se retirer de la course à la Maison-Blanche.

Pour le moment, ces élus noirs refusent de se joindre à la demi-douzaine de leurs collègues démocrates qui ont publiquement réclamé le retrait du président. Ils pourraient finir par le sauver.

« Le président Joe Biden est le candidat désigné et a été choisi par des millions d’électeurs dans tout le pays, y compris dans le Nevada », a déclaré lundi matin le représentant démocrate du Nevada, Steven Horsford, président du Black Caucus, l’un des groupes démocrates les plus influents du Congrès.

En soirée, Joe Biden a tenu une réunion virtuelle de 35 minutes avec les quelque 60 membres du Black Caucus, sollicitant leur appui en cette période de grand péril pour sa candidature présidentielle.

« Vous avez assuré mes arrières et je continuerai à assurer les vôtres », a-t-il déclaré, selon le compte rendu du Washington Post, qui s’appuyait sur les confidences de deux participants.

Pas la première fois

Joe Biden avait déjà utilisé une formule semblable lors de son discours d’investiture en tant que 46e président, le 20 janvier 2021.

« La communauté afro-américaine s’est à nouveau mobilisée pour moi. Vous avez toujours assuré mes arrières, et j’assurerai les vôtres », avait-il dit.

Le nouveau président ne faisait pas seulement allusion au vote massif des Noirs en faveur de sa candidature lors du scrutin qui lui avait permis de chasser Donald Trump de la Maison-Blanche.

Il pensait aussi aux électeurs afro-américains de Caroline du Sud qui avaient relancé sa candidature lors des primaires de 2020, au moment où tous les acteurs de l’information, dont plusieurs réclament aujourd’hui son retrait, le considéraient comme mort et enterré.

Quatre ans plus tard, le Black Caucus pourrait jouer le même rôle que les électeurs noirs de Caroline du Sud en officialisant son appui à Joe Biden, chose qui pourrait se produire cette semaine.

« Il est clair que ce président est apte à servir », a déclaré le président du Black Caucus lundi soir sur CNN après la rencontre de Joe Biden avec les membres de son groupe. « Il s’est battu pour le peuple américain. Plus de 14 millions d’Américains ont déjà voté pour lui, y compris dans mon État du Nevada. Nous devons honorer et respecter la volonté des électeurs qui l’ont choisi comme candidat démocrate. »

Il n’échappe à personne que seuls des représentants blancs ont réclamé le retrait de Joe Biden. Et il est tout aussi évident que les Noirs sont rares sinon absents parmi les éditorialistes et chroniqueurs qui ont formulé la même demande dans les pages des plus grands quotidiens et magazines.

L’Amérique pas encore prête pour Kamala Harris ?

Pour l’avocate des droits civiques Sherril Ifill, ce n’est pas un hasard.

« Écoutez experts et influenceurs démocrates », a-t-elle écrit sur Threads, plateforme rivale de X. « Votre volonté de continuer à battre ce cheval devient… bizarre. Demandez-vous pourquoi la plupart des grands dirigeants noirs et des Noirs ordinaires sont favorables au maintien de Biden. Nous aimons Kamala, alors quelle pourrait être la raison ? Peut-être que nous voyons l’Amérique à travers un prisme différent. Une lentille qui nous permet de voir des choses que vous ne voyez pas. Votre rejet apparent de cette possibilité est très révélateur. Et pas dans le bon sens du terme. »

Traduction libre : si vous pensez que Kamala Harris, choix évident, voire incontournable pour remplacer Joe Biden s’il se retire, peut survivre au racisme et au sexisme que provoquerait sa candidature, vous ne vivez pas dans le même pays que nous.

À l’appui probable du Black Caucus pourrait s’ajouter celui du groupe hispanique de la Chambre, dont fait partie la représentante de New York, Alexandria Ocasio-Cortez. Figure populaire chez les progressistes et les jeunes, l’élue de 34 ans a livré un message d’appui remarquable à Joe Biden, lundi.

Après avoir déclaré aux journalistes qu’elle avait eu un long entretien téléphonique avec Joe Biden au cours du week-end, elle a ajouté : « Il a clairement indiqué […] qu’il était dans la course. L’affaire est close. Il l’a répété ce matin, il l’a répété au public. Joe Biden est notre candidat, il ne quitte pas la course, il est dans la course et je le soutiens. Maintenant, ce que je pense être d’une importance capitale, c’est que nous nous concentrions sur ce qu’il faut faire pour gagner en novembre, parce qu’il se présente contre Donald Trump, qui a été déclaré coupable de 34 chefs d’accusation, qui a reçu 34 condamnations pour crime, et pas un seul républicain n’a demandé à Donald Trump de ne pas être le candidat. »

Pour autant, Joe Biden reste vulnérable. Jeudi, après avoir servi d’hôte au sommet de l’OTAN à Washington, il doit tenir sa première conférence de presse en solo depuis longtemps. Parviendra-t-il à se défendre de façon cohérente et à attaquer son rival de façon intelligible ?

S’il trébuche encore, le « barrage afro-américain » lui permettra peut-être de survivre. Car les dissidents démocrates devraient y penser à deux fois avant de défier un groupe d’élus qui représente un électorat crucial.

Le soutien à la légalisation de l’avortement a augmenté

Une importante majorité d’Américains s’oppose à une interdiction fédérale de l’avortement, tandis qu’un nombre croissant d’entre eux soutiennent l’accès à l’avortement pour quelque raison que ce soit, révèle un nouveau sondage, mettant en évidence une situation politiquement périlleuse pour les candidats qui s’opposent au droit à l’avortement à l’approche des élections de novembre prochain. Environ 6 Américains sur 10 pensent que leur État devrait généralement autoriser une personne à obtenir un avortement légal si elle ne souhaite pas être enceinte pour quelque raison que ce soit, selon un nouveau sondage. En juin 2021, environ la moitié des Américains pensaient que l’avortement légal devrait être possible dans ces circonstances.

— Associated Press

Harvey Weinstein risque d’autres inculpations avant son nouveau procès

Le parquet de Manhattan a annoncé mardi lors d’une audience de comparution d’Harvey Weinstein qu’il envisageait d’inculper l’ancien producteur roi d’Hollywood pour de nouvelles charges d’agressions sexuelles, qui alourdiraient son futur procès à New York à l’automne. Visiblement diminué, l’air pâle et le crâne presque chauve, l’ex-producteur tout puissant du cinéma américain de 72 ans a assisté à l’audience en fauteuil roulant, son avocat Arthur Aidala déplorant une détérioration continue de sa santé alors qu’il est actuellement incarcéré dans la prison de sinistre réputation de Rikers Island.

— Agence France-Presse

Une vague de chaleur extrême fait plusieurs morts

Les alertes à la canicule concernaient plus de 160 millions de personnes aux États-Unis mardi, frappés par une vague de chaleur extrême qui a entraîné des records de températures et fait plusieurs morts dans l’Ouest américain ces derniers jours, selon les médias locaux. Le mercure est anormalement élevé dans l’est et le sud du pays, mais c’est dans la partie occidentale que la chaleur est la plus brutale. Dans le Nevada, Las Vegas a connu dimanche sa température la plus chaude jamais enregistrée, avec 48,9 °C. Ce genre de températures suffocantes va se maintenir dans l’Ouest américain toute cette semaine, selon les services météorologiques américains. De fait, plusieurs morts dues à la chaleur ont déjà été signalées dans toute la région.

— Agence France-Presse

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